LADY FRANKENSTEIN : DOMMAGE QU’ELLE SOIT UNE…
LADY FRANKENSTEIN : DOMMAGE QU’ELLE SOIT UNE…

Depuis des années, le professeur Frankenstein s’échine à donner vie à un être de sa création, sans succès. Fraîchement diplômée de l’institut de Genève, sa fille Tania lui propose une aide qu’il refuse, craignant pour sa progéniture. Épaulé de son fidèle assistant Charles, il parvient à réanimer un être monstrueux qui le tue avant de prendre la fuite. Un instant effondrée, mais assez vite remise, Tania jure de poursuivre les recherches de son père contre vents et marées…

 

Avec LADY FRANKENSTEIN, Mel Welles pioche allègrement dans le folklore de la saga Frankenstein d’Universal, ainsi que du côté de la Hammer dont il cherche à imiter le style flamboyant et à exacerber l’érotisme. Réalisé au crépuscule du gothique italien, le film réunit un casting de choix, en faisant un instantané du cinéma bis de son temps : Rosalba Neri, Paul Muller, Joseph Cotten, Herbert Fux et Mickey Hargitay sont ici les cinq étoiles de ce cinéma de tous les excès. Tous sont admirables dans leur investissement. Dès l’ouverture le film affiche ses influences, avec ses pilleurs de tombes qui poursuivent le travail entamé par leurs ancêtres dans les films de James Whale et de Terence Fisher dans une atmosphère nocturne presque délétère.

Le reste du métrage ne démérite pas au niveau de l’ambiance, mettant à profit chaque centimètre carré de ses intérieurs pour donner l’illusion d’une « production value » digne de ce nom. Les costumes sont convaincants et particulièrement les toilettes de Rosalba Neri qui sont à tomber à la renverse (ceci dit, l’effet n’est pas garanti si la belle dame ne se trouve pas dedans). Le château Frankenstein est l’exemple type de la construction gothique, tortueux, ouvert à tous les vents, mais abritant un décorum riche et raffiné, des tentures et des candélabres, dans une opposition constante entre le chaleureux et le glacial, entre la vie et la mort.

 

C’est cette opposition que le baron Frankenstein veut enfin transcender, lui qui a voué sa vie à une œuvre que l’on ne connaît que trop bien. Lorsque sa fille s’en revient de l’université, elle lui fait comprendre sans détour qu’elle connaît la nature de ses expériences, et qu’elle comprend la solitude qui doit être la sienne dans le monde scientifique. Mel Welles et ses quatre (!) scénaristes profitent de cet intermède pour évoquer ce que devait être le véritable combat d’une femme pour faire reconnaître son intelligence dans un milieu essentiellement, et malheureusement durablement, phallocratique. Il aurait été facile de s’en tenir au féminisme de bazar, lorsque Tania évoque ses difficultés à se faire respecter à l’institut, Charles présume bien sûr que c’est parce qu’elle est une femme, mais elle balaye cette idée comme s’il était impensable que quiconque puisse songer qu’une femme vaut moins qu’un homme, elle affirme au contraire que c’était parce que ses idées était un peu trop radicales pour ses professeurs vieux-jeu.

 

C’est donc une femme de tête qu’interprète Rosalba Neri, pas seulement la fille de son père, mais l’incarnation de la nouvelle génération, délivrée des a priori moraux (ou religieux) qui selon elle, gangrènent encore même les meilleures des avant-gardes passées. Il est totalement jubilatoire d’observer les échanges entre Rosalba Neri et Joseph Cotten, qui, tout conscients qu’ils soient de la qualité relative du produit auquel ils participent, n’en ont pas moins à cœur de rendre palpable la chair de leurs maigres personnages. Paul Muller a aussi un rôle de premier plan, en effet, l’assistant de Frankenstein est aussi l’amant de sa fille, le physique peu avantageux de Charles nous laisse comprendre que Tania est une femme plus encline à tomber sous le charme d’un cerveau brillant plutôt que de tablettes de chocolat bien fermes… mais pourquoi se contenter d’un cerveau brillant, quand on pourrait le transplanter dans un corps aux tablettes de chocolat bien fermes ? À force de regarder travailler Thomas (Marino Masé), le domestique au physique d’Apollon mais au cerveau de palourde, Tania conçoit une attirance nouvelle pour le muscle et finit par se dire que si Charles avait cette carrure, il serait l’homme parfait.

 

Lorsque son père est tué par la créature à laquelle il a donné vie, Tania convainc Charles de faire passer cela pour un accident et de ne pas alerter la police que le fou-furieux qui sévit au village sort du laboratoire Frankenstein. C’est après l’avoir épousé qu’elle lui suggère l’idée de changer de corps, il serait ainsi le plus beau, le plus intelligent, le plus fort, il pourrait se servir de ses gros bras musclés aussi bien pour stopper la première créature que pour porter sa femme vers le lit conjugal. Sans scrupule, Tania manipule l’homme qui lui est tout dévoué avec l’air de s’amuser follement.

Pendant ce temps, c’est le monstre de Frankenstein qui semble lui aussi s’amuser follement, jetant à la flotte une jeune fille dénudée, dans une citation approximative mais absolument mémorable du FRANKENSTEIN de Whale. Aussi ludique soit l’oeuvre, il n’en demeure pas moins que la présence d’une multitude de scénaristes se fait sentir et que les changements de ton impromptus, les différentes directions pointées, sans qu’aucune ne soit foncièrement empruntée, laissent l’impression d’un film qui n’a jamais vraiment été écrit.

 

Cet aspect s’avère cependant savoureux, participant au côté « fumetti » d’un film qui a son titre comme meilleure argument de vente. Que peut-il se cacher derrière LADY FRANKENSTEIN se demande-t-on, ou ne se le demande-t-on pas quand le sous-titre français nous apporte un élément de réponse suffisamment convaincant (« cette obsédée sexuelle »), mais par trop sensationnaliste pour ne pas susciter la déception pour l’amateur de chair fraiche. Si LADY FRANKENSTEIN est sans doute loin d’être prude, son obsession titulaire n’est pas réellement l’objet du film, d’ailleurs on cherche encore l’objet du film… À force de le revoir, on finira bien par trouver !

Gabriel Carton

Posted by Pete Pendulum 1 Comments ,

1 comments

  • ah… Le cycle consacré à fRANKENSTEIN continue… Pour notre plus grand bonheur. J’avoue que je n’ai pas vu ce Lady Frankenstein, mais le film m’intéresse, c’est une évidence

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