La Dame en Noir 2 : (sur)Saut de l’Ange
La Dame en Noir 2 : (sur)Saut de l’Ange

La Dame en Noir de James Watkins, adapté du roman éponyme de Susan Hill, avait en 2012 sonné le retour de la Hammer dans son champ de prédilection : l’épouvante gothique. Les recettes plus qu’honorables de cette première tentative dans le genre depuis 1974 (Frankenstein and the Monster from Hell, de Terence Fisher) engage la maison de production historique à revenir à ses formules chéries : les suites. Rien de surprenant aujourd’hui à ce que le succès d’un film génère immédiatement l’idée d’un second opus, mais la Hammer, dans le genre, fait figure de pionnière. Dès 1958, Frankenstein connaissait, après le succès du premier film (The Curse of Frankenstein, premier film gothique de la Hammer, réalisé par Terence Fisher qui aura lui-même ouvert puis clos la voie avec les aventures du Baron) une nouvelle aventure dans Revenge of Frankenstein. Dracula lui aussi connaîtra nombre de déboires au fil des sequels plus ou moins inspirés mais qui conservent tout le charme propre aux productions Hammer, distillant un parfum de transgression désuète.

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Une affiche dans la grande tradition pour La Dame en Noir premier du nom.

Avec The Woman in Black, la Hammer est donc revenue sur les rails et retrouve les contrés de l’horreur qui ont fait sa renommée et, avec The Woman in Black : Angel of Death, retrouve le schéma des suites à la qualité aléatoire imposées par le succès. Réalisé par Tom Harper, Angel of Death se déroule 40 ans après les événements qui ont conduit à la mort du jeune notaire et veuf, Arthur Kipps (Daniel Radcliff). Alors que les bombes du Blitz déferlent sur Londres, la jeune institutrice Eva Parkins (Pheobe Fox) et la directrice d’école Jean Hogg (Helen McCrory) évacuent les enfants pour les mettre en sécurité à la campagne. C’est bien entendu vers la ville désormais fantôme de Crythin Gifford qu’ils se dirigent pour trouver refuge dans la tristement célèbre Eel Marsh House…

D’emblée le film scande le souci de la Hammer pour la « production value », les décors sont splendides, magnifiés par une photographie léchée qui rend justice à la majestée déchue de Eel Marsh House  et entretient une atmosphère onirique et inquiétante. Des fumées qui surplombent le Londres de 1940 au brouillard qui embrasse le manoir imposant et l’enferme hors du temps, l’esthétique du film est une invitation des plus tentantes à passer le portail de l’épouvante gothique derrière lequel on voudrait trouver un émule des Innocents de Jack Clayton ou de La Maison du Diable de Robert Wise. Mais une fois le pas franchi, la facilité du scénario ordonne les ingrédients de manière peu surprenante.

La fin de La Dame en Noir nous laissait seul juge des actes du spectre de Jennet Humphries. En effet au terme de son enquête dans les ténèbres, Arthur Kipps pensait avoir trouvé le moyen d’accorder enfin le repos à cette mère folle de chagrin qui poussait au suicide tous les enfants du village pour que chaque famille connaisse l’expérience de sa désolation. Mais au final, Jennet revint provoquer la mort de l’enfant d’Arthur, qui ne put la déjouer qu’en se sacrifiant aussi en tentant de sauver son fils. Les retrouvailles d’Arthur et de sa défunte femme dans l’Au-delà adoucissait le constat brutal selon lequel Jennet Humphries était irrécupérable, que son chagrin s’était au fil du temps changé en une haine aveugle et qu’elle avait fait une routine de ses meurtres infantiles.

« Back to her old tricks again », Jennet Humphries se voit offrir des dizaines de sacrifices potentiels alors qu’Eva et Jean lui apportent malgré elles les enfants de leur école. Mais parmi eux se trouve un orphelin du Blitz, Edward, mutique depuis la perte de ses parents, et qui tisse avec le spectre une relation particulière. Qui mieux qu’un enfant privé de ses parents peut convenir à une mère privée de son enfant ? Dès lors Jennet va s’attaquer à tous ceux qui voudront faire du tort à Edward. En parallèle Eva est poursuivie par d’horribles cauchemars qui lui font revivre un accouchement au terme duquel on lui a enlevé son bébé car elle était trop jeune : une tentative de Jennet d’engager la discussion ? On ne saura jamais. Là où tout le suspens du premier opus reposait sur une enquête complexe et surtout sur une ambiance, ce second film aligne les pistes de lecture potentielles sans jamais en développer une seule, et Eva comprend très vite, passée la compassion de rigueur pour la mère éplorée qu’a été Jennet Humphries, la croisade vengeresse que mène le spectre à la moralité biaisée.

Malgré des bases solides, le faiseur Tom Harper ne construit pas l’édifice gothique inébranlable qui fut celui de James Watkins sur les mêmes fondations, mais un château de cartes que des effets de « jumpscare » à répétition auront vite fait de souffler et de faire s’écrouler. Car ce que Harper et son scénariste John Croker ont oublié, c’est que le gothique est avant tout une question d’architecture, concrète comme mentale, que l’exploration d’un manoir labyrinthique doit aller de pair avec la découverte de soi pour le héros ou l’héroïne, ce que Watkins avait compris, comme Clayton ou Wise avant lui, et comme tant d’auteurs avant eux. Ici les choses ne se font qu’en surface, pour la forme, et perdent leur valeur significative pour ne servir que le bas projet de « faire peur » plutôt que de susciter une véritable angoisse. The Woman in Black : Angel of Death ne retient des écrits de Susan Hill que l’esthétique qu’ils avaient inspirée au premier film, et sans pour autant faire honte à son roman, ne lui rend certainement pas justice.

Gabriel Carton

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