THE GREATEST HAMMER FILMS THAT NEVER WERE
THE GREATEST HAMMER FILMS THAT NEVER WERE

James Carreras l’expliquait très bien, les méthodes de production Hammer étaient quasiment sans risque. Démarchant les financiers en exhibant de magnifiques artworks affublés d’un titre potentiel, il se contentait de leur demander si le film les intéressait ou non, si oui, l’affiche et le titre étaient assez parlants pour qu’il n’ait pas à fournir de script et que les distributeurs ne s’attendent pas à autre chose qu’à un film de la Hammer. Il n’était donc pas nécessaire, ni souhaitable d’accorder du temps à des projets qui n’avaient pas encore été sécurisés par un accord financier. Parce que chez Hammer on n’aime pas le gaspillage et les bonnes idées trouvent toujours leur place, ou presque. Qu’il s’agisse de titres inutilisés, d’affiches promotionnelles refusées, de concepts retravaillés, voire de scenarii complets, perdus dans les limbes de développements labyrinthiques, les tiroirs de la Hammer recèlent quelques trésors qui n’ont jamais laissé de traces sur le grand écran.

En première ligne des avortements cinématographiques, trône le nom imposant de Dracula. La Hammer a pourtant versé sa dose de sang vermeil avec sept films mettant en scène Christopher Lee dans le rôle du comte et non moins de huit autres opus vampiriques attachés ou non à son illustre nom. Reste que sur le papier (sur certains papiers du moins) la saga Dracula aurait pu s’avérer moins répétitive.

Fait surprenant, et preuve de l’efficacité de la méthode Carreras, la quasi-intégralité des idées du studio de la fin des années 50 au milieu des années 60 ont trouvé le chemin des salles obscures et ce n’est qu’à l’orée des années 70 que la route se pave de projets inaboutis. On peut cependant remonter à 1959 pour évoquer THE DISCIPLES OF DRACULA. Ce dernier n’est autre que le « work in progress » de BRIDES OF DRACULA (1960) écrit par Jimmy Sangster, puis réécrit par Peter Bryan qui en retire la résurrection finale de Dracula et réintroduit le personnage de Van Helsing. D’autres éléments de DISCIPLES seront écartés de BRIDES et trouveront parfait écrin avec KISS OF THE VAMPIRE (1964), comme le climax voyant des nuées de chauve-souris s’abattre sur les vampires. Ironiquement, BRIDES OF DRACULA et KISS OF THE VAMPIRE, qui entrèrent en production respectivement sous les titres DRACULA II et DRACULA III, sont le fruit d’une pression imposée par la compagnie Universal avec laquelle la Hammer était sous contrat et qui souhaitait ajouter une suite directe du CAUCHEMAR DE DRACULA à son catalogue mais ce n’est que lorsque le contrat avec Universal a pris fin que l’idée de la résurrection du comte Dracula est venue, en 1965, avec DRACULA PRINCE OF DARKNESS (1966).

DISCIPLES ne nous manque finalement pas (ayant fourni matière à trois films en tout), mais d’autres projets n’auront pas eu la chance de voir leur héritage s’étendre au-delà des couloirs de la production. C’est le cas de DRACULA IN INDIA, sans doute le plus célèbre des « unmade Hammer films », qui erra pendant quatre ans en quête de financement avant d’être mis définitivement au placard. Ce n’est pourtant pas faute d’un scénario complet puisque dès 1970, Anthony Hinds rédige un premier traitement intitulé DRACULA, HIGH PRIEST OF THE VAMPIRES qu’il envisage comme un nouveau départ après un SCARS OF DRACULA qui ne faisait que recycler les bases de ses prédécesseurs. Un accord avec Warner Bros donnait au distributeur un droit de premier refus sur tout projet mettant en scène Dracula, accord que la Hammer avait ignoré en laissant EMI distribuer SCARS, s’aliénant ainsi la collaboration de Warner. C’est pour apaiser les frictions que Hinds propose à Warner de situer l’action du nouveau film au pied de l’Himalaya et ainsi permettre à la firme de dégeler son compte en banque indien.

