LA MALDICIÓN DE LA BESTIA
LA MALDICIÓN DE LA BESTIA

Parmi les ambitions que caressait Paul Naschy à l’égard de Waldemar Daninsky il en est une qui aura mis du temps à se concrétiser. Envisagée dès 1970, la confrontation entre le loup-garou et le yéti, brièvement évoquée en prologue de LA FURIA DEL HOMBRE LOBO, finit par avoir lieu en 1975 sous la houlette de Miguel Iglesias Bonns, artisan capable de l’industrie cinématographique espagnole mais dont l’œuvre n’a qu’en de très rares occasions traversé les frontières de son pays d’origine.

 

LA MALDICIÓN DE LA BESTIA/DANS LES GRIFFES DU LOUP-GAROU nous présente à nouveau un Waldemar Daninsky anthropologue versé dans la crypto-zoologie et qui voue sa carrière à prouver l’existence du yéti. Lorsqu’un de ses confrères lui montre une moumoute moisie en l’assurant qu’il s’agit d’un scalp du cousin alpiniste de Big Foot, il n’en faut pas plus à Waldemar pour monter une expédition à la recherche du bestiau. Sur place, ne voulant pas risquer la vie de son équipe de figurants (et surtout celle de la belle Sylvia), Waldemar décide de partir seul sur la piste du yéti. Malheureusement pour lui, son col roulé n’était pas suffisant pour affronter le blizzard et c’est en bien piteux état qu’il trouve refuge dans une grotte… occupée par deux brunes sculpturales qui prennent soin de lui.

 

Les deux infirmières de fortune ont cependant un style de vie bien à elles, et malgré une nuit d’amour torride qui vaut à Waldemar un prompt rétablissement, il décide de leur fausser compagnie lorsqu’il découvre qu’elles se gavent de chair humaine au petit-déjeuner. Mais les belles lui ont laissé un désagréable cadeau en souvenir. Non, pas des morpions, mais une morsure et la nuit suivante, Waldemar, errant en chemise dans la neige, est pris d’une crise d’hypertrichose fulgurante et quelques fondus enchaînés plus tard, est devenu El Hombre Lobo ! À la recherche d’une proie, il tombe sur trois bandits de grands chemins qui ont installé leur campement pour la nuit et en quelques gestes experts, les transforme en bouillie.

 

Pendant ce temps le reste l’équipe est à la recherche de Waldemar. Alors que Sylvia s’est éloignée du reste du groupe avec l’un de ses camarades, ce dernier en profite pour s’ouvrir à la jeune femme des sentiments qu’elle lui inspire. Alors qu’elle reste sourde à ses avances, il insiste lourdement, jusqu’à la plaquer contre un tronc d’arbres. C’est alors que l’homme loup arrive à la rescousse et égorge le malotru d’un coup de paluche griffue. Sylvia s’évanouit sous le choc, mais elle a eu, dans son malheur, plus de chance que le reste de l’équipe qui au même moment se faisait enlever tandis que leurs sherpas se faisaient massacrer par une troupe de brigands à la solde d’un certain Sekkar Khan.

 

Lorsqu’au petit matin, Waldemar se réveille à côté de l’inanimée Sylvia, il n’a aucun souvenir des évènements de la nuit passée. Les deux tourtereaux d’infortune finissent par trouver refuge dans un monastère. Sylvia confie à un moine les agissements nocturnes de Waldemar et ce dernier lui apprend qu’il existe dans les montagnes une fleur qui pourrait le soigner. Si Sylvia a le cœur pur et brave, et qu’elle est vierge, elle n’aura qu’à imprégner les pétales de la fleur d’un peu de son propre sang et l’appliquer sur la marque du démon que Waldemar arbore sur son torse (l’éternel pentagramme). Ou alors elle peut aussi le poignarder de toute sa rage grâce à une dague d’argent que le moine lui donne, c’est au choix. Les sbires de Sekkar Khan ne leur laissent pas plus de répit et débarquent pour capturer Waldemar et Sylvia qui se retrouvent prisonniers de l’immense forteresse du chef des bandits.

