THE MIRROR : Reflets hantés
THE MIRROR : Reflets hantés

Le miroir nous renvoie l’image de notre propre monde, il est une fenêtre sur un ailleurs qui ressemble en tous points à ici, mais inversé. De cette inversion peut naître une angoisse que le cinéma fantastique se fait un plaisir d’exploiter, parfois très efficacement. D’un monde à l’autre, le cinéma a entrainé ses héros par-delà le portail du miroir, mais il a aussi fantasmé les monstres qui peuvent faire le chemin inverse. Du BOOGEYMAN de Uli Lommel au MIRRORS d’Alexandre Aja, en passant par le septième opus de la saga AMITYVILLE, les occurrences de la surface polie n’ont pas toujours été glorieuses. Une bonne surprise cependant nous arrive d’outre-Atlantique, estampillée Jason Blum, réalisée par Mike Flanagan : OCULUS, bêtement re-titré THE MIRROR pour sa sortie française.

Présenté hors-compétition au dernier Festival International du film Fantastique de Gérardmer, OCULUS faisait un merveilleux film de clôture car dans la forme comme dans le fond, il a tout du divertissement classique haut de gamme, un sommet dans la qualité en dents de scie des productions Blumhouse dans le domaine fantastique. Nous sommes très loin de l’opportunisme d’un énième PARANORMAL ACTIVITY ou de l’insipide OUIJA (aussi présenté à Gérardmer) qui remplira les salles des multiplexes à la fin de ce mois.

En adaptant son propre court-métrage, OCULUS : CHAPTER 3 – THE MAN WITH THE PLAN Flanagan opère un changement non négligeable. Le premier jet voyait le personnage de Tim Russell tenter de prouver que le miroir incriminé était hanté, le second fait de Tim le complice incrédule de sa sœur Kaylie dans l’entreprise. Employée d’une salle des ventes, Kaylie (Karen Gillan) use de sa position pour retrouver le miroir qu’elle estime responsable de la mort de ses parents. La jeune femme a en effet mené des recherches poussées sur l’histoire du miroir et le sort funeste de ses précédents acquéreurs. Il ne fait aucun doute pour elle que ses parents ont été les dernières victimes d’une force maléfique qu’elle est bien décidée à anéantir avant qu’elle ne reprenne sa routine meurtrière. Pendant ce temps, son frère Tim (Brenton Thwaites) est jugé apte à quitter l’hôpital psychiatrique où il avait été interné onze ans plus tôt suite aux évènements tragiques qui l’ont vu user d’une arme à feu pour se protéger de son père. Convaincu qu’il n’y avait rien de surnaturel dans la mort de ses parents, Tim retrouve sa sœur et accepte malgré ses réticences de mener avec elle l’expérience qui démontrera une fois pour toutes le caractère maléfique ou non de l’antiquité.

Dans sa construction, THE MIRROR propose une narration à double temporalité qui nous invite constamment à revoir le passé de Kaylie et Tim en fonction de leur présent et inversement. Ces allers-retours occupent une place majeure dans la compréhension des enjeux du plan échafaudé par Kaylie et imposent à la première moitié du film un rythme lent qui favorise une phase d’exposition très détaillée. Et comme le diable est dans les détails, Flanagan déploie son savoir-faire lorsqu’il s’agit d’insinuer le doute quant aux convictions de ces protagonistes. Entre le besoin constant de rationalisation de Tim et les preuves amassées par Kaylie que tous les possesseurs du miroir ont connu un sort funeste, les trois premiers quarts d’heure nous donnent tout le loisir de nous forger notre propre opinion. Jusqu’à ce que le film ne bascule définitivement dans le fantastique le plus assumé.

C’est très intelligemment que THE MIRROR utilise les codes de l’épouvante old school en jouant surtout sur l’anticipation. Ne sachant jamais ce qui relève de la réalité ou d’une ruse du miroir démoniaque, on développe très vite une tendance qui consiste à imaginer comment chaque scène va finir, comment le réalisateur va s’amuser à détourner la composition d’un plan pour faire naître l’horreur des objets les plus anodins. L’exemple le plus parfait est celui d’une pomme, posée juste à côté d’une ampoule de même dimension. Lorsque Kaylie se saisit de la pomme, sans vraiment regarder, pour la croquer à pleines dents, le doute nous étreint, et l’image qui se dessine dans notre esprit est plus forte que toutes les démonstrations d’horreur que Flanagan aurait pu déployer : le génie de la suggestion a encore de dignes adeptes !

La réussite de THE MIRROR réside essentiellement dans la patience dont fait preuve son réalisateur, là où nombre de productions horrifiques mainstream s’empressent de nous jeter leur maigre jeu au visage histoire de nous réveiller après l’insipide mais réglementaire caractérisation des personnages. Lorsque les deux temporalités du récit se confrontent et finalement se confondent, Flanagan en profite pour brouiller du même coup les repères spatiaux. Il ruine finalement, avec la plus parfaite maîtrise, l’exposition minutieuse qu’il avait mise en place. Impossible pour nous comme pour les personnages de se retrouver dans le labyrinthe d’illusions que le miroir construit et déconstruit à loisir. Les manigances du miroir comme celles du réalisateur visent avant tout à nous distraire, nous faire oublier le dispositif imaginé par Kaylie pour détruire définitivement le miroir… Pour y revenir alors qu’on ne s’y attendait plus.

L’attente que génère le développement à tiroirs du film se révèle payante, et le réalisateur retombe habilement sur ses pattes en achevant son œuvre sur un retournement ironique qui exploite parfaitement les éléments qu’il avait dès le départ mis en avant. Puzzle narratif séduisant, THE MIRROR se fait l’héritier d’une épouvante classique et élégante qu’avaient en leur temps illustré avec panache les FULL CIRCLE (Richard Loncraine) et autre CHANGELING (Peter Medak), et sans aller jusqu’à affirmer qu’il joue dans la même cour, ses ambitions et sa sincérité jouent largement en sa faveur. Au sein d’un cinéma d’horreur qui n’est plus que l’ombre de lui-même, OCULUS se paye le luxe d’être plus que le simple reflet de ses influences.

Gabriel Carton

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