Dolls : Stuart Gordon joue à la poupée
Dolls : Stuart Gordon joue à la poupée

 

C’est en 1985 que Stuart Gordon, encore auréolé du succès de Re-Animator, entame le tournage de Dolls, conte immoral écrit par le scénariste Ed Naha à partir d’un unique visuel : celui de la future affiche. Le projet est au départ intitulé « The Doll » et on devine l’idée du jouet tueur à la Chucky, mais il n’est aucunement question pour Charles Band et Brian Yuzna, les producteurs, de profiter du succès du Child’s Play de Tom Holland, puisque ce dernier ne sortira que quelques années plus tard, en 1988. Partant d’une base des plus maigres, Ed Naha rend une copie surprenante, car ce n’est plus une mais des dizaines, des centaines de poupées que contient le récit, qui emprunte aux frères Grimm une noirceur inattendue même dans un film d’horreur. Séduit, Gordon développe ce dernier aspect qui lui est cher et s’attaque à la réalisation, espérant terminer le film avant de revenir à ses premières amours lovecraftiennes. Mais le procédé d’animation utilisé est long, et le temps que le spécialiste des trucages Dave Allen apporte aux séquences les plus fortes le soin qu’elles méritent, Gordon a le temps de mettre en boite l’intégralité des scènes de From Beyond. Dolls sort finalement en mars 1987 aux Etats-Unis puis en avril de la même année en France.

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D’emblée l’aspect conte développé par Naha et Gordon est prégnant : en plein orage, un couple et leur petite fille tombent en panne de voiture au milieu de nulle part. L’introduction des trois personnage est rapide et claire, le père est un crétin, la marâtre, une charogne (mais riche), la petite fille, Judy, est une rêveuse, douce et curieuse… qui imagine une mort des plus graphiques pour ce père et surtout cette belle-mère qui vient de jeter son ours en peluche dans les buissons. La première scène d’horreur du film, et non des moindres (la revanche de Teddy), est issue de l’esprit d’une fillette qui n’a pas 10 ans. On jubile en premier lieu, puis on salue l’acuité psychologique de Gordon qui, mieux que jamais, articule les liens qu’entretient l’enfance vis-à-vis de l’horreur.

Les parents indignes et la petite Judy trouvent refuge dans un immense manoir où ils font la connaissance des propriétaires, Gabriel et Hilary Hartwicke, vieux couple aussi poussiéreux que leurs meubles et dont la bienveillance exagérée entretient un certain malaise. Gabriel gagne aussitôt le cœur de Judy en lui offrant comme nouveau compagnon une poupée de sa confection. Ils sont rejoints plus tard par Ralph, un grand dadet qui garde une âme d’enfant, accompagné de deux auto-stoppeuses délurées. Une fois tout ce petit monde réparti dans les chambres, les réjouissances peuvent commencer. Car la nuit, les jouets prennent vie, et les poupées confectionnées par Gabriel Hartwicke s’animent et éliminent implacablement les occupants indésirables, soit ceux que l’enfance a désertés pour de bon. Au milieu du massacre, Judy et Ralph forment un couple inattendu et attachant, que Gabriel et Hilary prennent en affection, et on se prend nous-mêmes à aimer les deux vieux cinglés.

Malgré, ou peut-être finalement à cause de cette étroite proximité avec le thème de l’enfance, la violence du film relève du grand-guignol et ce n’est pas un hasard si le nouveau compagnon de jeu de Judy n’est autre qu’une effigie de Guignol. Les poupées mordent, poignardent, scient des membres dans une frénésie qui respire autant l’humour que la peur illogique que ces jouets d’un autre âge peuvent nous inspirer. À l’inverse, les soldats de plomb tirent, imperturbables, leurs salves de balles, dans une séquence d’exécution glaçante dont le ton tranche avec l’aspect paradoxalement bon enfant de l’ensemble.

On ne verra pas ici les habituels Jeffrey Combs et Barbara Crampton, mais Carolyn Purdy-Gordon fait une méchante belle-mère dans la grande tradition tandis que Guy Rolfe et Hilary Mason assurent leurs rôles d’amoureux des jouets avec une délicieuse ambiguïté. Quant à la toute jeune Carrie Lorraine, elle devrait rester dans l’histoire comme l’enfant le moins agaçant du cinéma d’épouvante, un tour de force ! Fort de trucages ingénieux et de sa courte durée (1h17), Dolls déroule le fil de son histoire à un rythme effréné qui ne laisse jamais l’ennui s’installer et qui en fait le parfait exemple du conte de terreur à voir avant d’aller dormir !

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Pour rendre justice à cette petite perle, l’éditeur Sidonis propose une restauration admirable malgré quelques taches blanches éparses durant le générique d’ouverture. Le format 1:85 est respecté, les couleurs sont soutenues, les noirs sont profonds et la définition plus que correcte. Le disque propose 2 pistes son mono, V.O. et V.F ainsi que des sous-titres français. La V.O est à privilégier, sa qualité étant nettement supérieure au doublage français d’époque, et la présence de sous-titres de bon aloi permet aux non-anglophones de l’apprécier pleinement. En plus de ce travail de restauration louable, nous retrouvons un contenu additionnel semblable à celui du disque de From Beyond, soit une présentation détaillée du film et un bande annonce originale durant laquelle on s’amusera à reconnaître de thème de Pulsions de Brian de Palma. Bref, l’édition est soignée et surtout, Dolls est un apport de choix à leur catalogue déjà riche et un indispensable pour toute vidéothèque qui se respecte !

Gabriel Carton

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