VIDÉOTOPSIE n°17
VIDÉOTOPSIE n°17

Sorti début mai, ce Vidéotopsie dix-septième du nom est déjà presque épuisé. Un succès mérité, pour un opus par nos soins dévorés, la moindre des choses lorsque le « film autopsié » (cette rubrique étant l’une des caractéristiques du fanzine, bien qu’absente du précédent numéro) n’est autre que La Nuit de la Mort

Le sommaire :

Le film autopsié : La Nuit de la Mort !
Rapahaël Delpard : les années bis
Entretien avec Raphaël Delpard
Reviews bis
Riki-Oh : le Poing G(ore)
Bruce Lee et la France : le nez fin de René Château
Le passager solitaire du thriller français : Serge Leroy
George Pan Cosmatos : le sertaki au rythme des mitraillettes
Bébé Noir et Brigandine à l’heure du fantastique
Les romans « en souffrance » de Léon Despair
Cinéma amateur (et à mater !)
Et pour quelques infos de plus
Rayon Fanzines

 

Faisant l’impasse sur les hors d’œuvre, David Didelot attaque directement les festivités avec le large dossier consacré au film de Raphaël Delpard, annoncé par cette rougeoyante couverture reprenant l’une des images fortes du film, ornant nombre de ses éditions VHS ou DVD : l’infortunée Charlotte de Turckheim (on ne la reconnait pas, mais c’est bien elle), ou plutôt ce qu’il en reste, c’est-à-dire le visage, fiché dans un croc de boucher, et cependant dans une posture quelque peu extatique. Une belle et large critique est tout d’abord consacrée au film, dont l’intrigue voit les pensionnaires d’une maison de retraite se livrer au cannibalisme sur la personne de leur infirmière, dans une quête éperdue d’immortalité. Sans verser dans les louanges exagérées, cet article, qui aborde avec une grande clarté les composantes et enjeux du film, sonne véritablement comme une réhabilitation. Moqué plus que de raison sur d’autres supports, le film de Delpard, sorti en 1980, inspire un texte très pertinent faisant office de remise en perspective, attirant l’attention sur les qualités et les particularités (onirisme, paranoïa, Grand-Guignol, gore, langueur, atmosphère mortifère) du métrage, sans omettre de pointer ses défauts, cernant de près la mélancolie qui le traverse, et présentant la place particulière qu’il occupe dans le paysage cinématographique français. Un extrait résumant parfaitement le film : « La Nuit de la Mort ! est donc un film constamment sur la brèche, partagé entre trivialité gore et élégance toute classique, laideur assumée et beauté fulgurante, sincère mélancolie et rigolade idiote. […] D’où cette sensation d’étrange patchwork, d’œuvre hétéroclite et éclatée, de constantes ruptures émaillant le film : Delpard y aborde certes des thèmes particulièrement graves (la vieillesse, la mort, la solitude…), mais en les exploitant avec tous les excès qui siéent à l’horreur. »

Mais bien sûr, ce n’est pas tout ! Qui dit film autopsié dit également parcours exhaustif de la fiche technique (on vous rassure : rien de rébarbatif), avec détails significatifs concernant production, réalisation, scénario, photographie, montage, musique, maquillage et effets spéciaux, ou plus exactement les talents se trouvant derrière, et enfin distribution. Les éditions VHS et DVD du film sont ensuite passées en revue, avant un retour complet de plusieurs pages, signé par Patrick Callonnec, David Didelot et Jean-Sébastien Gaboury, sur la filmographie du réalisateur (également comédien, scénariste, notamment pour cette Nuit de la Mort, acteur et écrivain) responsable de dix titres (sept longs métrages entre 1976 et 1985, un téléfilm et deux documentaires), ayant la particularité d’être répartis entre cinéma érotique, bidasseries, film fantastique, comédie sociale, et bien sûr film d’horreur avec La Nuit de la Mort. Une carrière éclectique, donc, bénéficiant ici d’un panorama très clair, et donnant furieusement envie de découvrir Clash, film fantastique de 1984, intrigant projet qui semble avoir été exagérément vilipendé.