 

Si Warner a été sensible à l’attention, il n’en demeure pas moins que DRACULA IN INDIA a dû céder sa place à DRACULA A.D. 72, le distributeur ayant eu vent du succès rencontré par AIP avec COUNT YORGA VAMPIRE et préférant jouer la sécurité et commander à la Hammer une variation moderne du mythe. Mais l’histoire ne s’arrête pas là et en 1973, le fiasco de THE SATANIC RITES OF DRACULA encourage Warner à réclamer à nouveau son opus indien à une Hammer qui avait anticipé le coup et avait continué de travailler sur un scénario maintenant intitulé THE UNQUENCHABLE THIRST OF DRACULA puis THE INSATIABLE THIRST OF DRACULA. Épique comme jamais, cet opus dont l’action se situait en 1930 voyait Dracula s’installer dans le palais d’un Maharajah et étendre son empire sur l’Inde dans une tentative de conquérir l’Empire Britannique via ses colonies. Mais encore une fois, Warner se laisse distraire par un effet de mode et oublie l’Inde pour s’intéresser à la vague de films d’arts martiaux, et la Hammer de leur proposer THE LEGEND OF THE 7 GOLDEN VAMPIRES en guise d’aventures orientales de Dracula.

Revu et corrigé par Don Houghton et Chris Wicking, DRACULA IN INDIA refait surface en 1974 sous le titre plus exotique et attrayant de KALI, DEVIL BRIDE OF DRACULA se présentant comme la suite des nouvelles aventures de Dracula en Asie. Une affiche promotionnelle de Tom Chantrell suggère la présence de Peter Cushing, et donc probablement de Van Helsing, dans cette nouvelle mouture que les résultats désastreux de LEGEND OF THE 7 GOLDEN VAMPIRES enterreront définitivement.

 

Mais la volonté de James Carreras, de son fils Michael et d’Anthony Hinds d’apporter du sang neuf à Dracula ne s’arrête pas là. Deux autres projets d’essence historique cette fois devaient à nouveau convoquer la figure du prince de la nuit. Le premier, VICTIM OF HIS IMAGINATION (1972), aurait été une tentative d’approche biographique de Bram Stoker, adoptant la forme d’un film à sketch, format inhabituel pour la Hammer et adaptant les œuvres de l’auteur irlandais (Le Repaire du Ver Blanc, La Squaw, L’Enterrement des Rats, entre autres). Don Houghton, Chris Wicking et Michael Carreras auraient tenté de faire tenir le projet debout sans parvenir à lui donner la cohérence nécessaire. Finalement, seul le fil rouge aurait mis en scène Stoker et ne s’avérait occuper qu’une part mineure du métrage.

 

Le second s’annonce en 1974 comme la plus formidable et historiquement crédible évocation du mythe de Dracula, un tournant inédit et inattendu de la part de la Hammer. Il s’agit d’une adaptation de la pièce radiophonique de la BBC écrite par Brian Hayles, LORD DRACULA. Anthony Nelson Keys en parle à James Carreras qui en parle à son fils Michael qui s’enthousiasme pour ce projet à grande échelle et tente de convaincre Richard Burton puis Richard Harris d’endosser le rôle-titre. En 1979, la concrétisation du projet semblait fort improbable et les pauvres recettes de THE LADY VANISHES encouragèrent la Hammer à se tourner vers la télévision. Cependant, LORD DRACULA, retitré VLAD THE IMPALER au fil des réécritures ne disparut pas de la  circulation et en 1993 était encore évoqué par Roy Skeggs comme possible film inaugural du retour en force de la Hammer

Parallèlement aux projets relatifs à Dracula, la Hammer enrichit son répertoire vampirique en s’inspirant du CARMILLA de Sheridan Le Fanu. Après THE VAMPIRE LOVERS et LUST FOR A VAMPIRE, le troisième scénario de Tudor Gates devait s’intituler VILLAGE OF THE VAMPIRES ou VAMPIRE VIRGINS. L’histoire devait être celle de deux chasseurs de vampires engagés par les habitants d’un village dont les filles et les femmes avaient été enlevées et étaient gardées prisonnières du château Karnstein. Mais le coup de cœur de Carreras pour la pièce de John Peacock, CHILDREN OF THE WOLF, qui met en scène des jumeaux, va s’avérer décisif dans la direction que prendra le projet. Pour Carreras il n’est plus de bon film fantastique sans jumeaux, et Tudor Gates fera de cette idée l’enjeu d’un nouveau scénario qui se tournera sous le titre TWINS OF EVIL. La pièce de Peacock ne sera finalement jamais adaptée, mais certains éléments, les jumeaux notamment, se retrouveront dans DEMONS OF THE MIND. Pour ce qui est des vampires, la Hammer ne considérera jamais l’idée de faire de VAMPIRE VIRGINS le quatrième chapitre de la saga Karnstein et préfèrera se tourner vers des idées plus originales telles VAMPIRE CIRCUS et CAPTAIN KRONOS, VAMPIRE HUNTER dans lesquels on croise encore… des jumeaux.

