VIDÉOTOPSIE N°18
VIDÉOTOPSIE N°18

AMITYVILLE, voilà un nom qui rappellera aux rats de vidéoclubs les belles heures du rayon « horreur », bariolé de jaquettes à la gloire du Démon et de ses nombreuses progénitures. Voilà un nom qui, pour un temps glorieux, devint bien vite annonciateur d’ennui apocalyptique, d’interminables redites, de diabolique paresse artistique, d’opportunisme infernal, un nom auquel l’amateur réprimait un frisson au souvenir d’une jaquette mensongère, d’une VHS, d’un DVD, qui se vendait pour un(e) autre, d’un 4 au lieu d’un 1, d’un 8 au lieu d’un 2, d’un improbable DTV au lieu d’un remake en bonne et due forme, l’arnaque élevée au rang de mythe, ou plutôt le mythe déchu au rang de triste supercherie.

Avec pas moins de 17 films au compteur et 6 autres encore en préparation, AMITYVILLE explose le record en matière de saga d’horreur increvable et rien que pour cela, valait bien la peine qu’on se penche sur son cas, mais pas seulement. AMITYVILLE c’est aussi une histoire de trouille et de cinoche, les vrais compères en compagnie desquels on passe les meilleures soirées et les pires nuits, avec un premier opus à réhabiliter, et un second qui ne demandait qu’à être (vidé)autopsié. Vous en aviez rêvé, David Didelot l’a fait, voici, Mesdames et Messieurs, VIDÉOTOPSIE n°18 : SPÉCIAL AMITYVILLE.

 

Derrière une façade de circonstance à laquelle aucun élément ne manque (Fenêtres iconiques rougeoyantes, curé prêt à exorciser et enfant vulnérable aux attaques du Malin), sous un édito qui pose son sujet « comme une évidence » et nous met dans l’ambiance, se déroule le sommaire :

BRUNO MATTEI ITINÉRAIRE BIS : Done !

Il était une fois, Amityville…

Amityville : itinéraire d’un enfant effrayé

Le film autopsié : AMITYVILLE II : LE POSSÉDÉ

Entretien avec Rutanya Alda

Entretien avec Diane Franklin

Amityville : de la cave au grenier

Et pour quelques infos de plus

Rayon Fanzines

En amont des diableries attendues se dresse le bilan d’une belle réussite, BRUNO MATTEI : ITINÉRAIRE BIS, édité en grandes pompes chez Artus Films, preuve que 2016 n’aura pas été une année entièrement pourrie : on aura eu notre lot de sorties DVD et bouquins pour se consoler.

En page 10 trône à nouveau la bicoque de rêve du 112 Ocean Avenue, ou plutôt une réplique à la mode photoshop destinée à survendre un avatar malheureux dont s’est rendu coupable The Asylum en 2011, qui ne manque pas de gueule tout de même, et ce titre, « Il était une fois, Amityville… ». David Didelot commence comme un conte de fées son histoire de terreur enfantine, cet « itinéraire d’un enfant effrayé », qui à dix ans, a découvert le roman de Jay Anson, AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE. Dans un compte-rendu personnel, l’auteur touche à l’universel en décrivant les premières morsures de l’horreur dans la chair tendre d’un esprit en éveil, le premier appel du fantastique à une cinéphilie balbutiante, la marque au fer rouge des premiers frissons.

 

Il était une fois, puis deux, puis trois : Amityville, c’est aussi la ronde des livres. Au Docu-roman de Jay Anson, THE AMITYVILLE HORROR (1977), qui prête son propos au film de Stuart Rosenberg en racontant l’enfer qu’ont vécu les Lutz en 76, s’ajoute MURDER IN AMITYVILLE (1979) de Hans Holzer qui inspirera AMITYVILLE II : LE POSSÉDÉ (1982) de Damiano Damiani, basé sur l’affaire Defeo, antérieure à l’affaire Lutz, à ne pas confondre avec THE AMITYVILLE HORROR II de John G. Jones (1982 aussi) qui prolonge le calvaire des Lutz au-delà de leur déménagement précipité, suggérant que le mal les poursuit. Jones récidive à plusieurs reprises avec notamment AMITYVILLE : THE FINAL CHAPTER (1985) puis AMITYVILLE : THE HORROR RETURNS (1989), avec toujours les Lutz comme protagonistes. Pas étonnant que la baraque n’ait plus donné signe de possession démoniaque depuis leur départ, il semblerait que George et Kathy aient emporté les démons dans leurs valises.

 

Et ça n’est pas tout puisqu’entre autres succédanés Jones se fendra d’un AMITYVILLE : THE EVIL ESCAPES, recueil de nouvelles à l’origine d’au moins trois des suites produites pour la télévision ou le marché vidéo, soit les opus 4, 6 et 7, centrés sur des objets provenant du site maudit, sans plus de réel rapport ni avec les Defeo, les Lutz ou la maison elle-même. Robin Karl tente un retour au bercail en 1991 avec AMITYVILLE : THE NIGHTMARE CONTINUES en extrapolant sur les acquéreurs qui ont suivi les Lutz, les Cromarty, et en le vendant pour faits réels. Plus sérieux pour terminer, un retour aux sources d’Hans Holzer avec THE AMITYVILLE CURSE  (1981) revenant sur l’histoire du terrain sur lequel fut bâti la maison aux fenêtres qui rient et auquel ne doit que bien peu de choses le téléfilm qui lui emprunta son titre en 1990.