 

Mais ce n’est pas tant Sekkar Khan qui est à craindre que sa cruelle conseillère, Wandesa (l’incontournable Silvia Solar) qui se trouve aussi être son médecin particulier. Khan souffre en effet d’une maladie de peau contre laquelle Wandesa prescrit des greffes de peau à répétition pratiquées n’importe comment avec des greffons prélevés à vif sur les jeunes filles enlevées. Le taux de testostérone anormalement élevé de Waldemar a frappé Wandesa et si elle réserve à Sylvia le même sort qu’à ses petites camarades, elle nourrit à l’égard du lycanthrope des plans beaucoup plus sournois. Quels plans ? Peut-être envisage-t-elle de le garder prisonnier et de le contempler enchaîné, chemise ouverte pour son plaisir personnel, allez savoir.

 

Mais Waldemar n’est pas d’accord, profitant d’une mutinerie dans les cachots des femmes, au cours de laquelle la dague d’argent de Sylvia trouvera son utilité, il brise ses chaînes et bande ses muscles, tous poils dehors et trace son sanglant chemin à travers la forteresse (et ce sans s’être transformé). Ce n’est qu’une fois après avoir retrouvé Sylvia et la liberté que Waldemar lui dit que leurs chemins doivent se séparer car il commence à faire nuit. Waldemar s’en va hurler à la lune de son côté tandis que Sylvia tombe sur la raison de leur présence au Tibet : le yéti. L’abominablement timide homme des neiges a attendu les cinq dernières minutes pour pointer le bout de son simiesque faciès. Par les hurlements de Sylvia attiré, Waldemar rapplique et règle son compte à la créature, mettant fin à son existence et la prouvant par la même occasion. Sylvia a décidément du bol avec les bêtes à poils : une mandale de yéti a sonné Waldemar sans pour autant le tuer, et son corps a roulé non loin d’un pied de ces fleurs miraculeuses dont le moine lui avait parlé, elle peut donc le soigner sans craindre d’y passer.

 

Il aura fallu à LA MALDICIÓN DE LA BESTIA – aussi connu sous les titres anglophones de NIGHT OF THE HOWLING BEAST et, presque mensonger, THE WEREWOLF AND THE YETI – un degré inouï de circonvolution scénaristique pour retomber sur ses pattes, et encore, de manière très insatisfaisante. Il semble que Naschy ait envisagé ce scénario très tôt dans la saga, le fait qu’il ait été porté inchangé à l’écran met en relief de manière frappante l’évolution de l’écriture de Naschy depuis ses débuts. Après les progrès notés sur LA NOCHE DE WALPURGIS et EL RETORNO DE WALPURGIS, les ficelles de LA MALDICIÓN DE LA BESTIA apparaissent étrangement rétrogrades.

De toutes les idées intéressantes que contient le film – les sorcières subsistant inexplicablement dans une caverne et le fait que la lycanthropie du personnage central résulte de leur rituel païen et cannibalesque, le chef des bandits que l’on suppose être le grand méchant mais dont les actes sont guidés par une éminence grise encore plus terrible (une figure féminine, encore et répondant au nom de Wandesa en plus), la rencontre entre le loup-garou et le yéti et l’idée intéressante que le scientifique cherchant à prouver l’existence d’une créature légendaire en devienne une lui-même – aucune n’est réellement exploitée et tout est simplement balancé là et plié au mieux pour tenir dans les 83 minutes restrictives. Naschy se montrera d’ailleurs déçu du résultat, imputant ses échecs à la réalisation médiocre de Miguel Iglesias Bonns, mais louant cependant la photographie de Tomas Pladevall. On ne peut pas tout reprocher à Iglesias, et il manque indéniablement à LA MALDICIÓN le sens du tragique et de la caractérisation des personnages qui faisaient la réussite du précédent opus.

 

Par la suite, Naschy n’aura plus à se plaindre du travail d’un autre réalisateur que lui-même, puisque dès l’année suivante, il opèrera derrière la caméra pour son chef-d’œuvre, INQUISICIÓN. C’est à ce poste (en plus de celui de scénariste, d’acteur et de producteur) qu’il accouchera d’une nouvelle aventure de Waldemar Daninsky qui rendra enfin justice à sa vision, en 1980.

Gabriel Carton

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