L’ÉTRANGE FESTIVAL : JOURS 4-5
L’ÉTRANGE FESTIVAL : JOURS 4-5

MOONWALKERS

Antoine Bardou-Jacquet, Grande-Bretagne //

RUINED HEART (Another lovestory between a criminal and a whore)

Khavn, Philippines / Allemagne //

EMELIE

Michael Thelin, États-Unis //

NINA FOREVER

Ben & Chris Blaine, Grande-Bretagne //

CHASUKE’S JOURNEY

Sabu, Japon


MOONWALKERS

Antoine Bardou-Jacquet, Grande-Bretagne
Compétition

Entre le décalage horaire dû à la Nuit, et la tangente que nous avons prise dimanche après-midi pour aller nous délecter de la projection d’Hormona de Bertrand Mandico au Studio Galande (d’ailleurs, nous en reparlerons), la quatrième journée du festival ne fut consacrée qu’à un seul film, Moonwalkers, production britannique réalisée par le français Antoine Bardou Jacquet. En 1969, l’agent de la CIA Kidman (Ron Perlman, très bon en ancien du Vietnam subissant ses pulsions de violence, utilisées comme ressort comique) doit convaincre Stanley Kubrick de mettre en scène un faux alunissage d’Apollo 11 en cas d’échec de la mission. C’est à partir de cette légende ayant alimenté moult débats (et également évoquée dans le documentaire ROOM 257 de Rodney Ascher) que le film propose une fiction développant une hypothèse plutôt farfelue, sur fond de quiproquos et d’effet boule de neige (Jonny – Rupert Grint, un tantinet cabotineur – manager calamiteux d’un groupe de rock, traite l’affaire avec Kidman dans le but de  récupérer l’argent dévolu au projet, en usurpant l’identité de son cousin, agent de Kubrick, qu’il remplace lors du rendez-vous par son colocataire). La reconstitution de l’époque est sympathique, les acteurs sont bons, mais la mise en scène ne fait pas d’étincelles (hormis une sympathique scène de trip sous acide, qui apporte au film un grain de folie bienvenu dans un ensemble qui paraît bien balisé). À en croire les rires dans la salle, le film était bourré d’un humour à côté duquel nous sommes passés (on sourit quelques fois, guère plus – avec une mention pour la scène du tournage de l’alunissage en question). On sent surtout derrière le projet une indéniable volonté de bien faire, de plaire, en réunissant un certain nombre d’ingrédients infaillibles. Dans notre cas, la sauce n’a pas pris.

 

RUINED HEART (Another lovestory between a criminal and a whore)

Khavn, Philippines / Allemagne

Nanti d’une très belle introduction – sur une chanson de cœur brisé, thème qui servira de fil conducteur, chacun des personnages, réduit à un dénominatif (l’amoureuse, le criminel, le pianiste, l’ami, la pute) nous est présenté en venant se placer devant la caméra – le film de Khavn vaut surtout pour son esthétique. Celle-ci n’est pas vaine, puisque le film met en place, à Manille, l’histoire d’un patron de la pègre qui confie à l’un de ses hommes de main la mission de surveiller sa femme. Mais l’accent n’est clairement pas mis sur les circonvolutions du scénario, qui demeure relativement flou. C’est donc dans sa très belle mise en scène, portée par des mouvements de caméra d’une douce fluidité, des ralentis qui n’ont rien de poseur et un sens du cadre précieux, mais aussi dans sa superbe photographie signée Christopher Doyle (contraste de tons froids bleutés et de couleurs chatoyantes), qu’il faut chercher l’intérêt du film. À condition de se laisser porter par la beauté des tableaux vivants qu’il dessine, magnifiés par une l’électro hypnotique de la bande originale signée Stereo Total, Ruined Heart constitue une très belle expérience sur grand écran.

