DOCTOR WHO : THE POWER OF THE DALEKS (1966-2016)
DOCTOR WHO : THE POWER OF THE DALEKS (1966-2016)

Au milieu des années 60, la « dalekmania » bat son plein. En trois ans, DOCTOR WHO s’est imposé comme LA série de science-fiction britannique et les plus célèbres ennemis du Docteur, les daleks, reviennent à intervalles réguliers foutre le bordel dans l’univers. Dès leur première apparition, ces coquilles métalliques, habitées d’une haine destructrice à l’encontre de tout ce qui n’est pas eux, ont rencontré un succès inattendu, jusqu’à justifier deux adaptations cinéma de la série qui les a fait connaître avec DOCTOR WHO AND THE DALEKS (1965) et surtout DALEK – INVASION EARTH : 2150 A.D. (1966) où leur nom se substitue carrément à celui du héros incarné par Peter Cushing.

En 1966, le Docteur a déjà fait quatre fois face aux daleks : en 1963 dès sa deuxième aventure dans THE DALEKS, l’année suivante dans THE DALEK INVASION OF EARTH (ce sont ces deux serials qui ont servi de base aux films), en 1965 dans l’auto-parodique THE CHASE et enfin dans le monumental THE DALEK MASTER PLAN dont ne subsistent que trois épisodes sur les douze d’origine. En 1966 encore, William Hartnell qui incarnait jusque là le Docteur devait être dorénavant connu comme le premier Docteur alors qu’il laissait la place à un second, Patrick Troughton, fruit d’un procédé qui autorise à la série une longévité enviable, la régénération. Le Docteur a donc changé mais les daleks, eux, non et en guise d’introduction à une nouvelle figure, quoi de mieux que le retour d’un vieil ennemi ?

 

Victime de la politique de nettoyage des archives de la BBC pratiquée de 1967 à 1978, THE POWER OF THE DALEKS fut l’une des infortunées aventures du Docteur à disparaître quasi-complètement, ne laissant derrière elle qu’une précieuse bande audio et quelques secondes de matériel visuel. Depuis sa diffusion originale en Novembre et Décembre 1966, cette première aventure du second Docteur était donc totalement invisible et ne subsistait que sous forme de bande sonore (devenue ultra rare, d’abord sur cassette, puis sur CD, accompagnée d’une narration nécessaire à la bonne compréhension) et de novélisations (devenues elles aussi ultra rares et ultra chères). Difficile donc de se faire une idée de ce POWER OF THE DALEKS dont l’invisibilité alimentait les phantasmes les plus fous des fans de DOCTOR WHO. Mais c’était sans compter sur la volonté de la BBC de célébrer comme il se doit le 50ème anniversaire de l’arrivée de Patrick Troughton dans la série, et pour se faire, de reconstituer intégralement le serial en dessin animé.

 

Depuis  l’exhumation inespérée en 2013 de deux des meilleurs serials de l’ère Troughton, THE WEB OF FEAR et THE ENEMY OF THE WORLD, l’intérêt des fans pour les aventures perdues du Docteur s’est trouvé renouvelé et en l’absence de matériel visuel exploitable, l’animation était la meilleure option pour proposer la découverte d’une histoire manquante dans les meilleures conditions. Un certain nombre de serials incomplets ont déjà profité de cette technique pour combler les blancs, mais c’est la première fois qu’un serial complet voit tous ses épisodes ressuscités par ce biais. Qui a déjà vu un exemple de ce genre de reconstruction sait à quoi s’attendre, la fluidité n’est pas toujours au rendez-vous et les interactions entre les personnages manquent parfois cruellement de naturel, soulignant parfois un manque de synchronisme entre l’audio et le visuel. Le défaut le plus fâcheux demeure la staticité de nombreux plans dans lesquels le seul mouvement est le clignement d’yeux des personnages alors qu’ils semblent attendre, dans un état de pétrification incongru, la suite des évènements ou la réplique suivante. Cette méthode n’est pas sans rappeler l’animation des dessins animés des années 60 (les adaptations de comics comme L’ARAIGNÉE/SPIDER-MAN notamment) et s’avère coller plutôt bien à l’atmosphère et à la mise en scène de la série originale.

