SCARY STORIES : EN LETTRES DE SANG
SCARY STORIES : EN LETTRES DE SANG

Si le titre du film ainsi que son affiche manquent cruellement de personnalité, il ne faut pourtant pas hésiter à franchir les portes de ce manoir, au-delà desquelles se cache un beau film d’épouvante à l’ancienne. Portant la patte de Guillermo del Toro, qui initia le projet, participa au scénario et à la production, Scary Stories n’est pas un énième produit nostalgique procurant des frissons bon marché, mais bien une petite bobine horrifique efficace et attachante.

 

Nous sommes en 1969 et le contexte de la guerre du Vietnam et du départ des jeunes gens pour combattre l’ennemi est prégnant dans cette petite ville des Etats-Unis où Stella et ses amis s’apprêtent à fêter Halloween. Si le contexte social et politique du film ne sera que peu dessiné ou déterminant, il est intéressant de voir l’action se dérouler à une autre époque que les rebattues années 80.  Les événements de la soirée mènent les adolescents jusqu’à un manoir abandonné, qui fut le théâtre de nombreux faits étranges. Tout en racontant à Ramon, un jeune mexicain qu’ils viennent de rencontrer, l’histoire tragique de Sarah Bellows, disparue près d’un siècle plus tôt, Stella et ses amis s’emparent du livre d’histoires de la jeune fille. Un livre qui une fois réouvert ne se laissera pas refermer aussi facilement…

 

Si le début du film traîne un peu en longueur, sur fond de représailles lycéennes un peu convenues, la suite s’avère bien plus rythmée, à partir du moment où s’enclenche le principal procédé narratif  du film : les nouvelles histoires qui apparaissent dans le livre à mesure que les faits qu’elles racontent se déroulent réellement. Cela donne lieu à un suspense imparable : nos jeunes héros parviendront-ils à changer le cours de l’histoire ou sont-ils condamnés à lire avec un peu d’avance le funeste destin qui attend l’un des leurs ? Visés un à un, ils devront trouver le moyen de remonter jusqu’au cœur de ce livre dont les pages se recouvrent inexorablement de lettres de sang : son auteur, Sarah, réveillée d’outre tombe pour ajouter de nouveaux récits horrifiques à ce volume maudit.

 

Sans être un film à sketchs, puisque le récit prépondérant est l’enquête de Stella, qui est d’ailleurs le seul personnage consistant du film, sans que cela ne constitue toutefois un réel défaut, Scary Stories peut se voir comme une succession de petits chapitres distincts, chacun mettant en scène une légende, une comptine, une peur personnelle ou un souvenir d’enfance du personnage concerné par l’histoire, qui verra ces fables que l’on se raconte lors de veillées auprès du feu littéralement prendre vie, le menacer, le traquer, et l’anéantir. Dans cette porosité entre le monde réel et l’imaginaire cauchemardesque, Scary Stories convoque, de manière moins sombre, l’héritage des Griffes de la nuit de Wes Craven, autre histoire de cauchemars adolescents contaminant le quotidien. Dénuée de jump scare, la mise en scène d’André Øvredal privilégie la fluidité pour effacer les frontières entre le monde rationnel et la matérialisation fantasmagorique des peurs, des créatures et des dangers, les éléments fantastiques faisant irruption dans le récit de manière très naturelle, jusqu’à brouiller les repères entre raison et hallucination, entre tangible et purement rêvé, pour créer cette brèche où l’imagination peut tuer.

 

Dans la redoutable galerie ici réunie – un épouvantail, un cadavre cherchant son orteil, une horde d’insectes, un être désarticulé – on retrouve le goût, si ce n’est l’amour de Guillermo del Toro pour les créatures en tous genres, déclinaisons ou variations du bestiaire horrifique et de l’imagerie fantastique, dont il convient de souligner, malgré la relative brièveté de leur présence, le caractère réussi et marquant, loin du tout-venant anonyme et sans vie que la révolution numérique a fait pulluler sur nos écrans. Le fil rouge qu’est le tragique destin de Sarah Bellows, dont Stella met peu à peu au jour les sentiments, la douleur, la colère, inscrit quant à lui le film dans la plus pure tradition des contes fantastiques. Fantomatique, cruelle, instigatrice de ce déchainement de créatures vindicatives, Sarah n’est autre qu’une âme en peine ayant soif de justice et d’apaisement. Une figure classique, certes, ici accompagnée des archétypes que sont le manoir, les livres poussiéreux et autres secrets de famille, mais suffisamment bien mise en images et en mots pour emporter l’adhésion des amoureux des belles histoires d’épouvante et des ambiances gothiques. Le titre original du film, Scary stories to tell in the dark, laissait présager, et cela se vérifie, d’agréables frissons plutôt qu’une peur bleue, et c’est tant mieux. Le livre se referme sur la bienfaisante sensation d’une tradition perpétuée, de pouvoir encore se faire raconter des histoires comme on fait un tour de train fantôme, avec son décorum et ses ficelles, mais aussi sa sincérité et ses petites frayeurs, traversées bien protégés.

 

Audrey Jeamart

 

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