LA MARCA DEL HOMBRE LOBO
LA MARCA DEL HOMBRE LOBO

La carrière de Jacinto Molina dans le cinéma bis est le fruit d’une rencontre : celle d’un petit garçon et d’un loup-garou. C’est en effet lorsqu’il est enfant qu’il déclare le virus de l’horreur, devant FRANKENSTEIN MEETS THE WOLFMAN (Roy William Neill, 1943), et qu’il se trouve dans le lycanthrope Larry Talbot un véritable modèle. C’est au loup-garou que Molina doit son entrée définitive dans le monde du cinéma, son alter ego Waldemar Daninsky étant devenu une figure culte du cinéma d’épouvante ibère.

 

C’est en 1968, que Jacinto Molina parvient à concrétiser son premier projet important : faire adapter un scénario qui lui tient à cœur. LA MARCA DEL HOMBRE LOBO, connu en France sous le titre trompeur LES VAMPIRES DU DR. DRACULA et aux États-Unis sous celui carrément mensonger de FRANKENSTEIN’S BLOODY TERROR, est réalisé par Enrique Lopez Eguilus qui a déjà travaillé avec Molina sur AGONIZANDO EN EL CRIMEN la même année. Si Molina avait écrit le scénario avec Lon Chaney Jr. en tête, l’acteur vieillissant n’avait pas la santé pour voyager jusqu’en Espagne et aucun autre acteur ne semblait convenir pour le rôle. Question de temps et de budget, plus que de casting exigeant, c’est Jacinto Molina lui-même qui endosse la défroque de Waldemar Daninsky sous le pseudonyme de Paul Naschy (une suggestion des producteurs allemands soucieux que son patronyme hispanique soit moins vendeur).

 

Dans une Hongrie fantasmatique à cheval entre le XIXème siècle et les années 1960, par une nuit d’orage et de pleine lune, un couple de gitans (dont la belle Rosanna Yanni) passe la nuit dans le château Wolfstein, et après avoir vidé la cave à vin, s’en vont piller le caveau familial. Il se trouve que feu le maître les lieux, Imre Wolfstein, a été inhumé avec une croix d’argent plantée dans le cœur et qu’ignorant les lois qui régissent la malédiction de l’homme-loup, notre couple de gitans dérobe l’objet et ainsi, trouble l’avant-dernier sommeil du lycanthrope. Non content de massacrer ceux qui l’ont réveillé, Wolfstein s’en va faire un carnage dans le village voisin. Les autorités attribuent les morts à une meute de loups et organisent une battue à laquelle prend part le Comte Waldemar Daninsky.

 

D’emblée, Waldemar nous est présenté comme une âme solitaire, un étranger qui plus est (le personnage est polonais), dont beaucoup se méfient. Evidemment, c’est à lui que revient l’honneur de rencontrer Wolfstein et de subir sa morsure. Waldemar Daninsky hérite donc de la malédiction qui frappait Wolfstein et se transforme en loup-garou à chaque pleine lune. Mais dans les ténèbres de sa diabolique condition, il y a une lueur d’espoir en la personne de la jeune comtesse Janice von Aarenberg, irrémédiablement entichée de Waldemar pour lequel elle délaisse son prétendant Rudolph. Comme tous les personnages féminins de la saga Daninsky, Janice tombe sous le charme magnétique de Waldemar sans que celui-ci ait eu besoin de lui faire la cour, à peine ont-ils dansé ensemble lors d’un bal costumé où il endossait le costume de Méphistophélès (étonnant de la part d’un personnage que le reste du scénario décrit comme la bonté faite homme). Il est amusant aussi de noter la facilité avec laquelle les hommes rejetés acceptent le fait que l’objet de leur affection leur préfère le trapu Waldemar et ne montrent pas la moindre jalousie à son endroit.

 

Janice découvre le secret de Waldemar et se met en tête de trouver un remède à sa lycanthropie, épaulée par le noble Rudolph. C’est dans cette optique qu’ils font appel au Docteur Janos Mikhelov et son épouse Wandessa, deux spécialistes du sujet qui mènent sur Waldemar des expériences dont la finalité semble moins sa guérison que l’assouvissement de fantasmes SM. Le pauvre Waldemar finit enchaîné dans un caveau humide, pas tant pour protéger les innocents de sa furie lupine que pour rester à la merci des époux Mikhelov qui s’avèrent être des vampires… Et c’est à peu près à l’instant de cette révélation que le scénario cesse d’essayer de faire sens. Naschy ne juge apparemment pas utile de justifier l’implication de deux vampires dans l’affaire autrement que par sa volonté de voir son loup-garou titulaire affronter les enfants de la nuit… Leur présence donne lieu à de très belles séquences, notamment celle de la séduction de Rudolph par Wandessa.

 

Si les obscurs desseins que nourrissent Janos et Wandessa Mikhelov restent désespérément obscurs, LA MARCA DEL HOMBRE LOBO n’en souffre pas autant que l’on aurait pu le croire. La force du film d’Enrique Lopez Eguiluz réside avant tout dans ses qualités plastiques et elles sont nombreuses. Le directeur de la photographie, Emilio Foriscot a visiblement tiré quelques enseignements des films de Mario Bava et Terence Fisher et le génie des couleurs dont il fait preuve est mis en valeur par un tournage en 3-D (sur pellicule 70 mm) accentuant les effets de profondeur et de clair-obscur de sorte que chaque plan rassemble les attributs d’un tableau baroque. Il n’est pas une seconde du film qui ne soit un régal pour les yeux et il est un peu regrettable qu’aucune autre aventure de Waldemar Daninsky n’ait bénéficié d’un traitement similaire.

 

Le succès du film amènera Naschy à écrire une dizaine d’autres scenarii mettant en scène le personnage de Waldemar Daninsky, chacun étant indépendant des précédents mais conservant les aspects de la mythologie mis en avant dans le premier. Le principal étant que le lycanthrope ne peut trouver le repos que s’il est frappé en plein cœur par des balles ou une lame d’argent et surtout que la main délivrant le coup fatal soit celle d’une jeune femme éprouvant pour lui l’amour le plus pur. Ambitieux, créatif et récréatif, LA MARCA DEL HOMBRE LOBO se pose comme un hommage sincère de Naschy au folklore fantastique d’Universal et un concentré de ce que le gothique européen a pu offrir de mieux.

Gabriel Carton

PS : Concernant le titre américain, FRANKENSTEIN’S BLOODY TERROR, il vient du fait que le distributeur de LA MARCA DEL HOMBRE LOBO venait d’annoncer la sortie du DRACULA VS FRANKENSTEIN d’Al Adamson dans 400 salles. Ce dernier étant resté bloqué en laboratoire pour d’obscures raisons légales, Independant International Pictures qui avait promis un film avec Frankenstein ne se laissa pas démonter et proposa LA MARCA DEL HOMBRE LOBO, retitré pour faire comme si. La version américaine propose un prologue au cours duquel une voix off explique que Wolfstein est un descendant de Frankenstein.

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