Toujours en quête de renouveau, Michael Carreras décide de s’adresser directement au public en passant une annonce dans la revue de Forest J. Ackerman, Famous Monsters of Filmland et en demandant aux lecteurs quel film ils aimeraient voir sortir du sac à malice de la Hammer. La réponse majoritaire fut VAMPIRELLA, personnage créé par Ackerman et Frank Frazetta. Pour Carreras, il s’agissait d’un produit facile à vendre aux États-Unis étant donné la notoriété du comic book, et dont la production ne devait pas poser de problème. La suite lui donnera tort, malgré un temps et une énergie considérable dépensés en promotion et un casting presqu’entièrement bouclé avec Barbara Leigh succédant à Caroline Munroe dans le juste-au-corps rouge du rôle-titre, Peter Cushing dans le rôle de Pendragon, Jon Gielgud dans celui du chef de l’organisation de défence et de sécurité des opérations spatiales et Richard Roundtree en descendant de Van Helsing. Aucun arrangement financier satisfaisant n’ayant été trouvé avec American International Pictures, la Hammer se tourne vers les exécutifs de Columbia qui se montrent complètement indifférents. En désespoir de cause Carreras se tourne vers James Warren, patron de Warren Publishing et éditeur de VAMPIRELLA, en lui proposant de co-produire le film. Mais la fantaisie pop ne décollera jamais, histoires de droits et de divergences d’opinion, la Hammer se retire peu à peu d’un projet qui refoule les producteurs à peu près aussi vite qu’il les a attirés.

 

Dans une veine proche du vampirisme que le studio affectionne, le roman I AM LEGEND (1954) de Richard Matheson, sur lequel Anthony Hinds avait pris une option, a fait l’objet d’une adaptation par l’auteur lui-même en 1957. Destiné à être mis en boite par Val Guest qui venait de connaître la consécration avec THE QUATERMASS XPERIMENT, le scénario fut rejeté en bloc par le BBFC (British Board of Film Classification) et l’option fut vendue à Robert Lippert qui produira THE LAST MAN ON EARTH avec Vincent Price sur la base du scénario de Matheson. Ce ne sera cependant pas la seule collaboration de la Hammer avec Richard Matheson qui rédigera le scénario de l’adaptation du roman de Dennis Wheatley, THE DEVIL RIDES OUT (1968). L’indéniable réussite artistique du film mis en scène par Terence Fisher encourage la Hammer à exploiter un peu plus la veine de l’occulte façon Wheatley et deux autres projets annoncés à sa suite THE HAUNTING OF TOBY JUGG et THE SATANIST auraient pu tout aussi bien bénéficier des talents de scénariste de Matheson. Mais le succès public trop timide de DEVIL RIDES OUT freine cette possibilité. Les grands bouleversements que connaît le paysage horrifique au début des années 70 font de TO THE DEVIL A DAUGHTER (1976) le meilleur candidat pour porter haut la bannière Hammer. Logiquement, THE HAUNTING OF TOBY JUGG et THE SATANIST auraient suivi en cas de succès. Mais c’est Wheatley, désapprouvant les libertés prises avec son roman, qui refusa tout net que le studio adapte d’autres de ses livres. La seule autre adaptation d’un roman de Dennis Wheatley par la Hammer reste donc THE LOST CONTINENT (1968), film d’aventure aux accents préhistoriques.

 

L’aventure préhistorique n’est d’ailleurs pas étrangère à la Hammer qui s’est déjà illustrée dans le genre avec plus (ONE MILLION YEARS B.C. et WHEN DINOSAURS RULED THE EARTH) ou moins (PREHISTORIC WOMEN et CREATURES THE WORLD FORGOT) de succès. ZEPPELIN VS PTERODACTYLS (1970) aurait très bien pu supplanter CREATURES THE WORLD FORGOT si le coût de la stop-motion ne s’était pas avéré rédhibitoire. Cette idée sortie de l’atelier de Jim Danforth (responsable des effets spéciaux formidables de WHEN THE DINOSAURS RULED THE EARTH), David Allen et Dennis Muren est donc resté lettre morte.

