John Carpenter’s Lost Themes : B.O. Sans Film
John Carpenter’s Lost Themes : B.O. Sans Film

John Carpenter’s Lost Themes est le résultat du travail du réalisateur et compositeur bien connu avec son fils Cody et le guitariste et chanteur Daniel Davies. Après avoir composé lui-même les musiques de ses propres films, Carpenter voulait créer quelque chose d’autonome, une musique qui donnerait naissance à ses propres images dans l’esprit de celui qui l’écoute. En résulte une expérience étrangement visuelle, chaque morceau s’ouvre à de nombreuses interprétation et devient une séquence à part entière d’une œuvre cinématographique chimérique.

La porte d’entrée de cet univers musical « autonome » est pourtant encore bien ancrée dans l’œuvre antérieure de Carpenter, on trouvera dans Vortex tous les ingrédients d’un soundtrack, certes digne d’un ASSAUT mais dont l’inspiration est trop évidente pour surprendre. Même constat avec Obsidian, qui marque le début des choses sérieuses, et Fallen, où l’orgue synthétique ramène à l’ésotérisme de PRINCE OF DARKNESS alors qu’une rythmique sourde évoque la marche implacable de Michael Myers dans HALLOWEEN. Ces deux morceaux ne sont pas dépourvus d’un certain lyrisme propre à la musique électronique telle que la conçoit Rob dans ses meilleurs travaux (MANIAC, THE VOICE THIEF). Obsidian surtout, fort de sa longue durée (un peu plus de 8 minutes) qui lui permet un développement extrêmement riche, appelle à l’immersion plus que n’importe quel autre morceau de l’album.

Domain ouvre une nouvelle porte, complètement insoupçonnée de l’univers musical, voire visuel, de Carpenter, une porte vers une variation technologisante au possible de l’épique façon LADYHAWKE (dont le score était l’œuvre des messieurs Andrew Powell et Alan Parsons du merveilleux groupe Alan Parsons Project). Mystery assure la continuité thématique, d’abord avec une tonalité plus grandiloquente dans ses motifs, avant de proposer un contre point malheureusement assez disgracieux, tandis qu’Abyss plonge, après une introduction façon générique d’ouverture, dans le cliché répétitif de l’ambiance pure hérité de la musique de série TV des années 80. De graves ostinati puis une accalmie viennent (il était temps) clore cette facette « épopée » de l’album qui s’annonçait pourtant jouissive car réminiscente d’un certain NEW YORK 1997, mais qui en évoque plutôt un rip-off bis transalpin…

Comme si l’album avait été conçu en trois chapitres distincts, Wraith introduit le versant plus mélancolique, et plus que jamais la comparaison avec Rob se révèle cohérente, tant on pense aux thèmes Wedding Maze et Haunted du MANIAC de Franck Khalfoun. Le miaulement énervé de la guitare électrique laisse la place à un piano suave pour le magnifique Purgatory, bercé par un arrière fond minimaliste rappelant le souffle du vent, comme si la mélodie nous parvenait d’une maison isolée, ou d’un phare dans la brume. En guise de conclusion, le morceau Night revient à une atmosphère plus prévisible, le motif court et la structure répétitive renvoient à Fallen et à une certaine ambiance crépusculaire. Fin du jour ou fin du monde ? Ne manque qu’Alice Cooper pour nous répondre.

Dans son ensemble, l’album s’écoute sans déplaisir, mais immanquablement, certaines pistes sortent du lot, éclipsant les autres, et ramenant bien souvent l’auditeur à ses souvenirs de FOG, PRINCE OF DARKNESS ou THEY LIVE. Le titre lui-même nous induit en erreur, annonçant qu’il pourrait s’agir de morceaux inutilisés dans les films cités, seul le temps et les écoutes répétées permettront de se débarrasser de cette persistante impression et de considérer cet album comme une œuvre autonome. Dans l’immédiat elle aura tenu le rôle de vaisseau idéal pour revisiter l’univers de son auteur, ce qui en soi et malgré quelques ringardises oubliables, en fait une réussite thématique et formelle.

Gabriel Carton

 

Vortex

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