Zombie Week # 2 : La Nuit des Morts-Vivants
Zombie Week # 2 : La Nuit des Morts-Vivants

Si LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, sorti en 1968, ne constitue pas la première incursion du zombie au cinéma (voir Zombie Week #1) le film de George A. Romero n’en demeure pas moins LA référence ultime du film de zombies, la plus marquante, la plus emblématique, ayant frappé l’imaginaire de générations entières de cinéphiles qui encore aujourd’hui n’ont de cesse de revenir au mythe, là où tout a commencé.

Régi par une économie de moyens (induite il est vrai par un budget dérisoire, mais plus globalement par une volonté d’épure, voire une certaine sécheresse), le film se déroule dans la région de Pittsburgh, où Barbara et son frère Johnny viennent fleurir la tombe de leur père. Quelques arbres et des stèles éparses suffisent à installer un climat inquiétant, tourné en dérision par Johnny, qui lance avec un sourire sadique à sa sœur apeurée un « They’re coming to get you, Barbara » lui aussi resté dans les annales. Prophétique, la blague du jeune homme précède l’irruption dans le cadre d’un homme hagard, qui se dirige vers eux d’une démarche désarticulée, puis s’en prend sans crier gare à Barbara. Elle s’enfuit, son frère Johnny restant allongé par terre, assommé, et trouve refuge dans une maison où plusieurs autres personnes se sont réunies et vont devoir faire face à une menace jamais vue jusqu’alors.

la nuit des morts vivants

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS fait incontestablement date dans l’histoire du cinéma. S’il a marqué ses contemporains par son audace, sa modernité et le choc précurseur de ses scènes de cannibalisme, il n’a ensuite cessé de jouir d’une place à part dans le paysage cinématographique horrifique. Nombre de films s’en sont inspirés, nombre de jeunes réalisateurs se sont revendiqués du maître, mais jamais l’œuvre de Romero n’a perdu de son aura. Au contraire, plusieurs décennies après sa sortie, le film possède encore un indéniable pouvoir d’attraction. On est la plupart du temps bien embêtés d’expliquer pourquoi un film est devenu culte. Mais dans le cas de ce film, on peut dire que Romero a véritablement ouvert la voie, lâché les vannes d’un cinéma qui ne se contente plus de suggérer, mais aussi de montrer.

Tranchant avec l’esthétique baroque de l’épouvante gothique en adoptant un style à la limite du documentaire (saisissants photogrammes du générique de fin, que l’on croirait sortis d’un reportage d’actualités), dans un noir et blanc peu contrasté qui recherche moins l’esthétisation que l’assimilation à la brutalité de la réalité, LA NUIT DES MORTS-VIVANTS fit sensation en montrant des zombies se repaître de chair humaine. Des scènes qui sont d’ailleurs, en dépit de l’horreur qu’elles mettent en scène, d’une beauté confondante. Fascinants, iconiques, sont également ces plans larges montrant des zombies titubant, mais déterminés. La mort est littéralement en marche.

Bien sûr, le film ne se réduit pas à un étalage d’effets gore (loin de là, précisons même qu’ils arrivent très tardivement dans le film) qui seront l’apanage des décennies suivantes. La science du cadrage, mettant en évidence le surgissement de la menace, mais aussi du récit (cette longue scène, notamment, dans laquelle Ben raconte la manière dont il a échappé à une horde de créatures, nous la laissant seulement imaginer et non contempler) dont fait preuve Romero nous font au contraire basculer très progressivement dans l’horreur.

En créant un huis-clos oppressant nous immergeant, en même temps que les personnages, à la fois dans cette maison mais aussi dans l’appréhension du phénomène qui se joue, par le biais des communiqués officiels diffusés à la télévision, Romero crée le mythe, présente en quelque sorte officiellement les zombies au monde : des hommes et des femmes décédés depuis peu, qui reviennent à la « vie », avides de chair humaine, dévorant leurs homologues et transmettant leur état dans une chaine sans fin de résurrections morbides. Des témoins font état, nous dit-on, de personnes ordinaires s’attaquant sans raison à leurs semblables, tandis que d’autres évoquent des monstres difformes. La stupéfaction est de mise face à cette attaque incompréhensible. L’essence même de la peur est là : on ne sait pas pourquoi. Des allégations scientifiques sont certes avancées, mais il n’en demeure pas moins que les zombies n’ont d’autre but que de dévorer indistinctement leurs semblables.

Comme cela se verra confirmé dans les autres volets de la trilogie (Zombie en 1978 puis Le Jour des Morts-Vivants en 1985), notamment, Romero est autant animé par un renouvellement de la forme que par une réflexion politique, sur la société dans laquelle il vit, et, plus largement, sur la nature humaine. Car si la menace vient bien évidemment de l’extérieur, les conflits ne tardent pas à éclater au sein même de la maison, puisque les réactions des personnages sont autant de facettes du comportement adopté face au danger : Barbara incarne l’immobilisme, Ben la combativité, Harry l’égoïsme et la lâcheté. En s’inspirant du roman Je Suis une Légende de Richard Matheson, Romero saisit de manière sous-jacente les enjeux d’une société en pleine mutation, ce passage à une ère nouvelle, qu’il marqua d’une pierre cinématographique emblématique, cristallisation d’une époque et ancrage définitif de la figure du zombie comme élément incontournable du cinéma d’horreur.

Audrey Jeamart

NB : Rapidement tombé dans le domaine public pour une bête histoire de copyright, le film bénéficie de nombreuses éditions DVD, parfois farfelues, voire pire ! Par pitié, si l’édition estampillée « 30ème anniversaire » vous fait de l’œil, ignorez-la. Si vous la possédez, brûlez-la ! Il s’agit en effet d’une version totalement insultante envers l’œuvre de Romero, fomentée par son co-scénariste John Russo. Non content de changer la musique du film ainsi que son montage, ce dernier a également rajouté des scènes tournées ultérieurement : une introduction passable bien qu’inutile, mais surtout une fin non seulement ridicule mais annihilant complètement l’effet de la dernière scène, la seule, la vraie, du film voulu par Romero.

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