 

Tout comme WHEN THE EARTH CRACKED OPEN, qui avant même d’être une idée, n’est qu’un titre derrière lequel Jeremy Burham, puis Nadja Regin, puis Don Houghton, puis Anthony Hinds ont tenté de bâtir un script mais aucun ne savait vraiment quelle histoire construire sur la base des différents posters destinés à susciter l’intérêt des financiers. SF alarmiste (le réchauffement climatique rend les astronautes bien peu frileuses) ou aventure préhistorique (la proximité des volcans rend les femmes des cavernes bien peu frileuses), on ne saura jamais.

 

Mais Carreras n’en a pas fini avec les bestioles préhistoriques et le plus gros poisson qu’il veut ferrer s’appelle NESSIE (1976). Mastodonte de 7 millions de dollars (alloués par les américains de Columbia et les japonais de Toho), ce « kaiju eiga » d’ampleur internationale réclamait un scénario solide que Chris Wicking était bien en peine de délivrer. En l’absence d’un script plus convaincant, le succès de NESSIE devrait se reposer sur les effets spéciaux de l’équipe japonaise… Un risque que Columbia n’était pas prête à courir.

 

Avec NESSIE qui passe par-dessus bord, Carreras désespère de monter un projet suffisamment important pour maintenir la Hammer à flot en cette période troublée. Il ramène donc sur le devant de la scène un MISTRESS OF THE SEAS, basé sur le roman de John Carlova et racontant l’histoire de la pirate Anne Bonny, dont il caressait déjà l’idée en 1967. Après tout, les pirates avaient déjà porté chance à la Hammer avec THE PIRATES OF BLOOD RIVER (1962) et THE DEVIL-SHIP PIRATES (1964). En 1973, MGM s’était proposé de le financer à hauteur de 2,5 millions de dollars avant de laisser tomber et en 1979 c’est la Rank qui fit la même proposition après avoir distribué THE LADY VANISHES dont les recettes devaient se montrer encourageantes…

 

PAYMENT IN FEAR, un remake du SALAIRE DE LA PEUR n’a pas eu plus de chance. L’adaptation du roman de Georges Arnaud aurait pu permettre à la Hammer de s’extraire un moment du circuit de l’horreur qui commençait à tourner en rond, mais rien, sinon un autre poster magnifique signé Tom Chantrell n’indique que le projet ait été sérieusement considéré.

 

Il en va de même pour de nombreux projets historiques destinés à redorer la réputation du studio qui aurait gagné en respectabilité.  THE RAPE OF SABENA, d’abord intitulé THE INQUISITOR, fait partie des scenarii de Jimmy Sangster à demeurer dans les tiroirs. Ce n’est pas faute d’avoir construit un décor entier qui fut finalement utilisé dans THE CURSE OF THE WEREWOLF (1961) dont l’action fut transposée en Espagne pour aller avec les décors. CHAKA ZULU : THE BLACK NAPOLEON, dix ans plus tard, devait raconter l’accession au pouvoir de Shaka kaSenzangakhona, l’un des plus influents monarques de la nation Zulu, et donc servir de véhicule au premier héros noir de l’histoire du studio. Au grand dam d’un Christopher Lee désireux d’ajouter à son répertoire un drame historique de cette envergure, CHAKA ZULU ne souleva que peu d’enthousiasme.

 

Tout comme SAVAGE JACKBOOT, une chronique de l’occupation allemande en France dans laquelle Peter Cushing aurait tenu le rôle d’un officier nazi que l’illustration de Tom Chantrell fait passer pour un véritable sadique. Le budget élevé de l’entreprise exigeait un casting de premier choix, et après les refus de Yul Brynner, Jack Palance et beaucoup d’autres, le pari fut considéré comme trop risqué.

 

Ces films qui ne furent jamais, on aime à les rêver aussi passionnants, sinon plus que ceux que l’on a pu voir. Il y a d’ailleurs des films qu’il vaut mieux rêver, et dans ce domaine, la Hammer nous offre encore de quoi occuper nos songes pour de nombreuses nuits.

Gabriel Carton

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