Le dossier se clôt sur un long entretien mené par Patrick Callonnec, qui revient sur toute la carrière cinématographique de Raphaël Delpard, depuis ses débuts jusqu’à ses projets actuels, sous l’angle de la genèse des projets, des collaborations, de la réception des films, entre autres. C’est également un regard éclairant qui est ici porté sur le cinéma français au tournant des années 80. Copieux, mais tout sauf indigeste. On aurait même parfois souhaité quelques développements, quelques rebonds à certaines évocations ou réflexions, mais devant l’ampleur du menu, cette progression et ce découpage en grands pans (un film en particulier ou un genre) permettent de ne pas s’égarer et de suivre, sans le lâcher, le fil d’un artiste talentueux, enthousiaste et vraisemblablement sympathique. À noter que l’ensemble court sur une cinquantaine de pages. Nous avons donc là un vrai beau dossier sur un réalisateur assurément à redécouvrir.

Place ensuite aux « Reviews bis ». Une quinzaine de films chroniqués, notamment une curiosité suédoise (Young Playthings de Joseph W. Sarno), d’improbables gloumoutes (Actium Maximus : War of the Alien Dinosaurs – tout un programme, dites-moi – de Mark Hicks), un opus attrayant de l’ibérique et las éphémère Fantastic Factory de Brian Yuzna et Julio Fernandez (L’Enfer des Loups de Paco Plaza), un thriller / psychokiller plongé dans le noir (Blackout de Eddy Matalon), une production Charles Band / Full Moon (Dark Angel : The Ascent de Linda Hassani), un fleuron espagnol (La Corruption de Chris Miller de Juan Antonio Bardem), un mini-dossier sur quatre films de guerre asiatiques, ou encore une surprenante édition blu-ray (Manos, The Hands of Fate de Harold P. Warren). Titres divers et variés, suscitant l’enthousiasme ou un avis beaucoup plus mesuré.

 

Grâce à Augustin Meunier, toujours en verve et parfois très gore, nous passons quelques pages avec Riki-Oh, manga de Masahiko Takajo et Tetsuya Saruwatari débuté en 1987 et succédant à Ken le Survivant, ayant également donné lieu à deux OAV et un film live, tous abordés. Commentaires et illustrations ne laissent point de place au doute : ce n’est plus saignant mais dégoulinant, violent et cruel. Un très bon dossier qui intéressera même les non-lecteurs de mangas (c’est d’ailleurs la première incursion de ce médium dans le fanzine), et permettant justement de faire connaissance avec ce barbare univers.

Après deux doubles pages mettant à l’honneur Bruce Lee, nous attaquons l’autre gros dossier du numéro, celui dédié à Serge Leroy, « Le passager solitaire du thriller français », par Patrick Juillard. Ou un panorama complet des dix films qu’il aura réalisés entre 1971 et 1993, essentiellement dans le thriller et le polar. Après la présentation des quelques axes généraux de son cinéma (héros solitaires, l’influence de la littérature policière, la mise en scène, grand et petit écran – pour lequel il fut d’ailleurs reporter avant de se lancer dans le cinéma), ses dix films sont chroniqués. Retenons La Traque (1975), malheureusement inédit en VHS et DVD, sorte de rape and revenge sis en Sologne et mettant en vedette Mimsy Farmer, mais aussi Les Passagers (1977), sorte de Duel français d’après Dean Koontz, ou encore Attention, les Enfants regardent (1978), avec Alain Delon. Les comparaisons avec d’autres genres ou films semblent pertinentes et sont révélatrices de l’apport de Serge Leroy, influencé par le cinéma américain, mais pourvu d’une approche personnelle apportant à l’ensemble de la filmographie sa cohérence (c’est du moins ce que l’on comprend, n’ayant à ce jour vu aucun film de Serge Leroy, mais nous y remédierons). Après les pièces maitresses du début, les choses semblent se gâter, et les défauts et limites des films suivants sont pointés en toute honnêteté. Au final, une vingtaine de pages bien denses sonnant comme une incitation à découvrir cette filmographie que l’on aurait tôt fait d’oublier (ou de ne jamais avoir soupçonné) si des publications comme Vidéotopsie ne s’ingéniaient à les faire sortir de l’ombre.

