FRANKENSTEIN MUST BE DESTROYED
FRANKENSTEIN MUST BE DESTROYED

Le baron Frankenstein loge dans une pension sous le nom de Fenner, non loin d’un asile au sein duquel est interné un de ses anciens collègues devenu fou, le Dr Brandt. Apprenant que le fiancé de sa logeuse travaille à l’asile et s’adonne au trafic de cocaïne pour payer le traitement de sa future belle-mère, il saute sur l’occasion de les faire chanter : s’ils n’acceptent pas de l’aider à sortir Brandt de l’asile et à l’opérer pour guérir son cerveau malade, il les dénonce. Avant de sombrer dans la démence, Brandt devait en effet confier à Frankenstein la technique qu’il avait mise au point pour une parfaite transplantation du cerveau.

 

Une rue embrumée, un meurtre sanglant, une fuite effrénée, une atmosphère digne de Burke et Hare, et un titre qui annonce la couleur : FRANKENSTEIN MUST BE DESTROYED ! L’efficacité de l’introduction, avec son montage fragmenté qui ménage une tension extraordinaire ne laisse pas de doute quant à la direction qu’emprunte Fisher, cette fois, personne n’en réchappera ! Ce n’est pour une fois ni le nom de Jimmy Sangster ni celui de John Elder (Anthony Hinds) que l’on peut apercevoir au générique pour ce qui est du scénario mais Brett Bart qui, se basant sur une histoire originale établie avec Anthony Nelson Keys, amène le baron Frankenstein aux confins de la vilenie. Il ne reste plus rien du peu d’humanité que l’on avait pu apercevoir dans FRANKENSTEIN CREATED WOMAN, rien de ces penchants métaphysiques, et rien de cette « propreté » du personnage qui ne se salit pas habituellement les mains mais paye d’autres mains pour se salir. Plus que jamais pour le baron, la fin justifie tous les moyens. Il n’est plus ce génie incompris dont on pardonne les écarts criminels parce que ses manières délicieuses nous séduisent à chaque fois, non, on ne peut plus se laisser avoir cette fois, l’homme apparaît tout à fait haïssable.

 

Les préoccupations du baron sont à nouveau beaucoup plus terre à terre qu’elles ne le sont dans le film de 67. Up to his old tricks again, il tente à nouveau la transplantation cérébrale et semble mener ses recherches comme une croisade contre les ignorants, semblant ignorer qu’il est devenu lui-même une sorte de fanatique… on aurait presque pitié, si la mécanique inépuisable du personnage ne l’empêchait de montrer une quelconque faille.

 

Peter Cushing comme toujours reprend brillamment un rôle qui s’avère poliphanique, malgré le caractère cruel du personnage, on appréciera ses habituelles remarques ironiques. On remarquera qu’ici le baron est à nouveau obligé de vivre sous une fausse identité, alors que dans le précédent film il officiait sous son vrai nom sans être plus inquiété. Comme toujours le baron se trouve un assistant, ce n’est plus un jeune médecin qui vient faire chanter le baron, mais bien le baron qui menace un jeune médecin, ici personnifié par le jeune premier Simon Ward (décédé en 2012 à l’âge de 70 ans, on aura pu le voir une dernière fois à l’écran dans la série The Tudors), dont l’aspect juvénile le fait passer pour un enfant à côté de Cushing ce qui accentue l’impression d’une innocence corrompue et distille une certaine ambiguïté. Une ambiguïté que James Carreras, producteur exécutif, a sans doute voulu étouffer, en insistant pour inclure une scène sans intérêt, et surtout d’un très mauvais goût dans laquelle le baron viole Anna (la très jolie Veronica Carlson déjà vue dans DRACULA HAS RISEN FROM THE GRAVE), la jeune land lady. Aussi dénué d’humanité soit Frankenstein dans cet opus, la séquence est tout à fait hors de propos et le comportement ne correspond absolument pas au personnage qui se soucie peu des plaisirs de la chair. La scène fut incluse en fin de montage malgré les objections atterrées de Cushing, Carlson et Fisher.

 

Corrupteur, manipulateur, implacable, Frankenstein se révèle aussi être un meurtrier sans scrupules. Si on l’a vu jeter un vieux savant dans les escaliers pour se procurer un cerveau dans THE CURSE OF FRANKENSTEIN, on pouvait comprendre qu’il s’agissait de ses recherches, mais cette fois, l’homme tue, sinon par plaisir, par colère. Rien ne doit se mettre en travers de sa route, et comme l’indique le titre, pour qu’il soit stoppé, il doit être détruit. Loin des retournements ironiques de REVENGE OF FRANKENSTEIN, cet opus se trouve totalement dénué d’espoir, pour le personnage comme pour ceux qu’il atteint de près ou de loin : le body-count est exceptionnellement élevé. Révoltant mais tout à fait splendide dans son exécution, ce RETOUR DE FRANKENSTEIN fait partie des immanquables de la Hammer.

 

On reconnaîtra la direction artistique de Bernard Robinson qui fait des merveilles avec les studios d’Elstree, magnifiés par la photographie d’Arthur Grant, ainsi que la musique de James Bernard qui semble n’exister que pour souligner qu’aucun espoir n’est permis tant elle est sinistre dans sa simplicité, belle dans sa noirceur. Tout cela sonne un peu comme un requiem, d’ailleurs Fisher va jusqu’à nous gratifier d’un final qui voit Frankenstein et sa « créature » (le cerveau du Dr Brandt dans un autre corps) finir dans un incendie (Fisher avait jusque-là privilégié des fins plus sobres). Sur les flammes qui déchirent un ciel d’encre se déroule le générique qui clôt ce jeu de massacre. Mais on aurait tort de croire à la mort du personnage, on retrouvera Frankenstein, amoindri mais toujours déterminé pour un chant du cygne prodigieux cinq ans plus tard.

Gabriel Carton

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