L’ÉTRANGE FESTIVAL : PART I
L’ÉTRANGE FESTIVAL : PART I

The Bodyguard

Yue SONG – Chine

L’avantage de commencer un festival par The Bodyguard, du chinois Yue Song, c’est que cela ne peut aller qu’en s’améliorant. Car à moins de tomber par mégarde sur un autre film cumulant scénario bateau (un jeune garde du corps, expert en arts martiaux, doit protéger la fille d’un riche homme d’affaires), tics de mise en scène horripilants (ralentis, angles artificiels), romance d’une mièvrerie confondante (la scène sur la plage peut se targuer de contenir un grand mystère : peut-on la prendre au second degré ? Le doute est permis, et c’est absolument terrifiant), scènes de combat quasiment illisibles, et interprètes vraiment moyens, nous tenons là le lauréat de la pénibilité cinéphile. On ne doute pas de l’investissement fourni par Yue Song, qui signe le scénario, les chorégraphies, la réalisation, et interprète le garde du corps en question, mais à l’instar des chaussures de 25 kilos chacune que porte le héros, le film se révèle pachydermique dans sa mise en œuvre, et sans aucun intérêt, l’intrigue tournant court, peu aidée par un contexte de secrets familiaux sans doute destinés à nous tenir en haleine, mais dont la révélation s’avérera plus risible qu’autre chose. Non, vraiment, on se passera de la protection rapprochée de ce bodyguard-là.

 

 

Un Rêve Solaire

Patrick Bokanowski – France

La programmation de L’Étrange Festival étant très éclectique, c’est devant un film expérimental que nous nous sommes ensuite retrouvés (de notre plein gré). Le festival, très heureux d’accueillir à nouveau le réalisateur (L’Ange fut l’un des premiers films programmés par le festival lors de sa création, et fut d’ailleurs projeté quelques heures avant Un Rêve Solaire, dans le cadre de la carte blanche à Stéphane Blanquet), se réjouissait de présenter enfin son deuxième long métrage, après une longue série de courts métrages. La question de la cohérence sur la durée d’un long métrage s’est d’ailleurs posée pendant la projection. En l’absence de repères narratifs identifiables, et même si certains motifs reviennent à intervalles réguliers, il est parfois difficile de déterminer ce qui fait d’un tel film un tout. Le générique de fin indiquant des segments distincts portant chacun un titre nous conforte un peu dans cette impression de courts métrages accolés les uns aux autres, mais l’on peut aussi (et une meilleure connaissance de l’œuvre du réalisateur ou du cinéma expérimental aiderait sans doute), et c’est sans doute l’une des plus belles libertés offertes par ce cinéma rétif aux conventions narratives et visuelles usuelles, s’approprier ce matériau, se laisser imprégner par sa nature très particulière (on songe à la matière visuelle en fusion de La Chambre Interdite de Guy Maddin) pour tisser nous-mêmes les fils que nous souhaitons.

 

Surimpressions, dessin sur pellicule, pâte à modeler et dessin animé se mêlent dans un flot et un flux constant d’images en mouvement, à la fois familières et inaccessibles, brutes et retravaillées. Le motif des vagues brillantes et ondulantes revient sans cesse, traversé par un cheval au galop ou un groupe d’enfants, et c’est là l’un des points les plus intrigants du film : à quelques exceptions près, la figure humaine est, non pas absente, mais totalement déformée, hachée, transformée par une image se refusant à être ordinaire et aux contours délimités. C’est particulièrement flagrant dans le segment voyant un homme réciter une fable, les personnages composant la scène étant figurés par des taches colorées dessinant vaguement des silhouettes et produisant un curieux effet. L’ensemble baigne en tout cas dans un onirisme mystérieux, et parfois inquiétant, au gré de la partition de musique électronique composée par Michèle Bokanowski, l’épouse du réalisateur. On ne sait trop si le rêve est solaire, mais il est dans tous les cas éveillé, et cette projection eut le mérite d’attirer notre attention sur le cinéma expérimental. On peut rester à quai, mais on peut aussi tenter le voyage, et pourquoi pas rêver à des évasions plus lointaines encore.

 

Audrey Jeamart

 

 

 

 

Posted by Nola Carveth 2 Comments

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