LA FURIA DEL HOMBRE LOBO
LA FURIA DEL HOMBRE LOBO

Tourné en 1970, LA FURIA DEL HOMBRE LOBO/THE FURY OF THE WOLFMAN est officiellement le quatrième film mettant en scène le lycanthrope Waldemar Daninsky. Officiellement, car si l’on se penche sur les trois précédents, on retrouve bien évidemment LA MARCA DEL HOMBRE LOBO et LOS MONSTRUOS DEL TERROR (DRACULA CONTRE FRANKENSTEIN chez nous) mais aussi un film fantôme : LAS NOCHES DEL HOMBRE LOBO. Avant de se pencher sur la furie qui nous occupe, il convient d’apporter quelques précisions au sujet de ces nuits qui ne semblent pas lui être étrangères et qui ont connu un destin mystérieux. Ce « titulus dubium » constitue dans la filmographie de Paul Naschy la seconde apparition du loup-garou, mais n’a jamais été vu. Naschy aurait déclaré qu’à la suite de la réception favorable des VAMPIRES DU DR. DRACULA en France, un réalisateur du nom de René Govar l’aurait appelé pour lui proposer de tourner une nouvelle aventure de Waldemar Daninsky à Paris. Naschy aurait donc écrit un scénario complet, et aurait revêtu la fourrure du lycanthrope pour un tournage parisien de cinq semaines. De retour en Espagne, il aurait appris le décès de René Govar dans un accident de voiture. Résultat : le matériel tourné est resté en laboratoire où il aurait été oublié de tous.

Le souci est que, sans mettre en doute la parole de Paul Naschy qui a toujours affirmé avoir tourné ce film, René Govar semble n’avoir jamais travaillé ailleurs que sur ce film et aucune information sur lui n’est disponible, ce qui, à l’heure d’internet est assez surprenant. On pourrait imaginer que Naschy fasse référence au réalisateur belge Ivan Govar, mais l’accident de voiture efface cette possibilité. Il en va de même pour tous les acteurs que cite Naschy sur ce film, leurs noms ne sont attachés qu’à ce seul titre. En l’absence de la plus petite photo de tournage, on est en droit de douter de l’existence tangible de LAS NOCHES DEL HOMBRE LOBO. L’hypothèse la plus répandue est que Naschy aurait ajouté ce titre à sa filmographie pour grossir son CV à une époque où il commençait juste à se faire connaître et qu’il en aurait par la suite enjolivé l’histoire, pris au jeu de l’écriture de sa propre légende. Reste la détermination de Naschy qui a toujours affirmé être allé à Paris pour tourner ce film, considéré aujourd’hui comme perdu si tant est qu’il fut jamais achevé (pour plus de précisions : http://www.naschy.com/lasnocheshombrelobo.html).

 

Mais si d’aventure LAS NOCHES DEL HOMBRE LOBO devait refaire surface, il y a fort à parier qu’il ressemblerait à LA FURIA DEL HOMBRE LOBO dont le scénario semble en reprendre les lignes principales et qui à l’instar de son douteux prédécesseur a connu de nombreuses mésaventures en cours de gestation. Tourné en 1970 (mais sorti seulement deux ans plus tard), le film raconte comment Waldemar Daninsky, estimé professeur de biologie, a contracté le syndrome de la lycanthropie lors d’un voyage au Tibet (ou plutôt le flashback d’un voyage ponctué par la voix nasillarde d’un moine répétant inlassablement « pentagramme, pentagramme » avec la conviction d’un vendeur ambulant : « pentagrammes, pentagrammes, achetez mes pentagrammes »). Mais ce n’est pas tant la mélopée du moine tibétain et l’approche de la pleine lune qui hante l’esprit de Waldemar, mais plutôt la liaison qu’entretient sa femme, Erika, avec l’un de ses collègues. Le couple adultère connaît un sort funeste à la première pleine lune et désespéré, Waldemar s’ouvre de sa condition à son amie et ex-maîtresse Ilona Hellmann qui pense pouvoir le soigner.

 

C’est l’occasion pour Ilona de tester un dispositif de contrôle de l’esprit qu’elle a mis au point pour guérir les maladies mentales. Cependant, malade d’avoir été un jour rejetée par Waldemar (il a dû lui dire « mais restons amis », ça rendrait fou n’importe qui), elle en oublie le but premier de son invention et s’en sert pour faire de son ex-amant l’instrument d’on ne sait quel plan diabolique à l’issue duquel elle règnera sans doute sur le monde entier avec à ses côtés son louveteau domestiqué. Pour ce faire, elle enchaîne Waldemar dans une cave (apparemment, il s’agirait des cachots du château Wolfstein qui abrite à présent un asile de fous) en compagnie de ses autres sujets d’expérimentation, soit une bande d’attardés mentaux s’adonnant à une orgie perpétuelle sous le regard atterré d’un sosie masqué du fantôme de l’opéra. C’est sans compter sur l’implication de Rachel, une gentille étudiante qui se penche depuis un certain temps sur le cas de son prof préféré et qui est déterminée à sauver son nounours Daninsky des griffes de la croqueuse d’hommes. Ensemble, Waldemar et Rachel découvrent qu’Ilona est en fait la fille d’Imre Wolfstein, qui n’est lui-même autre que la mystérieuse figure masquée (Naschy n’a pas dû résister à la tentation d’un cross-over entre le loup-garou et le fantôme de l’opéra), et s’emploient à mettre fin à ses agissements.

