LE PIONNIER DE L’ESPACE
LE PIONNIER DE L’ESPACE

Le lieutenant Dan Prescott est sélectionné pour participer au programme Y13 et devenir ainsi le premier homme dans l’espace, le rêve de sa vie. Mais Dan a bien du mal à suivre les ordres de son supérieur hiérarchique, son frère Chuck, et se laisse trop souvent emporter par son ambition. À l’issue d’un premier vol qui se solde par un atterrissage brutal, Dan ne trouve rien de mieux à faire que d’abandonner sa navette au milieu de nulle part, sans prévenir personne pour aller retrouver sa copine Tia. Devant le comportement irresponsable de son frère, Chuck émet de sérieux doutes quant à sa capacité à mener à bien une mission aussi importante, tandis que Tia préférerait voir son amant abandonner ses rêves dangereux et se poser définitivement avec elle. Mais Dan n’a déjà plus les pieds sur terre, personne n’est apte à le remplacer et seule la perspective de s’élever dans l’espace le rend heureux. L’issue de son second voyage n’aura rien de triomphal…

 

Réalisé en 1959 par Robert Day, LE PIONNIER DE L’ESPACE n’a rien d’un pionnier du genre qu’il représente. Dans le seul paysage de la science-fiction britannique des années 50, il fait même figure de retardataire. Sur le thème de la conquête spatiale, qui occupe les deux premiers tiers du métrage, la Hammer l’a devancé de 6 ans avec SPACEWAYS, réalisé par Terence Fisher, et pour ce qui est du dernier acte, impossible de ne pas songer au MONSTRE de Val Guest, produit par cette même Hammer. En effet, le sort du pauvre Dan Prescott est très similaire à celui de Victor Carroon, tous deux reviennent changés de leur voyage spatial. Là où le changement était progressif chez Carroon, il est immédiat chez Prescott et c’est principalement ce qui détermine les différences de construction et de rythme entre les deux films.

 

Alors que THE QUATERMASS XPRERIMENT se concentrait sur la mutation que traversait son spationaute, révélant une détresse accentuée par un mutisme total qui faisait de Richard Wordsworth un fils spirituel du Boris Karloff de FRANKENSTEIN, FIRST MAN INTO SPACE alloue à sa figure centrale un temps d’apparition très réduit.  Suite au crash de sa navette spatiale, Dan est porté disparu et seuls les cadavres, de bétail d’abord, puis d’êtres humains, indiquent une présence meurtrière. L’absence du mutant Prescott à l’écran laisse un vide dans le dernier tiers du film qui nécessite un remplissage dialogué qui ne suscite qu’un relatif intérêt. Relevant des traces similaires sur les différents cadavres, les scientifiques du projet Y13 tentent de déterminer la cause de ces ravages et les possibles changements qu’a subis Dan. Il en résulte d’interminables approximations qui bafouent les lois élémentaires de la biologie, jetant çà et là des morceaux de vocabulaire vaguement appropriés au sujet. Il ne suffit pas de bourrer ses répliques de conjonctions de coordination pour faire passer ses conclusions pour logiques et il s’avère que ces phases d’explications décrédibilisent très vite le postulat de FIRST MAN INTO SPACE.

 

On ne sera pas plus convaincu par la relation qui se noue entre Tia et Chuck à l’aune de l’horreur qui touche Dan. Le rapprochement est artificiel et dépassionné, malgré une interprétation convaincue de Marla Landi (la fille Stapleton dans le magnifique HOUND OF THE BASKERVILLES de Terence Fisher). L’actrice ne peut visiblement pas faire grand-chose du personnage qu’on lui a écrit, élément féminin (c’est ainsi que la définit Alain Petit dans les suppléments du DVD Artus, à juste titre d’ailleurs, elle n’est jamais un personnage à part entière, mais bien un élément que son genre définit plus que son caractère ou ses actes) transparent, qui se laisse dire par son compagnon « d’arrêter de parler macaroni » tout en gardant le sourire, une brave fille quoi. On aura le plaisir de voir apparaître en guest star l’immense Roger Delgado en consul mexicain (ou est-ce le Master déguisé en consul, qui sait ?), plaisir de courte durée, le ridicule de son intervention ne donne pas envie de rire, caricature de « r » roulés et de « s » sifflés…

 

Dans ses dix dernières minutes, le film se rattrape, accordant enfin à son pionnier déchu l’attention qu’il mérite. L’abomination qu’est devenu Dan Prescott est une réussite dans ses modestes ambitions, fusion d’un homme et de sa combinaison spatiale incrustée de poussière de météorites, un visage aux allures de moisissure sur le côté duquel ne subsiste qu’un unique œil humain, la créature est aussi répugnante que pathétique. On a tout de même du mal à croire à la menace qu’elle représente, lente et plus mourante qu’autre chose; on espère seulement que le pauvre Dan sera délivré de sa misérable condition.

 

LE PIONNIER DE L’ESPACE peine énormément à délivrer la marchandise, en dehors de sa première partie qui exhibe de jolies miniatures de navettes spatiales sur toiles de fond étoilées, et sa dernière partie qui parvient à nous toucher, le reste n’inspire qu’un sentiment tiède de déjà vu et d’ambitions manquées. Des deux grandes thématiques qui constituent les piliers du scénario, chacune a déjà trouvé meilleure illustration ailleurs, chez la Hammer notamment. Ainsi SPACEWAYS, très mal reçu à l’époque et souvent considéré comme mineur dans la filmographie de Terence Fisher propose une vision beaucoup plus optimiste et moins moralisatrice de la conquête spatiale que la sentencieuse conclusion du PIONNIER et mérite d’être redécouvert à la lumière d’attentes différentes, et surtout LE MONSTRE explore de manière beaucoup plus convaincante la chute de son Icare.

 

Quoique l’on pense du film, on saluera la richesse éditoriale d’Artus Films qui en plus de proposer le PIONNIER DE L’ESPACE dans une copie correcte (les quelques scories confèrent un charme certain à la bobine) en V.O. comme en V.F. (abominable), y ajoutent la désormais inévitable et toujours sympathique intervention d’Alain Petit qui revient d’abord sur l’histoire de la science-fiction en Grande Bretagne, décrivant précisément le contexte avant de se pencher sur le cas du film de Robert Day. On apprendra notamment que ce sont pour des raisons financières que le film se fait passer pour une production américaine, multipliant ainsi ses chances d’être distribué à l’étranger sous la bannière MGM. Difficile d’être dupe cependant, même si quelques scènes ont été tournées aux abords d’une base aérienne new-yorkaise et au Nouveau Mexique, il est évident que tous les intérieurs (soit 80% des scènes) ont été filmés à Hampstead Heath, qu’on aurait bien du mal à confondre avec un centre d’expérimentations spatiales.

 

La pièce de résistance des suppléments réside dans un livret de 60 pages dans lequel Alain Petit retrace l’histoire de la S-F anglaise. Passionnant et richement illustré, dans la droite lignée de ceux proposés avec LES AMANTS D’OUTRE-TOMBE (20 ans de Cinéma Gothique Italien) ou LE BOSSU DE LA MORGUE (Le Cinéma de Terreur Espagnol), il s’agit là du meilleur argument pour acquérir cette édition d’un film qui n’en méritait pas tant, mais qui, dans son fourreau aux couleurs chatoyantes, pourra occuper une place de choix dans les vidéothèques.

Gabriel Carton

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