 

EMELIE

Michael Thelin, États-Unis
Compétition

Efficace en surface, mais rapidement oublié, Emelie se présente comme un thriller flirtant avec le dérangeant. Les Thompson confient leurs trois enfants à une nouvelle baby-sitter, le temps pour eux d’aller fêter l’anniversaire d’un mariage ne semblant pas palpitant. Anna s’installe donc pour la soirée, mais la jeune femme fait preuve d’un comportement pour le moins étrange de la part d’une baby-sitter. Il faudra attendre un bon moment pour savoir ce qui cloche chez elle, et quel est son plan. Une partie d’ailleurs relativement balisée, peinant à faire naître la tension. La première partie se révèle plus intéressante, qui voit Anna semer le trouble dans la maisonnée en incitant de manière très insidieuse les enfants, âgés de 4 à 11 ans, à la désobéissance, au vice, à la cruauté. Et c’est précisément intéressant parce qu’on ne sait pas pourquoi, avant que le film ne bascule dans des schémas plus classiques et des rebondissements prévisibles. L’ensemble se révèle tout de même relativement illustratif, le film ne valant que pour quelques moments de réel malaise et l’interprétation de la si douce mais si perverse Anna / Emelie, interprétée par Sarah Bolger.

 

NINA FOREVER

Ben & Chris Blaine, Grande-Bretagne
Compétition

Nina Forever était sans aucun doute le film de la journée que l’on attendait le plus, ce qui se solda par une relative déception, en dépit de la qualité indéniable du film. Le pitch était des plus alléchants : après le décès de sa petite amie dans un accident de voiture, Rob entame une nouvelle relation avec Holly, mais Nina s’évertue à surgir systématiquement au beau milieu des ébats du couple. Des scènes de trio maudit par ailleurs très réussies, valant à elles seules le visionnage. L’union de deux corps, déjà fébriles dans leur tentative de nouer une nouvelle relation. Le sang de la défunte qui s’étale tel une flaque insidieuse sur les draps trop blancs (qui seront remplacés par des draps rouges, le film ne manquant pas d’humour), des mains ensanglantées qui s’agrippent à la poitrine de la remplaçante, dans la fusion de trois corps bizarrement imbriqués. On déplorera que dans son discours, le film s’avère beaucoup plus simple (échanges entre les trois personnages sur l’oubli et le deuil d’un être cher, avec la difficulté d’aller de l’avant). Rien que nous ne sachions déjà, d’autant que l’évolution des personnages et des sentiments qui les anime évolue relativement peu (à l’exception de Holly, attachante inadaptée qui accueillera l’étrangeté de la situation d’une façon toute personnelle). Le film est intéressant, bien réalisé, mais avec un tel sujet, on se prenait à espérer qu’il aille beaucoup plus loin.

 

CHASUKE’S JOURNEY

Sabu, Japon
Compétition

On s’est ennuyés ferme devant ce récit un peu trop naïf d’un ange dont le métier est de servir le thé aux scénaristes des vies humaines, débarqué sur Terre afin de sauver une jeune femme destinée à mourir dans un accident de voiture. Quelle idée, en premier lieu, de nimber le film d’une sorte de halo jaune et vaporeux, induit, on le suppose, par la thématique du film. Un effet esthétique des plus laids, il n’y a pas d’autre mot. Les péripéties terrestres de Chasuke ne nous ont pas plus captivés, en raison de redondances, de remplissage, d’une faible mise à profit d’un sujet qui laissait augurer un minimum de suspense, mais se révèle traité sans rythme, et d’une morale des plus niaises sur l’importance d’écrire soi-même son destin.

 

Audrey Jeamart

Posted by Nola Carveth 2 Comments

2 comments

  • Roggy dit :

    Une grosse fournée de deux journées très bien restrancrites avec ta plume toujours aussi alerte. Je suis globalement d’accord avec tes retours (j’ai été plus méchant que toi avec « Emelie »). Enfin, il me reste encore à voir « Chasuke’s journey » et… « Another »… :)

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