Nous voilà déjà bien rassasiés. Mais trois dossiers nous attendent encore ! Aurait-on oublié de vous dire que ce numéro affichait 168 pages au compteur ? C’est donc parti pour le dossier Cosmatos ! Thomas Roland revient sur, là encore, l’intégralité de la carrière du réalisateur italo-grec, en chroniquant les films regroupés par grands thèmes. Tiens, quasiment la même période que Serge Leroy : 1971-1997. Où l’on est surpris d’apprendre que George Pan Cosmatos débuta sa carrière avec une adaptation du Thérèse Raquin de Zola (Le Péché, 1971), où l’on regrette que Leviathan (1989) se révèle en effet un peu paresseux, et où l’on se dit qu’il serait grand temps de découvrir D’Origine Inconnue (1983) depuis le temps qu’on en lit du bien… Cosmatos n’est pas que le réalisateur de Rambo II, et ce dossier entend bien redorer quelque peu son blason, ou le faire sortir de l’oubli.

Place enfin à la littérature populaire, avec un premier dossier intitulé « Bébé noir et Brigandine à l’heure du fantastique », par Vincent Roussel. Nous y est soumise l’histoire d’une collection éclair, tout de même pourvue de 124 titres, voulue au départ comme une collection de polars érotiques, et débutée en 1979. Les auteurs sollicités, dont Jean-Pierre Bouyxou, Jacques Boivin ou Raphaël Marongiu prirent cependant de larges libertés avec ces directives pour s’adonner aux genres qu’ils souhaitaient, jusqu’à la science-fiction. Au vu de l’iconographie (des couvertures des romans mêlant nudité et titres à jeux de mots – Frankenstein, de Fille en aiguillesChaud Effroi, L’Odieux tout-puissant, Fêtes de Fins Damnées), on ne savait pas trop  à quoi s’attendre. Il sera finalement plus question de liberté (de ton, de style, de genre) que d’érotisme. La personnalité des auteurs est mise en évidence, et certains titres auront su retenir notre attention, si d’aventure nous les dénichons un jour.

Côté dossiers, le numéro se conclut en beauté, ou en subversion, avec les romans SM de Léon Despair, par Frédérick Durand. Une découverte étonnante, et des synopsis de romans (L’Homme qui hennissait, L’Affaire Ilsa Koch, Née pour souffrir, entre autres) parfois décapants… Les dix ouvrages de l’auteur, publiés pour la plupart aux alentours de 2000, sont abordés (décidément ici une volonté, appréciable, d’exhaustivité), et sont suivis d’une interview très intéressante d’un auteur qui nous réserve sans doute encore des surprises. La curiosité est en tout cas piquée, que l’on pourrait développer, mais nous vous laissons découvrir cela par vous-même, car même si quelques arguments ne font jamais de mal, en substance, voilà un numéro à mettre entre toutes les mains, et il est maintenant temps de conclure cette chronique devenant beaucoup trop longue (allez, in extremis, on appréciera aussi les quelques pages sur le cinéma amateur, les news festivals/livres/rencontres de David Didelot, fusant joyeusement en nous faisant même un petit salut depuis Gérardmer – hé oui, l’on s’y croisa pour assister à sa passionnante conférence sur la collection Gore –, et enfin les reviews d’une dizaine de fanzines sortis ces derniers mois), et n’ayant même pas encore évoqué la maquette noir & blanc, sur papier glacé, très réussie, la variété des illustrations, la qualité des plumes et la grande cohérence de ce numéro vraiment passionnant. Allez, quatrième de couverture, La Noche de la Muerte by Melki, procurez-vous ce numéro ici, et cut !

Audrey Jeamart

Posted by Nola Carveth 2 Comments

2 comments

  • Roggy dit :

    Je suis bien d’accord avec ton retour sur cet excellent numéro de Videotopsie. Que du bonheur ! Entre les dossiers bien fournis et les chroniques de films bis, le lecteur est aux anges. Et je te confirme aussi que « D’origine inconnue » est vraiment à découvrir !

    • Scopophilia Scopophilia dit :

      Vraiment excellent en effet, Roggy ! Des dossiers complets, intéressants, bien écrits, et des rubriques plus courtes tout aussi sympathiques. D’Origine Inconnue doit être dans ma top liste. Je lisais justement il y a quelques jours ta chronique que je croyais avoir lue, mais en fait non, et… bon, je le commande ce week-end.

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