En dehors de quelques silences qu’aucun geste des personnages ne vient meubler l’amateur se retrouve très vite en terrain connu, et finit même par faire abstraction de l’animation en se plongeant dans la découverte de POWER OF THE DALEKS. En guise d’introduction, la scène de régénération sur laquelle s’achevait la dernière aventure du premier Docteur, THE TENTH PLANET, est reprise en pré-générique. Cette régénération déroute autant les deux compagnons du Docteur qu’elle a dû dérouter les spectateurs de l’époque, uniquement habitués à William Hartnell. Ben et Polly sont d’abord enclins à se méfier de ce nouveau venu, voire à le considérer carrément comme un imposteur. Pour autant, on a vu, par la suite, régénération plus problématique et douloureuse, et la transition ici est somme toute assez fluide, et l’intérêt réside surtout dans le fait de « voir » Patrick Troughton s’approprier peu à peu le territoire.

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que POWER OF THE DALEKS confirme, s’il en était besoin, la grande qualité des histoires du deuxième Docteur et n’a pas à rougir face aux TOMB OF THE CYBERMEN, ENEMY OF THE WORLD, WEB OF FEAR, MIND ROBBER et WAR GAMES à venir. En reprenant un vieil ennemi comme principal antagoniste, David Whitaker n’a pourtant pas fait preuve de paresse et a surtout participé à restaurer la peur que se doivent de susciter les daleks, après que ces derniers aient été un peu ridiculisés dans THE CHASE qui visait apparemment un jeune public. On s’étonnera d’ailleurs de l’étonnante modernité du scénario qui n’est pas sans anticiper un certain VICTORY OF THE DALEKS réalisé quelques quarante-cinq ans plus tard.

 

Le Docteur se retrouve dans une colonie terrienne établie sur la planète Vulcan (pas de Mr. Spock en vue) et est pris par erreur pour un inspecteur scientifique venu examiner les travaux de l’équipe de recherche dirigée par le Dr. Lesterson. Il s’avère que Lesterson a découvert une capsule spatiale contenant ce qui ressemble à trois robots qui se révèlent évidemment être des daleks en sommeil. Le Docteur tente d’avertir la colonie du danger qu’elle encourt à héberger les daleks en son sein, mais Lesterson n’écoutant que sa soif de savoir décide de réveiller un spécimen pour l’étudier, et à la surprise générale, les premiers mots de la créature la plus malveillante de l’univers sont :  « I am your servant ». Obtenant chaque jour, à force de bonne conduite, les faveurs de Lesterson, le dalek obtient de réveiller ses petits camarades et il n’est pas difficile de deviner la suite.

Plutôt simple dans ses prémices, POWER OF THE DALEKS se complexifie très vite, mêlant à l’insidieuse reconquête de leur pouvoir par les daleks une intrigue politique où les intérêts convergents ou divergents font et défont les alliances, et dans laquelle seul le Docteur semble se souvenir que tous partagent un ennemi commun, contre lequel l’alliance est indispensable. Les daleks constituent pourtant l’élément qui fait de ce serial un triomphe. Calculateurs comme jamais, se multipliant comme des rats (dans une séquence absolument ahurissante où des flots de daleks émergent de la capsule) et abandonnant leur traditionnel « exterminate » au profit d’une approche plus subtile (on s’amusera d’un dalek apportant des rafraîchissements sur un plateau pour se faire bien voir), ils sont à la fois terrifiants et fascinants et il faudra attendre longtemps avant de les retrouver en aussi grande forme, dans GENESIS OF THE DALEKS ou REMEMBRANCE OF THE DALEKS (on ne peut qu’espérer qu’une éventuelle reconstitution animée de EVIL OF THE DALEKS, la deuxième aventure du second Docteur face à ces poivrières de la mort, vienne nous démentir).

 

POWER n’est pas seulement le digne successeur de THE DALEKS et THE DALEK INVASION OF EARTH (ou de THE DALEK MASTERPLAN qu’on désespère de découvrir un jour en intégralité), il les surpasse largement en matière d’ambition et de rythme et tient la dragée haute à ses successeurs, DAY OF THE DALEKS, PLANET OF THE DALEKS, DEATH TO THE DALEKS, qui feront du troisième Docteur le moins bien loti en la matière (Jon Pertwee affirmait d’ailleurs détester les histoires de daleks, et on ne peut pas lui en vouloir). Toujours est-il que, sans pouvoir réellement voir POWER OF THE DALEKS, on peut, grâce à cette reconstitution, avoir un très fidèle aperçu de l’une des meilleures histoires de l’une des périodes les plus fastes de la série DOCTOR WHO.

Gabriel Carton

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