LA NOCHE DE WALPURGIS
LA NOCHE DE WALPURGIS

LA FURIE DES VAMPIRES marque une étape importante non seulement dans la carrière de Paul Naschy mais aussi dans l’histoire du cinéma espagnol. L’immense succès du film (qui reste encore à ce jour le plus populaire de la saga Daninsky à l’international) donne en effet le coup d’envoi véritable de la vague horrifique ibérique des années 70 et donne à Naschy une respectabilité nouvelle. Il marque aussi un tournant dans la carrière de son réalisateur, Leon Klimovsky, qui donnera à l’épouvante une place prépondérante dans une filmographie d’où elle était jusqu’alors absente. Klimovsky sera, avec ou sans Naschy, le réalisateur de quelques-uns des plus fiers représentants du cinéma d’horreur espagnols, citons, outre LA FURIE DES VAMPIRES (1971), le délirant LA REBELLION DE LAS MUERTAS (VENGEANCE OF THE ZOMBIES, 1973) ou l’élégant LA SAGA DE LOS DRACULA (1972).

 

Avec LA NOCHE DE WALPURGIS, Naschy revient à la formule esquissée dans LA MARCA DEL HOMBRE LOBO en opposant Waldemar Daninsky à des vampires. Par une nuit de pleine lune, le corps sans vie de Waldemar Daninsky est amené à la morgue où un inspecteur de police et un médecin légiste nous apprennent qu’il a pris plusieurs balles en argent dans le cœur, vraisemblablement suite aux évènements tragiques de LA FURIA DEL HOMBRE LOBO. Sourd aux superstitions et ignorant le pentagramme qui orne le torse viril du cadavre (la marque du loup-garou, une constante dans la saga), le médecin légiste procède à l’extraction des balles… et ressuscite par là un Waldemar Daninsky qui par un malheureux hasard du calendrier (ou pas, en fait, puisque comme pour Halloween II, c’est toujours la même nuit que dans le précédent film) entame immédiatement sa transformation et tue brutalement les deux hommes.

 

Pendant ce temps, dans une discothèque parisienne, la belle Elvire (un prénom qui est aussi celui de l’épouse de Naschy à la ville) explique à son fiancé qu’elle va devoir s’absenter un moment pour courir la campagne hongroise à la recherche de la tombe de la Comtesse Wandesa Darvula de Nadasdy (Nadasdy étant au passage le nom marital d’Elisabeth Bathory) qui est l’objet de la thèse qu’elle rédige avec sa collègue et amie Geneviève. Wandesa serait restée célèbre dans l’histoire pour sa pratique des messes noires et sa fâcheuse tendance à croire que le secret de l’éternité résiderait dans le sang des vierges, un super sujet dont elles espèrent tirer une étude féministe. Enfin, plus que l’aspect féministe, c’est celui complaisant et sensationnaliste qui nous frappe le plus et le bissophile regrettera presque que Wandesa n’aie pas elle-même fait l’objet d’un film à part entière écrit par Paul Naschy : imaginons un instant la vie et la réputation d’Erzsébet Bathory passée à la moulinette de la plume de Jacinto Molina : le rêve.

 

Mais trêve de divagations, Elvire et Geneviève sont en route pour visiter la tombe de Wandesa mais tombent en panne et se retrouvent à des lieues de toute civilisation. Waldemar Daninsky qui passait par là leur offre l’hospitalité dans son château vétuste, trouvant par là un remède à sa solitude. Mais c’est un tout autre remède qu’il recherche en réalité, celui qui le délivrera d’une lycanthropie qui lui octroie l’immortalité au prix d’un carnage mensuel. Ce remède, c’est une croix d’argent dont la légende veut qu’elle servit à assurer à la Comtesse Wandesa le repos éternel, plantée dans sa poitrine lors de son inhumation. Lorsque les deux jeunes femmes qu’il héberge lui apprennent qu’elles ont réussi à situer l’emplacement exact de la tombe de Wandesa, le choc de la coïncidence plonge Waldemar dans ce qui semble être un super flash-back se jouant dans les tréfonds de sa mémoire mais auquel nous n’aurons pas droit. À la place, on se contentera de Paul Naschy fixant le vide en silence, pendant qu’Elvira et Geneviève, peu émues de ce qui ressemble pourtant à un accident ischémique transitoire, décident de le laisser là et d’aller se coucher.

