EL RETORNO DE WALPURGIS
EL RETORNO DE WALPURGIS

En 1973, Paul Naschy a déjà derrière lui un beau palmarès, son nom en plus d’être attaché à une véritable saga, équivalent lycanthropique des séries dédiées à Frankenstein et à Dracula de la Hammer, il s’est vu associé à celui de Jack l’Éventreur (JACK EL DESTRIPADOR DE LONDRES), de Mr. Hyde (DR. JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO), de Dracula (EL GRAN AMOR DEL CONDE DRACULA) et s’est illustré dans quelques beaux succès de l’épouvante espagnole tiré de sa propre plume (LE BOSSU DE LA MORGUE, LA REBELION DE LAS MUERTAS, EL ESPANTO SURGE DE LA TUMBA). Il n’en vient cependant pas à considérer Waldemar Daninsky comme le simple tremplin à sa carrière et caresse l’idée de lui rendre hommage comme il se doit, sa légitimité grandissante dans l’industrie cinématographique lui permettant d’obtenir des budgets de plus en plus appropriés à ses ambitions.

 

EL RETORNO DE WALPURGIS, ou L’EMPREINTE DE DRACULA en France (après LES VAMPIRES DU DR. DRACULA et LA FURIE DES VAMPIRES, les distributeurs hexagonaux continuent de mettre les enfants de la nuit au premier plan des films de Naschy, même lorsqu’ils en sont absents, comme c’est le cas ici), est le premier film réalisé par Carlos Aured, déjà assistant réalisateur sur LA FURIE DES VAMPIRES. Si Aured occupera le poste de réalisateur sur plusieurs films mettant en vedette Paul Naschy (LA VENGANZA DE LA MOMIA, EL ESPANTO SURGE DE LA TUMBA, LOS OJOS AZULES DE LA MUNECA ROTA) c’est véritablement EL RETORNO DE WALPURGIS qui nous fait regretter que l’homme n’ait pas eu une carrière plus importante dans le fantastique et se soit dirigé par la suite vers l’érotisme et le porno (un titre comme JE SUIS UNE PETITE COCHONNE en dit long sur cette orientation… mais la présence de Lina Romay au casting nous empêche d’écarter définitivement la possibilité d’un visionnage prochain).

 

On peut d’emblée remarquer que le titre suggère une suite de LA NOCHE DE WALPURGIS, une idée qui se retrouve beaucoup plus dans la forme que dans la narration. Carlors Aured et son directeur de la photographie, Francisco Sanchez (qui fit des merveilles sur LA SAGA DE LOS DRACULA)  font tout pour surpasser les efforts déjà louables de Klimovsky et Villaseñor et y parviennent avec une rare élégance, même si l’on est toujours loin du baroque et de la flamboyance de LA MARCA DEL HOMBRE LOBO. Le maquillage aussi bénéficie d’une hausse qualitative, et la fourrure de Waldemar n’a jamais tant évoqué le travail de Jack Pierce. Cette avancée visuelle va de pair avec avec un scénario plus mature et plus cohérent de la part de Paul Naschy qui choisit d’ignorer les précédents opus et d’offrir une nouvelle genèse à la malédiction qui frappe son héros.

 

Le film s’ouvre sur les exploits sanglants de l’inquisiteur Irenius Daninsky, une figure moyen-âgeuse qui n’est pas sans rappeler d’autres personnages de Paul Naschy, comme Alaric De Marnac (EL ESPANTO SURGE DE LA TUMBA en 72, LATIDOS DE PANICO en 83), Gilles de Lancre (EL MARICAL DEL INFIERNO en 74) ou Bernard de Fossey (INQUISICIÓN en 76). Champion de l’Eglise, Irenius s’en va estourbir les adorateurs de Satan et brûler de la sorcière à tour de bras, mais il s’en trouve une pour lancer depuis son bûcher une imprécation : un jour, un descendant d’Irenius ôtera la vie à l’un des serviteurs du diable, et ce jour marquera la fin de sa lignée et le nom Daninsky sera frappé d’opprobre. Quatre siècles plus tard, Waldemar Daninsky, participant à une battue au loup, pense abattre la bête mais tue en réalité un jeune gitan dont la famille refuse tout dédommagement. S’en suit un sabat infernal au cours duquel le Diable en personne vient choisir sa championne, Ilona, celle qui fera s’accomplir la malédiction. La belle gitane s’arrange donc pour croiser à nouveau le chemin de Daninsky et le séduire, et à l’issue d’une nuit d’amour, imprime sur son cœur la marque du diable (l’éternel pentagramme) à l’aide d’un crâne de loup.

 

« Molinaschy » a privilégié la simplicité, plus question cette fois de rencontre au sommet entre différents monstres, mais il le fait au profit de la densité. La personnalité de Waldemar est cette fois beaucoup plus explorée et on a véritablement le sentiment qu’il est enfin devenu le personnage principal du récit. Il ne s’agit plus pour Naschy d’illustrer naïvement son amour pour le fantastique façon Universal mais de façonner avec Waldemar un réel alter ego et plus seulement un personnage fétiche. Ses doutes et ses tourments sont enfin plus importants que ceux de la jeune femme qu’il va inévitablement rencontrer. Ou plutôt les deux jeunes femmes, deux sœurs, Kinga, sensible et réservée et Maria, beaucoup plus désinhibée et finalement jalouse du succès de sa sœur auprès de Waldemar. Les deux filles représentent les deux facettes de l’homme loup qui trouve en Kinga l’apaisement qui soigne son âme aux prises avec la malédiction et en Maria l’assouvissement de ses instincts primaires.

 

Sans se défaire d’une certaine morale et de l’aspect tragique inhérent à chaque opus (ou presque) de la saga, Paul Naschy revisite le schéma classique (l’amour sincère, la croix d’argent…), l’étoffe et parvient à le rendre plus convaincant, combinant enfin le spectacle gothique folklorique et les enjeux émotionnels de manière effective. EL RETORNO DE WALPURGIS est peut-être bien le plus subtil, le plus mélancolique et finalement le plus beau chapitre de la saga Daninsky et restera, avec LA NOCHE DE WALPURGIS, le préféré de Paul Naschy avant qu’il ne décide de combiner ses deux scenarii phares pour un remake conjoint en 1980, EL RETORNO DEL HOMBRE LOBO qui satisfera enfin les ambitions de l’acteur/scénariste passé réalisateur.

Gabriel Carton

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