 

Mais Ilona a plus d’un tour dans son sac et elle a surtout une meilleure mémoire que Waldemar. Elle qui a suivi passionnément l’histoire depuis le début (elle regarde sans doute un meilleur film que nous) se souvient de la morsure qu’a infligé Daninsky à sa propre femme, et elle en sait assez en matière de lycanthropie pour en déduire qu’il n’y a plus un, mais deux loups garous dans ce film. Elle capture donc la louve garou et met Waldemar face aux conséquences de ses agissements nocturnes. Au moment de l’épique conclusion, il est temps de rappeler que Waldemar Daninsky ne peut mourir que des mains de la femme qui l’aime d’un amour sincère et inconditionnel et d’ouvrir les paris : laquelle des trois, la louve Erika, la folle Ilona ou la gentille Rachel, lui apportera le repos ? Ne répondez pas tout de suite.

 

La réputation de LA FURIA DEL HOMBRE LOBO est celle d’un ratage quasi intégral, ou du moins, d’un potentiel gâché. Naschy devait en effet retrouver Enrique Lopez Eguiluz au poste de réalisateur, forts de leur précédente collaboration sur LA MARCA DEL HOMBRE LOBO, les deux hommes auraient peut-être pu réitérer les mêmes exploits. Le rêve tourne court après le renvoi inexpliqué d’Eguiluz au début du tournage et son remplacement par Jose Maria Zabalza. Apparemment porté sur la bouteille, Zabalza néglige complètement l’homme loup dont il a la charge, usant de stock-shots de LA MARCA DEL HOMBRE LOBO pour illustrer le carnage que fait Daninsky lors de ses escapades nocturnes sans se formaliser ni du changement de lieu, ni du changement de vêtement. LA FURIA DEL HOMBRE LOBO est un festival de raccords foireux dont tout monteur digne de ce nom devrait avoir honte, mais c’est malheureusement sur Paul Naschy que le poids de l’échec aura le plus pesé, lui qui, à la découverte du fiasco, ne put retenir ses larmes.

 

Mais – car il y a un « mais » et il est de taille – on se trouve probablement face à l’un des scenarii les plus originaux et les plus intéressants qui soient sortis de l’imagination de Jacinto Molina. L’originalité vient ici du fait que l’approche narcissique et un peu macho du personnage de Waldemar Daninsky par Naschy est constamment mise à mal par les personnages féminins qu’ils soient antagonistes ou non. Waldemar Daninsky est cette fois plus victime de son côté séducteur que de son côté loup-garou. Le premier élément perturbateur du récit est l’adultère commis par Erika, ce qui a pour effet de faire passer l’épouse de Waldemar pour une trainée qui ne mérite pas son adorable époux et Waldemar lui-même pour le mec bien à qui une trainée a fait un tort injustifié. Jusque-là, Waldemar est le héros, tout va bien. Le second élément, c’est la décision de Waldemar de demander de l’aide à Ilona, alors qu’on apprend qu’elle a été éconduite par le beau professeur. Waldemar compte soit sur la bienveillance de son ex-maîtresse, soit sur son charme naturel, et dans les deux cas présume de l’un ou de l’autre de manière insensée. Tout en sollicitant l’aide d’Ilona, il entame une idylle avec Karen, sans jamais s’imaginer la jalousie qu’un tel comportement peut susciter chez celle qui lui offre son aide par amour et qu’il remercie en emballant une fille plus jeune.

 

Bien sûr, l’aide d’Ilona est toute relative et il s’avèrera qu’elle est derrière absolument tous les évènements catastrophiques du récit, mais ses motivations sont vraisemblables et en font le personnage le plus crédible et, jusqu’à un certain point, le plus attachant du film. Oui, elle profite de la condition de Waldemar pour en faire son jouet, oui, elle l’enchaine dans sa cave pour assouvir ses fantasmes de domination (la voir ridiculiser l’extrême virilité du poilu Daninsky est assez réjouissant), oui, elle l’oblige à affronter sa propre femme qu’il a lui-même changée en louve-garou, et c’est au fond son idée d’une juste rétribution. Ilona ne fait que mettre Waldemar face aux conséquences de son comportement irréfléchi et ce faisant, elle annule complètement la barrière qui pourrait exister entre l’homme et la bête. Le Waldemar qui l’a séduite puis laissée tomber c’est le même que celui qui a mordu sa femme, fourrure nocturne ou non. C’est ce qui fait d’Ilona, à l’inverse de tous les avatars de la Báthory que Waldemar affronte la plupart du temps (et de Wandessa Mikhelov qui n’était que la sidekick de son mari) comme à l’inverse de tous les flirts qu’il entretient, un personnage dont les sentiments sont parfaitement définis, et qui, même si elle l’exprime d’une manière biaisée par la jalousie et la possessivité, éprouve visiblement pour Waldemar un amour aussi sincère que (auto)destructeur.

 

Contre toute attente, l’opus le plus décrié pour sa réalisation catastrophique peut aussi apparaître comme le plus passionnant malgré ses incongruités et incohérences. Sur le plan technique on peut tout de même sauver quelques belles idées visuelles qui, si elles ne consolèrent pas Naschy de n’avoir comme substitut à LAS NOCHES DEL HOMBRE LOBO ce FURIA mal aimé, méritent un coup d’œil. Les escapades citadines du loup-garou, quand elles ne sont pas interrompues par des stock-shots de LA MARCA DEL HOMBRE LOBO, laissent s’installer une atmosphère onirique qui semble avoir fait l’objet de beaucoup plus de soin que le reste du métrage. Ces quelques éléments permettent d’oublier un instant un résultat très en deçà des attentes de son scénariste et principal interprète et d’y voir plutôt une variation étonnante sur le thème développé tout au long de la saga : celui de l’amour victorieux.

Gabriel Carton

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