Zombie Week #3 : The Italian Way of Death
Zombie Week #3 : The Italian Way of Death

Étrangement, les répercussions de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS ont été assez discrètes. Si l’on compte quelques belles réussites du genre qui ont bénéficié de l’aura acquise par les morts-vivants en 1968, notamment le formidable MORT-VIVANT (DEAD OF NIGHT) de Bob Clark, l’excellent MASSACRE DES MORTS-VIVANTS (LET SLEEPING CORPSES LIE) de Jorge Grau ou la versatile série des templiers aveugles d’Amando De Ossorio, au début des années 70, c’est véritablement ZOMBIE (DAWN OF THE DEAD) du récidiviste Romero qui sera en 1978 le déclencheur d’un tsunami de putréfaction qui n’a jamais été aussi violent qu’en Italie !

C’est Lucio Fulci qui ouvre le bal en 1979, avec L’ENFER DES ZOMBIES, malicieusement intitulé dans son pays d’origine ZOMBI 2 ! Cette volonté de faire passer le film pour une suite non-officielle mène à une certaine confusion, en effet, aux Etats-Unis, le ZOMBIE (titre du montage européen supervisé par Dario Argento) de Romero est connu fatalement sous son titre anglophone, soit DAWN OF THE DEAD, et le titre ZOMBIE échoie sur le territoire américain au film de Fulci…

Débutant avec un mystérieux yacht dérivant dans la baie de New York, L’ENFER DES ZOMBIES emmène ses protagonistes sur une île tropicale infestée de morts-vivants. L’atmosphère désespérée du film de Fulci et son appétence pour le gore ont fait de ZOMBIE FLESH EATERS (son titre au Royaume-Uni) un classique instantané et un excellent candidat au titre de « Video Nasty » (terme utilisé pour désigner les films censurés voire bannis du territoire par le British Board of Film Classification). Le succès de ZOMBI 2 engendre en Italie une vague gore où les morts-vivants auront tout loisir de festoyer, mais ce n’est qu’en 1988 que Fulci se verra proposer l’idée d’un ZOMBI 3. La mauvaise santé du réalisateur l’empêche de terminer un film qui sera repris par l’inénarrable Bruno Mattei. Difficile aujourd’hui de déterminer la part de l’œuvre de Fulci de celle de Mattei dans ce ZOMBI 3 de sinistre mémoire, où quelques beaux efforts le disputent à un montage et des retournements de situation nonsensiques. Reste que ZOMBI 3 fait le délice de certains cinéphiles dérangés (dont l’auteur de ces lignes fait certainement partie). On trouve encore, au hasard des titres profiteurs un ZOMBI 4 : AFTER DEATH de Claudio Fragasso (comparse de Mattei) avec Jeff Striker, qui n’entretient aucun rapport avec ZOMBI 3, qui lui-même n’entretenait aucun rapport avec ZOMBI 2, qui n’entretenait pas plus de rapports avec ZOMBIE… z’avez suivi ? Le marché de la VHS s’évertuera à ne surtout pas clarifier les choses en proposant entre autres un ZOMBIE 5 derrière lequel se cache le mollasson L’ATTAQUE DES MORTS-VIVANTS (KILLING BIRDS) de Claudio Lattanzi, produit par Joe D’Amato et réalisé en 1987 soit avant le Mattei et le Fragasso…

Puisque nous évoquons les noms fabuleux de Bruno Mattei et Joe D’Amato, il est temps de se pencher sur leurs autres contributions à la zombimania italienne. Le premier est l’auteur du fantastique, du sublime, du merveilleux VIRUS CANNIBALE (HELL OF THE LIVING DEAD) en 1980. Partant d’une réflexion Romero-esque sur le quart-monde (des scientifiques travaillent sur un projet qui vise à supprimer la famine, en faisant en sorte que les populations les plus pauvres s’entre-dévorent), Mattei veut offrir le film de morts-vivants politique ultime. Ultime, l’expérience l’est, dans un sens… Assemblage de stock-shots plus ou moins pertinents censé tenir la route grâce à l’extraordinaire talent de composition des acteurs (on tourne la tête à droite, raccord regard sur une gerbille, on tourne la tête à gauche, raccord regard sur des éléphants, on s’extasie). La pagaille de n’importe quoi est bien trop importante pour être ici énumérée, le seul conseil que l’on puisse vous donner est de vous jeter sur le DVD, car VIRUS CANNIBALE est sur la liste des essentiels du film de zombies, eh oui, toute liste compte au moins une aberration cosmique ! D’Amato quant à lui délivre la même année LA NUIT FANTASTIQUE DES MORTS-VIVANTS (un titre français qui assagit le EROTIC NIGHT OF THE LIVING DEAD original) qui n’envoie pas autant de bois que le film de Mattei. Au final assez peu érotique et à peine plus fantastique, l’œuvrette zombio-emmanuellienne de D’Amato ne détient pas le potentiel nanar attendu.

