THE REVENGE OF FRANKENSTEIN
THE REVENGE OF FRANKENSTEIN

En soudoyant un gardien infirme, le baron Frankenstein a échappé à la guillotine à laquelle il était promis. Installé en Allemagne sous le nom de Stein, il exerce en tant que médecin auprès des plus pauvres, une couverture, qui lui permet d’obtenir facilement des corps frais pour poursuivre ses expériences…

 

Terence Fisher orchestre cette REVANCHE DE FRANKENSTEIN, toujours basée sur un scénario de Jimmy Sangster, avec ce qui ressemble à un réel plaisir. On retrouve Peter Cushing dans le rôle-titre, la photographie splendide de Jack Asher, les décors de Bernard Robinson… de quoi ravir le public de la Hammer, tout est là, et plus encore !

Opérant sous un pseudonyme, Victor Frankenstein est reconnu par un jeune médecin avide de savoir qui lui propose son assistance contre son silence. Le jeune Hans Kleve (Francis Matthews : DRACULA PRINCE OF DARKNESS, RASPUTIN THE MAD MONK) va donc être impliqué dans les recherches du baron qui a découvert le moyen de transplanter un cerveau humain d’un corps à un autre, une expérience qui servira en même temps au baron à payer sa dette envers le gardien qui l’a aidé à s’échapper. Karl, ledit gardien est en effet handicapé et Frankenstein peut lui offrir un corps en parfait état.

 

Bien plus que l’ambitieux et froid savant fou qu’il était dans THE CURSE OF FRANKENSTEIN, le baron est un être tout à fait paradoxal. On pourra s’étonner de le voir oeuvrer au service des pauvres de Carlsbruck, ou de la  pédagogie et de l’attention dont il fait preuve à l’égard de Kleve qui était au départ son maître chanteur avant de devenir son élève dévoué. Même si l’on apprendra au final que toutes ses actions sont calculées pour servir un plan parfait, il semble que nous soit donnée à voir l’humanité d’un personnage complexe qui en plus d’être un spécialiste de la mécanique humaine est aussi fin psychologue. Il est difficile de détester ce Frankenstein même s’il n’est pas du tout le personnage repentant de Mary Shelley, tant il fait preuve de manières et d’une conversation délicieuse, au ton joliment ironique, même si l’on peut s’interroger sur sa perception de l’humour : Frankenstein/Cushing ne rit pas souvent.

Avec l’aide de Kleve, Frankenstein parvient donc à transplanter le cerveau de Karl dans un nouveau corps, conçu par le baron lui-même, et même si le résultat est des plus encourageants, les conséquences seront, comme il faut s’y attendre, désastreuses. Le pauvre Karl refuse de demeurer un sujet de curiosité et s’enfuit grâce à sa nouvelle enveloppe, mais la transplantation entraîne chez lui des comportements inquiétants et la piste laissée par ses actes criminels ne tarde pas à mener au baron. Karl est une créature elle aussi plus complexe que celle qu’incarnait Christopher Lee. Cette fois doté de parole, le « monstre » à l’aspect en tout point humain est incarné par Michael Gwynn (acteur que l’on reverra dans Les Cicatrices de Dracula), qui est tout à fait extraordinaire dans sa composition pathétique.

 

Lorsque l’on pense à la Hammer, l’idée d’une violence graphique n’est pas celle qui vient à l’esprit en premier, pourtant, THE REVENGE OF FRANKENSTEIN se montre assez généreux sur ce plan, et si le film offre assez peu d’action pour se concentrer sur un aspect plus psychologique, il sait y allier son lot de scènes sanguinolentes très réussies. Impressionnant sur ce plan mais aussi sur celui de la mise en scène, le film est ciselé par un réalisateur touché par la grâce.

Le final, sommet d’ironie, voit le baron Frankenstein devenir le sujet de ses propres expériences : tué par ses patients qui ont découvert son identité, le baron laisse un cerveau en bon état et un corps de son invention destiné à l’accueillir au cas où une telle chose se produirait. C’est Kleve, l’élève qui a reçu l’apprentissage adéquat, qui finit par dépasser le maître en réussissant une opération parfaite et sans conséquences fâcheuses. Les deux hommes fuient pour Londres, où le baron devenu l’une de ses créatures, pourra de nouveau exercer sous le nom de Dr Franck.

 

Esthétiquement magnifiques, les décors du film sont aisément reconnaissables, comme le laboratoire du baron, dont il dit lui-même qu’il s’agissait auparavant d’une cave à vin… à vin rouge semble-t-il puisqu’elle servit de caveau au comte Dracula dans le précédent film de Fisher, LE CAUCHEMAR DE DRACULA. LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN voit le jour au cours d’une période bénie où Fisher enchaîne les tournages pour établir une œuvre imposante et riche. Il est indéniablement l’un des meilleurs chapitres de la Comédie Humaine selon Fisher.

Gabriel Carton

Posted by Pete Pendulum 3 Comments , , , ,

3 comments

  • princecranoir dit :

    Complètement d’accord : libérés de la tutelle du texte de Shelley, la plume de Sangster et la mise en scène de Fisher s’en trouvent plus inspirés encore que dans le premier opus. Le drame ici se joue sous pseudonyme, contexte idéal pour traiter des questions d’apparence. Le mythe de « Frankenstein » est en quelque sorte une affaire d’attraction fatale, problématique que Fisher prolongera de belle manière dans « Frankenstein created woman ».

    • Scopophilia Scopophilia dit :

      Dans Frankenstein Created Woman, mais pas seulement, tous ses films d’inspiration gothique se pencheront sur la question de manière plus ou moins évidente, l’exemple le plus flagrant reste Dracula, car il s’agit finalement du sujet du film, mais tous les autres intégreront cet aspect qui est devenu, en quelque sorte, une signature fisherienne.

  • Pas vu cet énième chapitre mais j’en prends bonne note puisqu’on retrouve Fisher à la réalisation et Sangster derrière le scénario du film. En trois mots : je suis preneur !

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