Haunted Summer #1 : La Nuit de Tous les Mystères
Haunted Summer #1 : La Nuit de Tous les Mystères

Un milliardaire excentrique organise une réception pour l’anniversaire de sa quatrième épouse. Plutôt que d’y convier leurs amis, il invite cinq personnes qui ne se connaissent pas, leur promettant à chacun un chèque de 10 000$ s’ils survivent à une nuit dans une maison réputée hantée. Sur place ils ne tardent pas à se rendre compte qu’ils ont été malgré eux impliqués dans un complot établi par l’un des époux pour se débarrasser de l’autre, mais lequel ?

HOUSE ON HAUNTED HILL  (1959) est probablement le film le plus connu de William Castle et pour cause, la recette en est on ne peut plus classique. Le « body count » annoncé évoque avec malice une démarque fantastique des DIX PETITS NÈGRES d’Agatha Christie tandis que le suspens mis en place lorgne vers le pastiche hitchcockien, c’est donc naturellement que cette « petite » série B s’impose comme l’œuvre la plus accessible d’un cinéaste par trop sous-estimé à l’époque où ses contemporains (Hitchcock bien sûr, mais aussi Roger Corman, Terence Fisher, Ricardo Freda, Mario Bava…) jouissent d’une notoriété plus juste. A bien y regarder, si HOUSE ON HAUNTED HILL n’est pas la pièce la plus importante de l’œuvre de William Castle, on ne saurait le considérer comme ce divertissement de drive-in au scénario bateau auquel beaucoup l’ont identifié, ne le voyant que comme le train fantôme désuet dont la peinture, avec le temps, s’écaille.

La peinture pourtant ne s’affadit pas, et l’attrait de HOUSE ON HAUNTED HILL reste le même, pareil à ces devantures bariolées de fêtes foraines. William Castle met tout son savoir-faire pour alpaguer le badaud, on l’entend d’ici : « Approchez ! Approchez ! Oserez-vous passer une nuit dans la maison hantée ? Vous verrez du sang tomber du plafond ! Vous verrez des squelettes s’animer ! Et si vous êtes encore vivant vous crierez comme vous n’avez jamais crié ! Si vous êtes mort, d’autres crierons devant votre fantôme qui hantera désormais la maison ! ». Le film n’est pas loin de ça, autorisant certains de ses protagonistes à briser le quatrième mur en s’adressant directement au spectateur en ouverture et en clôture du métrage tandis que retentissent hurlements et bruits de chaînes. Frederick Loren, interprété par Vincent Price (qui d’autre) se présente à nous et, mielleux, nous précise « You’re all invited ». Le procédé prête à sourire et on le pointerait comme un défaut si ce n’était l’effet recherché, car le cinéma selon William Castle est avant tout la quintessence d’un divertissement qui ne rechigne pas à s’afficher comme tel.

Point d’hypocrisie dans le procédé mais une sincérité qui est toute à l’honneur de cette farce. L’hypocrisie par contre existe bel et bien, nichée au cœur du scénario, incarnée dans le couple Loren, interprété par Vincent Price et la belle Carol Ohmart qui rivalisent de fiel dans une compétition à qui supprimera l’autre. La compétition se joue autant au sein du couple qu’entre les deux acteurs, qui s’opposent en charisme, au point que gonflant d’orgueil et de perfection machiavélique, la grenouille Ohmart en vient à égaler, voire à supplanter, le bœuf Price à une ou deux reprises. Ce sont leurs scènes qui font tout le sel du film et lui donne cette noirceur qui contraste avec l’aspect bon enfant évoqué plus haut. C’est non sans humour et un certain cynisme que Castle dépeint ce mariage apparemment malheureux, mais dont le secret du bonheur réside en fait dans cette lutte pour la survie. De mensonges en coups bas, on se délecte du mépris avec lequel se traitent les deux psychopathes, de la bile qui les ronge en attendant le moment propice pour frapper.

Les manigances du couple Loren sont donc le pilier central de HOUSE ON HAUNTED HILL, mais Castle n’en oublie pas pour autant l’enrobage forain promis à l’entrée. La question de savoir si la maison à l’architecture alambiquée est ou non hantée restera habilement ouverte, toutes les apparitions trouvant une explication. A l’avant-garde de l’horreur, Castle s’éclate littéralement en proposant ce qui s’apparente ni plus ni moins à des effets de « jumpscare » qui font hurler ses héroïnes à nous en ruiner les tympans. Bouh par-ci et Bouh par-là, une astuce pour occulter le fait que les « invités » sont en fait là pour servir de suspects potentiels dans le cas de la réussite de l’un des époux dans ses aspirations meurtrières. Les soi-disant fantômes, le sensationnel sur lequel se vend le film, nous ont donc distrait, au sens propre du terme, de la trame principale pour que celle-ci n’en paraisse que plus surprenante : du génie !

S’ajoute à cela le réel talent d’un réalisateur qui sait comment utiliser chaque ombre dans le cadre pour générer chez le spectateur une anticipation anxieuse et nous nous retrouvons piégés, comme le couple Loren à leur propre jeu, dans un labyrinthe où le danger peut surgir de n’importe où. S’il se montre glaçant lorsqu’il (semble) revenir à un certain réalisme, dans un plan terrible, ne montrant que les pieds d’Annabelle Loren au-dessus du sol, suggérant que de guerre lasse, elle a abandonné la partie et s’est pendue, Castle finit toujours par alléger l’atmosphère en alignant twist sur twist à tel point que ses morts ne le restent jamais longtemps. Si la maison de HOUSE ON HAUNTED HILL n’est pas vraiment hantée, elle aura vu au cours de la nuit plus d’un cadavre se relever. Quant au plan machiavélique des époux sanguinaires, oserez-vous vous confronter à l’horrible vérité ?

Gabriel Carton

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