virus cannibale

Alors que Fulci s’attèle à construire une œuvre des plus ambitieuses avec FRAYEURS, L’AU-DELA et LA MAISON PRES DU CIMETIERE, d’autres plus petits faiseurs continuent de s’engouffrer dans la brèche zombiesque et d’exploiter le filon inauguré avec L’ENFER DES ZOMBIES. C’est le cas de Marino Girolami qui réalise pour Fabrizio De Angelis le combo ZOMBIE HOLOCAUST (suite au succès de ZOMBI 2 et de CANNIBAL HOLOCAUST sans doute), qui recycle piètrement la trame du film de Fulci, transposant l’action sur une île au sud-ouest des côtes asiatiques et en octroyant un rôle assez important à une tribu de natifs cannibales. L’ennui qui résulte du visionnage est saisissant malgré une volonté de surpasser en barbaque les efforts de Fulci et Deodato réunis. L’effort d’Umberto Lenzi dans le genre se révèlera plus concluant, anticipant même les infectés de 28 JOURS PLUS TARD de Danny Boyle et les zombies sprinters de L’ARMEE DES MORTS de Zack Snyder. L’AVION DE L’APOCALYPSE (NIGHTMARE CITY), malgré un budget qu’on devine dérisoire, s’avère être une entraînante série B tournée dans un scope du meilleur effet. Toujours malmené par quelques nanardeurs trop zélés, le film de Lenzi mérite d’être redécouvert pour ce qu’il est, une incursion inventive et réjouissante dans le genre ! LE MANOIR DE LA TERREUR (BURIAL GROUND) d’Andrea Bianchi (à ne pas confondre avec le superbe MANOIR DE LA TERREUR d’Alberto De Martino, fleuron du gothique italien datant, lui, de 1963) s’avère tout aussi réjouissant. Réalisé en 1981 alors que la vague s’essouffle, le film suit trois couples qui se rendent dans un manoir labyrinthique sur l’invitation d’un vieux scientifique et se retrouvent assiégés dans la bâtisse par une horde de morts-vivants. Atmosphérique et dérangeant, le film brille moins par ses qualités scénaristiques que par les trouvailles délirantes de Bianchi, comme une scène d’anthologie où un enfant (au départ déjà dérangé) zombifié dévore le sein de sa mère ultra-protectrice.

Loin de la bisserie débauchée de ses collègues, Michele Soavi (BLOODY BIRD, LA SECTE…) délivre en 1994 un véritable poème macabre : DELLAMORTE DELLAMORE. Francesco Dellamorte (Rupert Everett) est le gardien d’un cimetière qui voit ses occupants se réveiller 7 jours après leur inhumation. Bourré à craquer de références artistiques dans son esthétique, nanti d’un humour efficace et surtout d’un sens du gothique affuté, DELLAMORTE DELLAMORE, à des lieues de velléités bassement commerciales, est une véritable œuvre d’art, sans doute le film le plus personnel d’un Soavi délivré de la main de fer de son ex-producteur Dario Argento. Pour autant, le film ne marque pas la fin des festivités, le bis italien a encore quelques zombies à nous offrir, et c’est Mattei qui à ce jour nous a servi les derniers morceaux de choix avec ISLAND OF THE LIVING DEAD et ZOMBIES : THE BEGINNING en 2007 qui forment avec VIRUS CANNIBALE une trilogie d’aberrations cosmiques. A table !

Gabriel Carton

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