THE CURSE OF FRANKENSTEIN
THE CURSE OF FRANKENSTEIN

Dans une cellule de prison, le baron Frankenstein attend son exécution, pour quel crime ? Avoir poursuivi un rêve insensé qui l’a conduit à devenir un meurtrier froid et calculateur : créer un être parfait et lui insuffler la vie.

 

1957 fut un grand cru pour le cinéma fantastique car avec THE CURSE OF FRANKENSTEIN, la Hammer entamait un cycle gothique qui se poursuivrait jusqu’en 1974, lançant une série d’adaptations des classiques de la littérature fantastique. Produit par Anthony Hinds et Michael Carreras, le film pose les bases de ce que sera désormais le style de la Hammer. Ce style est principalement celui de Terence Fisher, réalisateur phare de la firme, qui met en scène les scenarii de Jimmy Sangster (LE CAUCHEMAR DE DRACULA, LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN, LA MALÉDICTION DES PHARAONS, LES MAÎTRESSES DE DRACULA…). Cette adaptation de Frankenstein est aussi le théâtre de la formation d’un duo qui restera emblématique : Peter Cushing (le baron) et Christopher Lee (la créature). Mal reçu par la critique de l’époque (« Depressing and degrading for anyone who loves the cinema » pouvait-on lire dans les colonnes du journal britannique Tribune), FRANKENSTEIN S’EST ÉCHAPPÉ fut un énorme succès public qui encouragea la Hammer et Fisher à poursuivre leur œuvre. Il est unanimement reconnu aujourd’hui comme un chef-d’œuvre.

 

Pour cause, malgré d’énormes libertés prises par Jimmy Sangster vis-à-vis du roman de Mary Shelley, il s’agit bien là de l’une des transpositions les plus saisissantes du récit au cinéma. Au-delà des nombreuses qualités propres aux films gothiques de la Hammer qui font pour la première fois leurs preuves à l’écran (les splendides décors du studio de Bray aménagés par Bernard Robinson, entre autres), le film bénéficie du talent visionnaire d’un réalisateur qui ne veut pas se borner à raconter un simple conte d’horreur. Comme toujours chez Fisher, la construction des personnages nécessite une mise en train qui, si elle est un peu longue, demeure passionnante. Ainsi l’introduction durant laquelle nous est présenté le jeune baron Frankenstein (Melvyn Hayes) permet au spectateur de voir et de comprendre l’évolution du personnage, de ce jeune homme radieux laissé orphelin à la tête d’une fortune jusqu’à l’homme hagard que l’on découvre en prison.

 

Conscients que le personnage du baron recèle un potentiel inexploité jusque-là, Fisher et Sangster vont le mettre en avant bien plus que la créature (dans la série de films produite par Universal, c’était la créature qui devenait le personnage central, alors que la Hammer va centrer la saga sur le baron, qui poursuit encore et toujours ses expériences). Peter Cushing, futur Van Helsing et Sherlock Holmes, est l’incarnation parfaite du scientifique obnubilé par ses recherches, l’acteur offre une performance extraordinaire dans cette composition qu’il reprendra cinq fois. Difficile d’imaginer Christopher Lee sous l’impressionnant maquillage de Phil Leakey et Roy Ashton (qui n’est ici qu’assistant, mais qui recouvrira Lee de bandelettes pour LA MALÉDICTION DES PHARAONS) ! La créature incarnée par Lee est très éloignée de celle qu’interprétait Boris Karloff, il est en effet presque impossible de ressentir de la sympathie pour cette être défiguré et aussi incapable de faire montre d’émotions que son créateur.

 

Le casting féminin est assuré par deux Hammer girls : Hazel Court (que l’on retrouvera aux côtés de Lee et Anton Diffring dans THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH de Fisher en 1960 et dans LE MASQUE DE LA MORT ROUGE de Roger Corman avec Vincent Price en 1965) est une bien malheureuse Elizabeth qui épouse son cousin sans savoir qu’il lui préfère une domestique, et Valérie Gaunt, ladite domestique qui connaîtra un destin funeste. Robert Urquhart complète cette excellente distribution dans le rôle de Paul Krempe, une sorte d’Henry Clerval qui est ici le mentor de Victor, mais qui ne pourra cautionner les activités de son ancien élève.

 

De magnifiques décors, une distribution extraordinaire, une variation dramatique à l’extrême sur le roman de Mary Shelley, THE CURSE OF FRANKENSTEIN est tout cela à la fois, mais il est surtout le point de départ d’une extraordinaire aventure cinématographique pour la Hammer, une exploration des rivages gothiques conduite par l’aventurier Terence Fisher et ses acolytes Peter Cushing et Christopher Lee.

Gabriel Carton

Posted by Pete Pendulum 4 Comments , , , , ,

4 comments

  • princecranoir dit :

    Belle idée que de retracer l’épopée Frankenstein repeinte par la gothique Hammer. Pour cette résurrection luxueuse, la firme s’est doté d’un réalisateur de grande classe et d’interprètes entrés dans la légende, jusqu’à se confondre avec les monstres qu’ils ont eu à incarner à l’écran.

    • Scopophilia Scopophilia dit :

      Merci pour ce commentaire Princécranoir ! Fisher était c’est vrai à l’époque un artisan de confiance, mais pas encore l’homme que l’on peut aujourd’hui qualifier d’auteur. Cushing était déjà une grande star en Angleterre alors que Lee avait du mal à percer, mais c’est définitivement la réunion des trois qui les a fait accéder au statut dont ils jouissent aujourd’hui. Ce premier film gothique de la Hammer est un événement charnière à bien des égards.

  • Ah faudrait vraiment que je me revoie le cycle Frankenstein de la Hammer Si mes souvenirs sont bons, ce Frankenstein s’est échappé reste l’un des meilleurs épisodes de la franchise.

    • Scopophilia Scopophilia dit :

      Revoir les Frankenstein de la Hammer est toujours une excellente initiative ! A ce premier opus, pourtant magistral, on préférera (en ces pages tout au moins), le second et surtout le dernier. Tous les opus de Fisher sont excellents cependant, seul celui de Freddie Francis est dispensable.

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