EL RETORNO DEL HOMBRE LOBO
EL RETORNO DEL HOMBRE LOBO

EL RETORNO DEL HOMBRE LOBO est le premier film de la saga Waldemar produit (via sa compagnie Dalmata Films) et réalisé par Paul Naschy lui-même en 1980. Il va de soi que Naschy est toujours derrière le scénario et qu’il s’octroie le rôle principal, à savoir celui de Waldemar Daninsky, le lycanthrope au noble cœur.

 

Après cinq ans d’absence, Waldemar ne revient pas dans ce que l’on pourrait vraiment appeler un récit original. Il s’avère en effet que Paul Naschy a voulu offrir à l’un de ses opus préférés, à savoir LA FURIE DES VAMPIRES (LA NOCHE DE WALPURGIS), une révision en grandes pompes, mais plus encore, que son but était d’offrir la synthèse définitive de la saga. S’ouvrant, au XVIème siècle, sur le procès d’Erzsébet Bathory pour sorcellerie et vampirisme et de son serviteur (malgré lui ?) Waldemar Daninsky pour allégeance au mal et lycanthropie, le film opère un saut dans le temps vers le présent où un groupe d’étudiantes mène des recherches pour trouver la tombe de l’infâme comtesse. L’une d’entre elles n’a pas que les travaux universitaires en tête. Fervente adoratrice de la Bathory elle entend profiter de l’occasion pour ressusciter la bougresse et obtenir l’immortalité pour ses bons et loyaux services.

 

Dans le même temps, un groupe de pilleurs de tombe découvre la sépulture de Waldemar. Comme le veut la tradition initiée dès LA MARCA DEL HOMBRE LOBO, Waldemar a été inhumé avec une croix d’argent plantée dans le cœur et l’objet attire bien évidemment la convoitise des pillards qui vont s’en emparer à leurs dépens. Ramené à la vie après un sommeil de quatre siècles, Daninsky retrouve son domaine et fait la connaissance des jeunes femmes venues mener leurs recherches sur Erzsébet Bathory (il est selon les circonstances habituelles le preux chevalier qui les sauve d’une embûche). Et invariablement, l’une d’elles va s’énamourer du barbu et sera la seule à pouvoir le délivrer du fardeau de sa malédiction. C’est sans compter sur la résurrection de la Bathory et sa volonté, non seulement d’étendre son empire sur le monde en créant une armée de femmes vampires mais de récupérer Waldemar à son service. Il apparaît en effet que Waldemar avait accueilli son exécution avec joie, celle-ci le délivrant enfin de l’emprise diabolique de sa maîtresse.

 

NIGHT OF THE WEREWOLF est une histoire de rédemption et de sacrifice. Plus que jamais, le personnage de Waldemar Daninsky inspire la pitié et s’avère le héros dont le sacrifice recouvre de multiples implications. Bathory, la figure féminine manipulatrice, devient le principal antagoniste et ce n’est plus vraiment à un simple « monster mash » que nous assistons mais à une véritable tragédie, au conflit éternel entre le bien et le mal, au dur chemin d’un homme maudit et dépossédé de son être vers le recouvrement de sa liberté, vers l’opposition à un pouvoir qui le dépasse et vers la paix d’un dernier sommeil que le mal lui refuse. Constamment, Naschy oppose l’hubris de la cruelle comtesse, attachée à une immortalité que seul lui garantit le sang des vierges et qui donc sacrifie sans états d’âme les innocents pour son propre profit, et l’humilité du chevalier Daninsky qui donne sa vie, une première fois lors de son exécution, se pensant délivré, puis une seconde fois, après avoir accompli son devoir.

 

Ce qui n’était qu’esquissé dans LA NOCHE DE WALPURGIS est ici pleinement développé et l’écoulement du passé dans le présent, comme par une brèche dans le temps, est beaucoup plus palpable qu’il ne l’était dans ce précédent film ou dans EL RETORNO DE WALPURGIS avec lequel NIGHT OF THE WEREWOLF partage aussi de nombreux points communs. Visuellement, les ambitions de Naschy sont pour une fois parfaitement servies et c’est en grande partie à cela que le film doit son extraordinaire réussite. Une production revue à la hausse nous permet d’apprécier des décors beaucoup plus riches et beaucoup plus crédibles magnifiés par la photographie chaleureuse d’Alejandro Ulloa qui a déjà prouvé qu’il n’était pas un manche sur LE MANOIR DE LA TERREUR d’Alberto de Martino, MISS MUERTE de Jess Franco, PERVERSION STORY de Lucio Fulci ou encore sur l’excellentissime EL CAMINANTE de Paul Naschy.