 

La suite des évènements est joyeusement prévisible. Nos trois protagonistes trouvent la tombe de Wandesa, l’ouvrent et s’emparent de la croix, Geneviève se coupant sévèrement au passage et ne trouvant rien de mieux à faire que saigner sur la dépouille de la comtesse. La profanation a aussi pour effet de réveiller un moine zombie, serviteur de Wandesa et gardien de son tombeau, auquel Waldemar administre courageusement un coup de crucifix en argent qui le réduit en poussière. Mais la nuit venue, c’est surtout Wandesa elle-même qui s’éveille grâce au sang versé par Geneviève. Cette dernière devient d’ailleurs la victime de la vampirique comtesse. Entre temps, Elvire qui s’est prise de passion pour le ténébreux Waldemar a tout appris de sa condition et ne l’en aime pas moins : une chance quand on sait que la mise à mort du loup-garou ne peut être effective que si elle résulte d’un acte d’amour sincère. Une chance aussi que la morsure d’un loup-garou soit l’un des moyens efficaces pour détruire les vampires (Stephen Sommers s’en est souvenu d’ailleurs). Waldemar devra donc dans un ultime acte héroïque, déchaîner la bête en lui pour défaire l’infâme Wandesa et Elvire pourra ensuite le libérer grâce à la croix d’argent et tout est bien qui finit bien.

 

LA NOCHE DE WALPURGIS pâtît comme la plupart des films de la saga Daninsky de pas mal de facilités d’écriture dont heureusement une grande part passe pour une naïveté charmante et désarmante. Il est bien difficile de critiquer un film écrit avec le cœur sans en appeler  au cynisme et à la mauvaise foi. Il faut reconnaître à Paul Naschy une évolution sensible dans son écriture même si le développement des personnages n’en profite pas autant qu’il le devrait. Encore une fois, les belles jeunes filles en pincent pour Waldemar (sauf Wandesa, quel monstre !), car leur innocence et leur pureté les poussent vers ce modèle de vertu qui passe son temps à flageller sa chair de pécheur. Son dégout de lui-même leur inspire une noble pitié et son corps robuste, un désir qui transcende la simple concupiscence : il est un martyr et elles deviennent des saintes à son contact.

 

Plus bassement, la vampire a droit ici à une véritable introduction, la présentation, même succincte, du personnage et la montée en tension qui précède son réveil rendent sa menace beaucoup plus crédible que celle des époux Mikhelov dans LA MARCA DEL HOMBRE LOBO. Ses apparitions et celles de ses sbires sont d’ailleurs merveilleusement servies par la réalisation de Leon Klimovsky qui a recours aux ralentis et à une brume de bon aloi pour donner à leurs attaques un caractère onirique qui laisse souvent le spectateur comme les protagonistes douter de la tangibilité des événements. Klimovsky en joue d’ailleurs lors d’une scène où Elvire devient la victime de Wandesa et Geneviève, scène qui s’avère être un cauchemar d’Elvire. Cette question du rêve contamine d’ailleurs le propos du film concernant le grand amour que l’on ne rencontre qu’une fois. L’issue de l’histoire d’amour entre Elvire et Waldemar ne peut être que tragique, et en le poignardant dans un ultime acte de dévotion à son endroit, elle fait éclater la bulle de rêve et retourne à la réalité, retrouvant son fiancé bien fade mais avec lequel elle pourra construire une vie normale.

 

Elvire est-elle changée à jamais ou alors oubliera-t-elle cette histoire qui se parera dans son esprit des atours d’un songe irraisonné, écrira-t-elle seulement la thèse à l’origine de toutes ces pérégrinations ? Naschy et Klimovsky n’en ont rien à cirer. Par contre Waldemar lui aura de nouveau l’occasion de faire connaître à une chanceuse jeune femme les charmes de sa pilosité lupine et bien plus encore, puisque fier de la réussite artistique et du succès fracassant de LA NOCHE DE WALPURGIS, Naschy retrouvera Klimovsky pour une nouvelle aventure conviant le Dr. Jekyll à la fête l’année suivante.

Gabriel Carton

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