WILLIAM CASTLE : Comment j’ai terrifié l’Amérique
WILLIAM CASTLE : Comment j’ai terrifié l’Amérique

« 40 ans de séries B à Hollywood », c’est le sous-titre quelque peu réducteur de cette autobiographie (enfin éditée en France chez Capricci, traduite par Pauline Soulat) de William Castle  qui partage avec Roger Corman le surnom de « rebelle d’Hollywood ». 40 ans de séries B, mais pas seulement, puisque William Castle y évoque aussi sa proximité avec l’univers du théâtre, son travail avec Orson Welles sur LA DAME DE SHANGHAI ou avec Polanski sur ROSEMARY’S BABY. L’Homme qui a inspiré à Joe Dante le rôle de John Goodman dans MATINEE (PANIQUE SUR FLORIDA BEACH) revient aussi, avec sa gouaille de publicitaire de génie, sur les gimmicks qui ont fait sa renommée, ces procédés qui permettaient au spectateur de prendre part à l’action d’un film en décidant de sa conclusion, en se confrontant aux monstres dans la salle ou en éprouvant le choc des personnages via de petites décharges électriques. Il fut aussi celui qui offrit à ses spectateurs une police d’assurance décès en cas de mort de peur durant la projection !

Car William Castle n’est pas seulement le réalisateur de séries B inventives telles que LA NUIT DE TOUS LES MYSTÈRES (HOUSE ON HAUNTED HILL) ou LE DÉSOSSEUR DE CADAVRES (THE TINGLER), mais bien un génie polyvalent qui entama sa carrière à l’âge précoce de 13 ans. Alors qu’un soir il parvient enfin à entrer en coulisses pour rencontrer l’acteur Bela Lugosi qui interprète Dracula au théâtre (la renommée internationale de Lugosi ne naîtra que quelques années plus tard avec l’adaptation cinématographique produite par Universal) et lui suggérer ses idées pour que la pièce devienne plus interactive. Séduit par la fougue du jeune homme, Lugosi le fait engager comme régisseur assistant sur la pièce, lui permettant de mettre en pratique ses idées pour terrifier le public. William Castle et le théâtre, c’est une histoire d’amour, et de coup de poker. L’affaire du Stony Creek d’Orson Welles et de la pièce DAS IST NICHT FÜR KINDER qui est aussi celle de « l’actrice qui dit non à Hitler » pare cette évocation de sa vie d’une intrigue savoureuse et palpitante dont seule la lecture du livre permet de dévoiler l’issue.

Ce sont ses débuts éreintants à la Columbia qui lui donnent sa réputation d’artisan capable de tourner vite en respectant des budgets minuscules tout en garantissant un résultat correct. Le succès de THE WHISTLER lui donne une certaine respectabilité, jusqu’à le laisser penser qu’il est prêt à réaliser son propre projet, une adaptation de IF I DIE BEFORE I WAKE de Sherwood King à laquelle les studios rechignent à donner le feu vert. L’adaptation finira par voir le jour, mais sous la forme de LA DAME DE SHANGHAI, réalisée par Orson Welles, qui conserve tout de même Castle au poste de producteur associé mais surtout à celui de réalisateur de seconde équipe. En dehors de ces anecdotes, c’est toute la vie bouillonnante d’un grand studio qui prend vie sous la plume simple et mordante du cinéaste, on se croirait parfois du côté de chez Elia Kazan et de son DERNIER NABAB.

Castle parvient tout de même plus de dix ans plus tard à réaliser ses propres idées, se suivront, MACABRE, HOUSE ON HAUNTED HILL, THE TINGLER (tous deux avec l’immense Vincent Price), 13 GHOSTS, tous accompagnés en salle d’une astuce impliquant le public. Les projets prennent de l’ampleur avec la participation de Joan Crawford, sur STRAIT-JACKET (LA MEURTRIÈRE DIABOLIQUE) et I SAW WHAT YOU DID (TUER N’EST PAS JOUER) en 64 et 65. Le hit horrifique dont a toujours rêvé Castle arrive enfin en 1967, ROSEMARY’S BABY d’Ira Levin dont il achète les droits avant de proposer le projet à la Paramount qui propose de le rémunérer grassement à la condition qu’il passe au poste de producteur pour laisser la place de réalisateur à un jeune loup prometteur : Roman Polanski. Et ce sont des trésors de secrets de tournages qui occupent le dernier tiers du livre en même temps que les problèmes de santé du producteur s’aggravent parce qu’il ne se ménage pas assez.

Bien qu’ayant produit avec ROSEMARY’S BABY ce qui s’apparente au manifeste du Nouvel Hollywood, William Castle ne résiste pas à l’appel de son vieil Hollywood, celui du prestidigitateur, marchand de frisson et de confiseries. Il déchaîne sur les écrans des nuées de cafards, véritables cavaliers de l’apocalypse, avec BUG (LES INSECTES DE FEU) qui trouve parfaitement sa place en pleine explosion de la menace animale au cinéma, en 1975, à côté d’un certain JAWS. La manière dont Steven Spielberg a géré la promotion de JAWS doit d’ailleurs beaucoup à la méthode Castle, après tout, l’imitation est le compliment le plus sincère. Jeannot Szwarc, qui se charge de la mise en scène de BUG, sera 3 ans plus tard le réalisateur de JAWS 2, juste retour des choses. Ils sont aujourd’hui beaucoup à tenter le coup, mais personne comme William Castle n’a su foutre une trouille bleue au public et lui faire aimer ça !

Gabriel Carton

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