 

La séquence d’ouverture où Erzsébet Bathory est condamnée à être emmurée pour l’éternitée et où Waldemar Daninsky se voit mettre le « masque de la honte » renvoie de belle manière à l’introduction du MASQUE DU DÉMON de Mario Bava. La résurrection de la comtesse Bathory dans une douche sanglante est aussi parfaitement exécutée, le carmin du sang contrastant avec le teint diaphane de Julia Saly, et lorsqu’ayant retrouvé ses pouvoirs elle exhume de leurs tombeaux les moines damnés qui l’ont servie quatre siècles plus tôt, c’est encore une fois l’éruption du passé, le jaillissement, au travers des gisants, des squelettes en robe de bure, qui ne sont pas sans rappeler les templiers maudits qui chevauchaient au ralenti chez Amando de Ossorio, dans une apothéose gothique. La liste des moments de bravoure et de poésie d’EL RETORNO DEL HOMBRE LOBO serait trop longue à dresser mais ces quelques exemples à eux seuls surpassent en intensité bon nombre de films entiers dédiés à Waldemar Daninsky et consort.

 

Sorti à un moment ou LE LOUP-GAROU DE LONDRES  de John Landis et HURLEMENTS de Joe Dante allaient révolutionner le genre, NIGHT OF THE WEREWOLF fait figure de produit d’un autre temps. Les maquillages artisanaux, ceux du loup-garou notamment s’inscrivant toujours dans la droite lignée de ceux de Jack Pierce pour Lon Chaney Jr. ont bien quelque chose de désuet, mais ils donnent au film cette impression d’intemporalité, cette identité unique, en même temps qu’il en fait la somme de toute une belle tradition cinématographique qui depuis a la vie dure.

 

Paul Naschy a enfin, avec ce film, réalisé ce qu’il estime être la version définitive de l’histoire de Waldemar Daninsky. Il ne put que regretter à l’époque qu’une distribution trop timide l’empêche de jouir de la popularité qui lui était due. Qui plus est, refusant de laisser partir le mythe qu’il avait créé, il s’ingéniera dans les années à venir à ramener Daninsky au cinéma par tous les moyens. Ayant l’opportunité de travailler avec le japon, il explorera encore la lignée fort décousue des Daninsky et les aventures de l’un de ses membres dans le japon féodal avec LA BESTIA Y LA ESPADA MAGICA (1983).

 

Naschy en profite une fois de plus pour revoir l’échelle de ses ambitions à la hausse et délivre une épopée orientale qui détonne à côté des autres opus. Plus tard, il écrira pour la télévision ce qui aurait dû être la dernière apparition du lycanthrope, LICANTROPO, en 1996. Dans cette version, Waldemar est un romancier de terreur sexagénaire, toujours tourmenté par sa condition. En faisant de Waldemar un écrivain, soit un créateur d’univers, Naschy resserre un peu plus le parallèle entre son personnage fétiche et lui-même, il fait de LICANTROPO un chant du cygne sous le signe de la sagesse et de l’apaisement.

 

L’echec artistique qu’il estime être le film l’empêche encore une fois de quitter Waldemar sur cette note et en 2003, il accepte la proposition de Fred Olen Ray de reprendre le rôle dans TOMB OF THE WEREWOLF/THE UNLIVING, mais ce dernier film, le premier à ne pas être écrit par Naschy, ne fait en aucun cas honneur à la légende qu’il convoque avec opportunisme et ne vaut pas la peine de s’étaler plus longtemps. EL RETORNO EL HOMBRE LOBO/NIGHT OF THE WEREWOLF reste donc bel et bien l’illustration ultime du mythe que Paul Naschy a entretenu avec ferveur tout au long de sa carrière.

Gabriel Carton

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