VIDÉOTOPSIE N°20
VIDÉOTOPSIE N°20

D’un sujet qui ne devait occuper au départ qu’un dossier dans l’ultime volume vidéotopsien, David Didelot a fini par tirer un opus à part entière, un monumental numéro spécial, 186 pages de sursis avant le dernier acte.

 

JOE D’AMATO’S FILMIRAGE : HORREUR AU PAYS DE L’ÉROTISME s’étale en guise de titre, accrocheur comme il faut, sur la superbe couverture réalisée par Augustin Meunier à partir des affiches renversantes d’Enzo Sciotti. Horreur, érotisme, l’un ou l’autre et parfois les deux, c’est bien ce dont il sera question ici, mais pas que, puisqu’à travers l’examen exhaustif des productions Filmirage, c’est tout un historique de la firme qui est dressé, ses raisons d’être qui sont mises en perspective, et le constat qui s’impose d’un dernier tour de piste non dénué de panache du cinéma d’exploitation transalpin et de ses folles obsessions.

 

Il ne s’agit, pour autant, pas d’une oraison funèbre et c’est la plume chargée de vie que David Didelot et Augustin Meunier se sont attaqués à l’intégralité des films produits et/ou réalisés par Joe D’Amato sous la bannière Filmirage de 1980 et 1993. Des débuts barbouillés au rouge qui tache (ANTHROPOPHAGOUS, HORRIBLE, PIECES) aux tentatives horrifiques plus « mainstream » mais toujours un brin toquées (GHOSTHOUSE, BEYOND DARKNESS) en passant par les exploits érotiques de l’oncle Joe dans la haute bourgeoisie de l’Italie fasciste où la caméra suit les courbes voluptueuses des actrices comme un vaisseau tanguant sur un océan rose chair (LA RETAPE, LA FEMME PERVERTIE, LUSSURIA, LA FILLE AUX BAS NYLON), les deux complices ont dû faire chauffer le magnétoscope.

 

On pourrait s’arrêter là, mais ce serait oublier les quelques sorties de route, pas toujours heureuses, dans les genres les plus divers : post-apo (LE GLADIATEUR DU FUTUR, INTERZONE), heroic-fantasy (ATOR) ou comédie musicale (CUANDO CALIENTA EL SOL… VAMOS A LA PLAYA), la saga phare de D’Amato (11 DAYS, 11 NIGHTS), un thriller routier (LE VOYAGEUR DE LA PEUR), le plus culte des films cultes (TROLL 2), le plus chiant des films de requins tueurs (DEEP BLOOD) et son pendant zombiesque (L’ATTAQUE DES MORTS-VIVANTS). Puis surtout les derniers feux de l’horreur à l’italiana, portés par les noms les plus imposants du catalogue, Michele Soavi (BLOODY BIRD) et Lucio Fulci (LE PORTE DEL SILENZIO), un jeune prodige prenait son envol, un vieux parrain creusait sa tombe.

 

Si le dossier critique constitue la plus grosse partie du volume, il n’éclipse cependant pas les entretiens, bonus non-négligeables, d’Enzo Sciotti, créateur des affiches souvent magnifiques des films Filmirage, et de Carlo Maria Cordio, compositeur, dont l’interview est à mettre au crédit d’Emmanuel Cavallo dont c’est l’unique participation mais non la moindre. Un petit état des lieux de l’édition VHS/DVD française des films estampillés Filmirage ne fait pas de mal non plus, et on ne peut que saluer le travail de recherche abattu pour ce listing, on fut d’ailleurs heureux d’apprendre qu’il existait un DVD du COUVENT DES PECHERESSES, diantre, une nonnerie qui manquait à nos étagères !

 

Si Joe D’Amato n’avait pas dit son dernier mot après que la Filmirage ait rendu son dernier souffle, la firme constitue bien un morceau de l’histoire du cinéma, peut-être pas celle qu’on enseigne dans les écoles spécialisées, on n’ira pas dire aux étudiants de troquer leur manuel contre ce Vidéotopsie n°20, mais le cours de m’sieur Didelot, c’est encore le meilleur cette année.

Gabriel Carton

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