THE EVIL OF FRANKENSTEIN
THE EVIL OF FRANKENSTEIN

De retour en Suisse avec son assistant Hans, le baron Frankenstein espère trouver le calme suffisant pour continuer ses expériences, dans son château laissé à l’abandon…

 

Il y a d’emblée quelque chose d’incroyablement frustrant à voir que ce film de Freddie Francis ne tient pas compte de l’évolution qu’à imprimée Fisher au personnage principal, et qu’il balaye dès l’introduction le chemin parcouru jusqu’à Londres. Francis ne semble pas du tout à l’aise avec les monstres classiques que sont Dracula et Frankenstein, et les scenarii d’Anthony Hinds ne sont pas pour l’aider. Ni EVIL OF FRANKENSTEIN, ni DRACULA HAS RISEN FROM THE GRAVE ne seront à la hauteur d’autres films bien plus intéressants de Francis comme NIGHTMARE, PARANOIAC (avec Oliver Reed) ou THE CREEPING FLESH/LA CHAIR DU DIABLE (réalisé pour la Tigon, avec Cushing et Lee).

 

Nous avions laissé Frankenstein sous l’identité du Dr Franck à Londres, là où Fisher l’avait malicieusement amené, après l’avoir ressuscité, Anthony Hinds/John Elder et Freddie Francis vont le ramener dans ses contrées natales sous le prétexte qu’un prêtre anglais à détruit son laboratoire sur place. À cette occasion nous découvrons un baron complètement désenchanté, qui s’insurge contre les ignorants qui hurlent qu’élargir les connaissances c’est réduire le territoire de Dieu, et soupire « they always destroy everything » ou « why can’t they ever leave me alone », comme s’il était le bouc émissaire de tous les savants fous dont l’œuvre fut détruite tout au long de l’histoire du cinéma. Le Frankenstein de Francis n’est pas l’être contenu et mesuré de Fisher, il s’emporte, comme lorsque dans une auberge il voit sa bague au doigt du bourgmestre et s’apprête à faire scandale, un comportement qui ne correspond pas du tout au personnage. Cushing fait montre dans son jeu de beaucoup plus d’affects, ce qui minimise l’aura de son personnage dont les élans colériques ou compassionnels sont assez inattendus et finalement peu conséquents.

 

Mais la déception ne réside pas seulement dans cette approche du personnage. Un partenariat avec Universal autorise la Hammer à créer un maquillage proche de celui de Jack Pierce pour Boris Karloff dans le film de 1931. Ce que l’on peut dire de la création de Roy Ashton, c’est qu’elle n’est pas des plus réussies, et Kiwi Kingston (qui n’est pas acteur en réalité mais lutteur) a bien du mal à composer avec le visage tartiné de ciment. Elle est bien malheureuse cette volonté de faire ressembler le monstre à celui des films Universal, car elle oblige Hinds à réécrire sa genèse en annulant les évènements de THE CURSE OF FRANKENSTEIN via un simple flashback où Frankenstein raconte à Hans (Francis Matthews laisse sa place à Sandor Eles) le désastre de sa première expérience. Ainsi Frankenstein raconte-t-il que sa créature s’est enfuie et que poursuivie par la police elle est tombée dans un ravin. Ravin au fond duquel il va la retrouver, conservée dans la glace…

 

Un baron ramolli, des bases ignorées, une créature ratée puis congelée… EVIL OF FRANKENSTEIN pourrait-il pousser le vice jusqu’à réanimer la créature pour qu’elle aille faire un petit tour au village ? Oui. Est-ce qu’il fait ça bien ? Non. On peut s’interroger sur la raison qui pousse le baron que l’on sait capable d’une transplantation cérébrale parfaite, à reprendre le brouillon qui lui a valu l’opprobre, si ce n’est peut-être un élan paternaliste ou une étrange nostalgie. Revenue à la vie la créature est inerte, Frankenstein s’en ouvre alors à Zoltan, un célèbre hypnotiseur, pour faire revenir dans les yeux de l’homoncule une étincelle de vie. Mais comme toujours les petites mains ne sont pas dignes de confiance et Zoltan voit en la créature, qui est désormais en son pouvoir, un moyen de se venger des notables qui lui ont causé du tort… Mais inutile de s’attarder sur cette vaudevillesque mascarade. Dans un final explosif, la créature dans une rage éthylique va ravager le château qui s’effondre sur elle et le baron. Le dernier mot revient au sentencieux Hans Kleve : « They beat him after all ».

 

On ne retrouvera rien de ce qui faisait la grandeur des précédents films dans celui-ci, qui malgré tout offre un bon divertissement. L’EMPREINTE DE FRANKENSTEIN (un titre qui évoque peut-être la marque durable qu’à imprimée Karloff à l’imagerie du personnage) est une entrée passablement inutile dans la saga, un hors-série dispensable malgré une interprétation juste de Peter Cushing. Le film de Freddie Francis demeure un beau livre d’images, mis en scène non sans un certain panache, mais plombé par un scénario rocambolesque, un maquillage ridicule et un traitement trop superficiel d’un baron Frankenstein désabusé, qui aurait pu être l’aspect le plus intéressant de ce film qui n’est au final qu’une coquille vide.

Gabriel Carton

Posted by Pete Pendulum 1 Comments , ,

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