MYSTERY & IMAGINATION : THE FALL OF THE HOUSE OF USHER
MYSTERY & IMAGINATION : THE FALL OF THE HOUSE OF USHER

Lorsque Madeleine Usher se rend auprès de son ami Richard Beckett pour l’entretenir d’une angoisse qu’elle ne peut expliquer, ce dernier la prend très au sérieux. Il se rend plus tard au manoir Usher et demeure incrédule face à Roderick, qu’il trouve vieilli prématurément. Devant ce personnage froid et cruel qui ne ressemble en rien à l’ami qu’il a connu, Richard se met en devoir d’enlever Madeline pour la protéger de la folie de son frère. Hélas, le mal qui grandit en Madeleine n’est pas moindre : comme son frère elle est atteinte du mal inhérent aux Usher.

Il s’agit du troisième épisode de la série britannique MYSTERY & IMAGINATION, diffusée à la télévision de 1966 à 1970. Devenue une sorte de petit monument du genre, elle a vu la plus grosse partie de ses épisodes disparaître, sans doute effacés des bandes en raison d’une capacité de stockage limitée, une pratique commune à la fin des années 60. Seuls huit épisodes ont été conservés intacts et ont fait l’objet d’une édition DVD plus que nécessaire, qui permet, grâce à un coffret de 4 disques, de découvrir cette merveille du petit écran.

Edgar Poe pourrait aujourd’hui s’enorgueillir d’avoir délivré une histoire qui a tant inspiré le cinéma. Si l’on compte de nombreuses adaptations pour le grand écran, il ne faudrait pas oublier les adaptations télévisuelles qui ont fleuri au sein des anthologies (on pourra citer celle d’Alexandre Astruc, avec Pierre Clémenti, Fanny Ardant et Mathieu Carrière, pour la série française « Histoires extraordinaires », ou celle de James L. Conway avec Marton Landau et Charlene Tilton pour les « Classics Illustrated »).

L’entrée en matière est longue pour cette énième adaptation du classique de Poe, et quelques détours viendront chatouiller le puriste. Comme dans nombre de versions, le trio instauré dans la nouvelle (narrateur-Roderick-Madeleine) est ici trahi par la présence d’un homme à tout faire (comme dans la version de Corman) et de Lucy, la fiancée de Richard. Le scénariste David Campton a su pourtant conserver l’esprit de Poe tout en extrapolant le passif des personnages. Ici c’est Madeline qui vient chercher Beckett, alors que chez Poe il vient à la demande de Roderick. Un point intéressant veut aussi que Beckett soit fiancé à Lucy, mais que la fragilité apparente de Madeline l’ait séduit. Lucy (personnage totalement absent chez Poe) passe elle-même quelque temps au manoir Usher, avant de fuir, victime de la folie perverse et infantilisante de Madeline.

 

Etant donné le format (50 minutes) et le budget, on ne pourra que s’étonner du caractère ambitieux de ce téléfilm. Si les potentialités du noir et blanc ne sont guère utilisées (il s’agit là d’une contingence matérielle inhérente à la production télévisuelle, et non d’un choix artistique), la photographie sert à merveille des décors impressionnants et la fascination architecturale que met en avant le gothique opère totalement ici malgré un champ visuel et des mouvements de caméra restreints.

Le casting est une excellente surprise. Si David Buck incarne un Richard Beckett rationnel et auquel il est facile de s’identifier alors que l’on découvre comme lui la façon dont vivent les Usher, Denholm Elliott (Roderick) et Susannah York (Madeleine) sont magistraux ! Elliott est un habitué de ces anthologies et le portrait qu’il rend de Roderick Usher est éloigné et pourtant comparable à l’interprétation de Vincent Price pour le film de Roger Corman. Physiquement Elliott n’entretient aucune ressemblance avec Price, mais son Usher a tout de la même grandiloquence baroque. Quant à Susannah York, l’héroïne du téléfilm JANE EYRE  avec George. C. Scott, elle incarne une Madeline tout à fait inédite. Alors que l’on connait déjà son frère, froid et agaçant, souffreteux et misanthrope, on serait enclin à plaindre la jeune femme. Pourtant Madeline se révèle aussi perturbée que son frère, ce que nous apprenons alors qu’elle agresse la pauvre Lucy en hurlant qu’elle épousera Richard. Si la maladie de Roderick pourrait passer pour un genre qu’il se donne, celle de Madeline est indéniable.

Roderick et Madeline sont un fardeau l’un pour l’autre, et ce à cause de l’héritage d’une lignée dont le mal nous reste inconnu. Et cette adaptation a très bien su dégager un aspect novateur, tout en restant fidèle au modèle. À l’aspect quelque peu austère et théâtral de la production s’oppose un travail d’écriture remarquable qui rend cette version, comme chaque épisode de la série « Mystery & Imagination », délectable pour l’amoureux des classiques de la littérature fantastique.

Gabriel Carton

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