Zombie Week # 1 : Avant la Nuit…
Zombie Week # 1 : Avant la Nuit…

Il y a clairement eu un après NIGHT OF THE LIVING DEAD, un après dans lequel nous vivons tous, un après qui a vu une image du mort-vivant se développer, devenir iconique, incontournable. Des hordes de cadavres en décomposition plus ou moins avancée, se mouvant d’un pas trainant, précédés d’un râle grave et désespéré, ont depuis envahi nos écrans, tous nos écrans, le petit comme le grand, films, séries, jeux vidéo se sont vus pris d’assaut par l’armée des morts-vivants issue directement de la relecture de Georges Romero. Nous connaissons tous la définition du mort-vivant selon Romero, elle fait aujourd’hui partie de l’imaginaire collectif, charriant son lot d’allégories politiques et sociales, elle s’est imposée dans le grand dictionnaire du bestiaire fantastique en éclipsant tout autre idée du zombie qui a pu exister avant 1968. Les zombies n’ont pas attendu LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, pourtant, pour entamer leur marche traînante en entonnant leur hymne guttural.

C’est dans la tradition d’un vaudou qui leur fait la part belle que les premiers zombies cinématographiques ont vu le jour, avec LES MORTS-VIVANTS (WHITE ZOMBIE) de Victor Halperin, en 1932. Universal a triomphé l’année précédente avec DRACULA et FRANKENSTEIN, inaugurant un âge d’or du cinéma fantastique hollywoodien qui allait se poursuivre jusqu’au début des années 40, et c’est dans cette mouvance qu’émergent les premiers zombies, acquérant leur place à part dans le bestiaire fantastique en même temps que le vampire, la créature de Frankenstein, la momie et le loup-garou. Il n’est pas surprenant alors de retrouver Bela Lugosi, immortel interprète du comte Dracula et star incontestée de l’épouvante, qui occupe la tête d’affiche de ce mélodrame fantastique, dans le rôle d’un sorcier capable de contrôler les zombies.

Madeleine et Neil s’apprêtent à célébrer leurs noces à Haiti, dans la propriété d’un riche planteur, Beaumont. Si Beaumont a tant tenu à inviter le jeune couple à se marier chez lui, c’est parce qu’à la veille de la cérémonie il compte bien convaincre Madeleine d’abandonner Neil pour rester avec lui. Le refus de la jeune femme le pousse à requérir les services de Legendre, un sorcier blanc qui connait la formule pour déposséder quiconque de sa volonté propre. Avec l’aide de Legendre, Beaumont soumet Madeleine à ses desseins, mais c’est sans compter sur le prix qu’exige Legendre pour ses services…

white zombie

Il n’est pas encore véritablement question du zombie tel que nous l’imaginons aujourd’hui. Dans le folklore antillais, le zombie est un être humain mis dans un tel état de transe qu’il semble aux yeux de tous cliniquement mort. Une fois sorti de sa catalepsie, il n’est plus qu’une enveloppe vide destinée à œuvrer pour celui qui le contrôle sans jamais ressentir ni douleur ni fatigue, ni faim ni soif. Mais Madeleine, même si c’est elle qui donne son titre au film (« white zombie » signifie littéralement « zombie blanc », ce qui sied parfaitement à la jeune femme blonde vêtue d’une robe de mariée) n’est pas la seule victime du sortilège. Legendre a à ses ordres une armée de zombies qui convoque beaucoup plus fortement l’imagerie du mort-vivant moderne.  Alors qu’ils font route vers la propriété de Beaumont, Madeleine et Neil aperçoivent sur une colline une procession de silhouettes, lentes et voutées. Leur cocher leur explique que ce ne sont pas des hommes, mais des corps d’hommes ramenés à un simulacre de vie, des cadavres qui errent, privés de repos. C’est donc déjà, dans des décors tout droit sorti des gravures de Gustave Doré, une définition du mort-vivant moderne qui se met discrètement en place.

Le zombie « classique » du folklore antillais restera par la suite un chemin de traverse anecdotique qu’emprunteront peu de séries B fantastiques, plus friandes de vampires et de loups-garous. Si Halperin tentera de renouer avec le succès de WHITE ZOMBIE en tournant une suite en 1941, REVOLT OF THE ZOMBIES, la piètre qualité du métrage le condamnera aux limbes de l’oubli cinématographique. Ce sera aussi le cas des opus de Jean Yarbrough (KING OF THE ZOMBIES) et Steve Sekely (REVENGE OF THE ZOMBIES) qui en 41 et 43, touchaient du doigt l’idée qu’une armée de zombies pouvait devenir une arme de guerre des plus intéressantes, imaginant des savants fous créateurs de morts-vivants pour le IIIème Reich. Si l’on peut concéder à WHITE ZOMBIE un état de précurseur au magnifique VAUDOO de Jacques Tourneur (1943), ou même à L’EMPRISE DES TENEBRES de Wes Craven, la seule œuvre cinématographique qu’anticipent Yarbrough et Sekely est le beaucoup moins glorieux SHOCK WAVES de Ken Wiederhorn (1977) qui reste une friandise de premier choix pour les amateurs de zombies nazis !

C’est en 1966 que les zombies feront un retour plus remarquable. Deux ans avant la bombe de Romero, la Hammer, instigatrice d’un nouvel âge béni pour le fantastique horrifique, produit L’INVASION DES MORTS-VIVANTS (PLAGUE OF THE ZOMBIES) de John Gilling. Cette fois c’est dans un petit village de Cornouailles, plus en phase avec les tendances gothiques de la Hammer, que sont transposés des rites issus d’un vaudou de fête forraine. Reste que ce sont pour la première fois des cadavres, dans un état variable de fraicheur, qui sont ramenés à la « vie », ce qui en fait les ancêtres directs des morts-vivants de Romero. Dans une séquence onirique, la terre d’un petit cimetière, baigné dans la brume, se meut et des mains s’extirpent des tombes envahies de lierre. Lentement, les morts, le visage grisâtre, le linceul en lambeaux, se relèvent et s’avancent, la démarche pesante, vers le héros tétanisé. La séquence demeure un exemple du genre, encore isolé certes, mais suffisamment percutant pour faire du mort-vivant la menace cinématographique qu’il est aujourd’hui devenu. La Hammer a souvent été dans les années 60 à l’avant-garde de l’épouvante, mais là, le terme « invasion » employé dans le titre français était carrément prophétique !

plague-zombie

L’idée de l’invasion, ou plutôt de l’épidémie (« plague » en anglais) est au cœur de THE LAST MAN ON EARTH (1964), source d’inspiration majeure de Romero pour LA NUIT DES MORTS-VIVANTS. Le film de Ubaldo Ragona et Sidney Salkov, inspiré du roman de Richard Matheson JE SUIS UNE LEGENDE, a le bon ton de situer son action en 1968, prédisant qu’une infection fera de l’humanité une armée de vampires cannibales. Vincent Price dans le rôle-titre lutte pour sa survie dans un monde ravagé par l’épidémie, rassemblant toutes les armes possibles pour se protéger des attaques. Pionnier dans le « survival », THE LAST MAN ON EARTH est à l’origine de nombreux codes du genre qui sont autant d’emprunts que s’autorisera Romero…

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS a donc un arbre généalogique assez fourni qui en fait une somme d’influences cinématographiques. Les foules désincarnées et pourrissantes de Romero sont le fruit d’une addition fructueuse, dont les retombées n’ont pas fini de se faire ressentir.

Gabriel Carton

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