On reprend son souffle ! THE AMITYVILLE HORROR (1979) n’est pas le film autopsié, mais méritait amplement une réhabilitation en une dizaine de pages que l’approche à la première personne sert parfaitement. C’est la séquelle/prequel de Damiano Damiani, AMITYVILLE II : THE POSSESSION (1982) qui se trouve examinée sous toutes les coutures, occupant les vingt-cinq pages suivantes. Critique, analyse, passage en revue du casting et de l’équipe technique, débroussaillage des éditions VHS/DVD/Blu-ray (on confirme, fuyez l’édition Blue Print qui se fait passer pour le DVD MGM)… On ne peut plus exhaustif, et si l’autopsie démontre quelque chose, c’est bien que le cadavre bouge encore, l’épouvante que suscite le film est encore bien vivante.

 

Cet imposant dossier est non seulement l’occasion d’explorer les thématiques fondamentales du film (l’éclatement de la cellule familiale en premier lieu, cœur de toute la saga), mais celle de revenir sur la sensibilité très européenne de ce dernier, américain en façade, mais italien de cœur pourrait-on dire. Suppléments de choix à cette passionnante visite d’une maison nommée High Hopes, deux entretiens, le premier avec Rutanya Alda (Madame Montelli/Defeo), le second avec Pamela Franklin (la sœur de Sonny/Ronald) revenant sur l’expérience du tournage.

On rembobine à l’entame du troisième gros morceau : « Amityville : De la cave au grenier » se penche d’abord sur l’héritage Amityville, l’influence de la saga dans la culture populaire, les parodies, et la myriade de docu-TV sensationnalistes autour des cas Defeo et Lutz, puis dresse la liste complète des excroissances filmiques de l’affaire. Pas de jaloux, si LE POSSÉDÉ a eu sa dose, THE AMITYVILLE HORROR repasse sous la loupe de Christophe Gaquière et de Stéphane Prieur, prouvant que le film de Rosenberg, souvent éreinté par les amateurs de genre, en a encore sous le pied. À Augustin « Rigs Mordo » Meunier de taper ensuite, sans méchanceté ceci-dit, sur l’opus 3. On ne sera pas toujours d’accord avec le sieur Rigs concernant un AMITYVILLE 3D certes réalisé par un Richard Fleisher en petite forme, et cédant aux sirènes de la mode 3D des années 80, mais tentant avec le panache du désespoir de ramener une saga qui jouait jusque-là la carte du réalisme dans le giron d’une épouvante classique.

 

Et on enchaine avec la longue et impressionnante débâcle, la cascade quasi-ininterrompue de fausses suites que le marché de la vidéo a enfilées comme des perles. On reverrait presque notre opinion des vagues adaptations de John G. Jones et leurs objets viciés à la hausse quand on voit ce qui leur a succédé en sus d’un remake, sacrifié aux abdos de Ryan Reynolds, pas toujours très finaud mais pas si dégueu qu’on a bien voulu le dire. D’ailleurs, on l’a revu à la hausse notre opinion, puisque par ce dossier alléché on est allé repêcher au fin fond des étagères notre collection dépareillée que les dieux de l’import ont rendue possible et on s’est retapé les EVIL ESCAPES, IT’S ABOUT TIME (superbe BO de Daniel Licht), NEW GENERATION et autre DOLLHOUSE (le meilleur sans doute).

 

C’est une fois passé le cap des années 2010 que les forces du mal et du profit facile se sont déchainées. Et pour ce qu’on en a vu, ce ne sont plus seulement les murs de la maison qui saignent, mais nos pauvres yeux. C’est The Asylum qui a ouvert les hostilités en 2011 avec THE AMITYVILLE HAUNTING, rip-off de PARANORMAL ACTIVITY qui assaisonne son histoire à la sauce found footage. Andrew Jones à la suite a rendu une copie un peu plus supportable en 2013 avec THE AMITYVILLE ASYLUM, émettant l’hypothèse (pas inintéressante) d’un culte sataniste rongeant la petite ville de l’intérieur. John R. Walker, sur la même base, propose en 2015 THE AMITYVILLE PLAYHOUSE, délaissant l’asile pour le théâtre, en attendant l’église, la piscine municipale, le supermarché ou le donjon SM. Le pire, c’est qu’à lire que THE AMITYVILLE TERROR (2016) relève un peu le niveau, on serait tenté de lui donner sa chance. Bref on a de quoi patienter en attendant que se décide enfin à sortir AMITYVILLE : THE AWAKENING de Franck Khalfoun, le prolongement légitime de la saga cinématographique.

 

Enfin, pour quelques infos de plus, on délaisse Ocean Avenue pour revenir sur les évènements et les rencontres qui ont parsemé cette année (Henenlotter à Bruxelles, Bloody Weekend, The Retro Wizard Day à Liège etc.), quelques beaux livres qui font envie, et un Rayon Fanzine bien fourni. Nous en sommes déjà à conclure, alors saluons la magnifique maquette, comme toujours, et surtout, la page 100 ! Non que les aguichants postérieurs aient attiré notre attention (vinrent-ils d’un Decoteau qu’on en eût été plus émoustillé), mais le propos burné qu’ils soutiennent mérite qu’on salue le courage et la verve de l’auteur, on connait bien des journaleux, des radioteux incapables d’en faire autant.

Gabriel Carton

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