LE MANOIR DE LA TERREUR
LE MANOIR DE LA TERREUR

Réalisé par Alberto De Martino en 1962, LE MANOIR DE LA TERREUR (aka HORROR aka THE BLANCHEVILLE MONSTER), bien qu’il ait été produit avec des capitaux espagnols et majoritairement tourné en Espagne, fait partie de la vague du gothique italien au même titre que DANSE MACABRE d’Antonio Margheriti, ou LE MASQUE DU DEMON de Mario Bava. Le film d’Alberto De Martino ne jouit pourtant pas de la renommée de ses contemporains en France. Sorti sur le territoire français en 1965 alors que les  œuvres les plus importantes du gothique italien y ont déjà connu la consécration, LE MANOIR DE LA TERREUR passe relativement inaperçu, peu aidé par l’évocation du nom d’Edgar Poe. En effet, à l’époque, le cycle Poe de Corman n’a pas encore traversé l’Atlantique et la Poe-mania n’a pas cours en France.

Dans le contexte de l’époque, Ricardo Freda a déjà marqué les esprits avec L’EFFROYABLE SECRET DU DOCTEUR HICHCOCK et  LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK, qui font figure de synthèses définitives du genre, en 62 et 63. Par la suite, les apports au gothique italien seront jugés comme de simples retardataires, à quelques exceptions près comme le sublime LES AMANTS D’OUTRE-TOMBE de Mario Caiano, sorti en 1965 et qui bénéficiait de la présence magnétique et très vendeuse de Barbara Steele. LE MANOIR DE LA TERREUR ne bénéficie au casting d’aucune star du genre, ce qui ne l’a sans doute pas aidé à se détacher du lot où les noms de Barbara Steele, Christopher Lee ou Paul Muller revenaient à cadence régulière. Tout au plus le nom d’Helga Liné rappellera-t-il au gothicophile la gouvernante austère des AMANTS D’OUTRE-TOMBE, d’autant qu’elle tient ici un rôle très similaire.

Le scénario du MANOIR DE LA TERREUR, écrit par Sergio Corbucci, n’a malgré son argument de vente (calibré pour le territoire américain) pas grand-chose à voir avec l’histoire particulière de Poe, même si on repère dans l’évocation d’une lignée malade un emprunt à LA CHUTE DE LA MAISON USHER, ou dans un enterrement prématuré un clin d’œil à l’obsession de l’auteur de Boston. Le récit voit le retour d’Emily Blackford (Blancheville dans la version anglophone) au manoir familial, perdu dans la lande écossaise de la fin du XIXème siècle. Les retrouvailles avec son frère Roderick sont endeuillées par le décès accidentel de leur père dans un incendie. Mais il s’avère en réalité que leur père a survécu. Atrocement défiguré et devenu fou, il a été caché par Roderick qui a engagé pour s’en occuper une nouvelle gouvernante. Selon Roderick, leur père accorde foi à une ancienne prophétie qui veut que la lignée Blackford s’éteigne si la dernière descendante n’est pas sacrifiée à la veille de ses 21 ans. Un soir, le dément parvient à s’échapper et Emily, rongée par l’angoisse, est en proie à de terribles cauchemars…

La trame imaginée par Corbucci est riche en rebondissements, digne des écrits de Boileau et Narcejac et se suit avec un réel intérêt. Le fait d’être cramponné à son siège par un suspense diabolique n’empêche pas d’admirer une esthétique très travaillée. De chapelles en ruines en couloirs de pierre éclairés de candélabres antiques, de forêts sombres en cloîtres brumeux, LE MANOIR DE LA TERREUR déploie une délicieuse atmosphère gothique en diable soutenue par une excellente partition musicale de Carlo Franci. Impossible de ne pas songer aux descriptions des romans d’Horace Walpole et d’Ann Radcliffe tandis que les protagonistes se lancent dans leurs explorations nocturnes et anxieuses des lieux.

Artus Films rend cette année pleinement justice au film d’Alberto De Martino avec une édition DVD à la hauteur des standards habituels de l’éditeur, soit d’une qualité irréprochable. LE MANOIR DE LA TERREUR n’était jusque-là visible qu’au prix de recadrages hasardeux, d’un noir et blanc neigeux et d’un son étouffé (ceux qui avaient investi dans l’édition Alpha Video de THE BLANCHEVILLE MONSTER savent de quoi il est question). Il est maintenant disponible dans les meilleures conditions possibles. Le noir et blanc est propre, l’image est nette et le format 1 :66 est rétabli, et l’éditeur propose de voir le film en français ou en italien sous-titré, que demander de plus ? Du coté des suppléments l’habituelle galerie photo côtoie une sélection de bandes-annonces des autres films de la collection gothique d’Artus et surtout la nécessaire intervention d’Alain Petit qui nous éclaire sur la production du film, le parcours des acteurs et la carrière de De Martino (qui réalisera dans les années 70 un excellent émule de LA MALEDICTION avec HOLOCAUST 2000).

Si de l’avis d’Alain Petit, LE MANOIR DE LA TERREUR est loin d’être le pire avatar du genre, nous irons plus loin ici en affirmant qu’il se place même parmi les meilleurs ! Même s’il ne présente pas l’imagerie sadienne d’un PROFESSEUR HICHCOCK ou des AMANTS D’OUTRE-TOMBE, son scénario complotiste digne du roman noir et son esthétique spécifique en font l’un des essais les plus purement gothiques de tout le cinéma gothique italien !

Gabriel Carton

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