DOCTOR JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO
DOCTOR JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO

Après le succès de LA NOCHE DE WALPURGIS, Naschy ne pouvait que remettre le couvert et offrir à Waldemar Daninsky une nouvelle aventure. Après avoir confronté son lycanthrope fétiche à des vampires, un ersatz de la créature de Frankenstein et une momie à la solde d’extraterrestres belliqueux, une savante folle, une louve garou puis des vampires à nouveau, le bon Paul réfléchit à la grande figure du fantastique qui manquerait encore au tableau et Eurêka ! Le Dr. Jekyll et son alter-ego diabolique, Mr. Hyde.

 

C’est à Leon Klimovsky que Naschy tend à nouveau sa copie, le réalisateur ayant admirablement œuvré sur l’opus précédent. À l’origine de ce nouveau récit, le riche Imre Kosta qui souhaite emmener sa jeune épouse, Justine, visiter le village de ses ancêtres. Imre en profite vite pour exhiber sa réussite financière et matrimoniale devant les strabismes divergents des paysans locaux. C’est comme ça qu’on s’attire des ennuis dans une contrée où le temps s’est arrêté au Moyen Âge et où le QI des autochtones peine à atteindre deux chiffres.  Et les ennuis arrivent alors qu’Imre et Justine reviennent d’une promenade au cimetière, et sont attaqués par une bande de brigands armés qui assassine le pauvre homme et se tourne vers Justine avec d’autres plans en tête que le vol de voiture. C’est à cet instant, où tout semble perdu, que surgit Waldemar Daninsky qui n’a besoin d’aucune pleine lune pour avoir la force d’occire les assaillants d’une belle damoiselle en détresse. La belle se réveille au château de son sauveur et sa gratitude se change peu à peu en un amour que la révélation du mal qui afflige Waldemar ne viendra pas ternir.

 

DOCTOR JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO en plus de mettre en scène deux grandes figures du fantastique semble aussi proposer deux films en un. Ainsi la première moitié se déroule exclusivement en Europe de l’est (Hongrie, Roumanie, Transylvanie, vlà l’topo) et constitue une mini synthèse du cas Waldemar. Du cimetière maudit que le lierre et la brume envahissent au pub où les villageois dévisagent les étrangers d’un air patibulaire en passant par le château que ces mêmes villageois disent habité par le diable en personne, tous les lieux propices à l’épouvante folklorique façon Universal sont là. Le diable se révèle une âme noble mais tourmentée que la belle perçoit derrière le masque de la bête, mais la foule superstitieuse a décidé que le bonheur n’était pas du destin de celui qui suscite tant leur méfiance. Justine elle-même se montre hostile à la différence au début de son voyage alors qu’elle se retrouve face à un pauvre hère dont l’apparence misérable l’effraie et la répugne, avant de comprendre qu’une trogne aussi moche soit-elle ne conditionne pas le cœur d’un homme. Elle ne montrera que compassion pour Waldemar, et aucune expression horrifiée ne vient distordre son visage quand de son balcon elle observe sa transformation et que sous la forme d’un loup-garou, il la regarde dans les yeux avant de disparaître dans la forêt pour sa nuit de chasse. Cette première moitié est donc le récit des pas de Justine vers l’acceptation de l’autre et l’illustration du mal qui résulte de son refus. Ce mal, il vient des villageois évidemment ; lorsque ces derniers décapitent Uswika, la vieille servante et protectrice de Waldemar qu’ils soupçonnaient d’être une sorcière, Justine décide qu’il serait plus sûr de retourner à Londres et d’emmener son amant avec elle.

 

Il s’avère qu’à Londres, Justine a un ami médecin qui pourrait peut-être soigner Waldemar et cet ami n’est rien moins que le petit fils du Dr. Henry Jekyll. Éprouvant pour Justine un amour sans retour, Jekyll accepte de l’aider, préférant la voir heureuse au bras d’un autre que malheureuse et toujours sourde aux suppliques de son cœur. Une sagesse que ne partage pas Sandra, l’assistante de Jekyll qui éprouve pour le bon docteur un amour lui aussi sans retour et qui ne supporte pas de le voir poursuivre une autre femme de ses assiduités. Waldemar aurait peut-être gagné à affronter les villageois plutôt que de se retrouver au milieu de ce triangle amoureux qui s’avèrera autrement plus dévastateur que quelques torches et fourches.

 

Cette seconde partie détone quelque peu, abandonnant les ficelles bien connues pour en ajouter de nouvelles à une trame qui se complexifie de minute en minute, à un rythme aussi soutenu que celui de l’action qui décolle, autorisant Waldemar/Naschy à se déchaîner dans un contexte entièrement citadin. La pleine lune ne tarde pas à causer un nouvelle catastrophe (les mois passent vite) et sur le chemin de son rendez-vous avec le Dr. Jekyll, Waldemar se retrouve coincé dans un ascenseur avec une infortunée infirmière qui emportera comme dernier souvenir de sa vie terrestre le parfum musqué du Daninsky enragé. C’est cependant sous une autre forme que Naschy va le mieux laisser s’exprimer ses penchants destructeurs cette fois, celle de Mr. Hyde. L’idée de Jekyll pour soigner Waldemar est de lui injecter le sérum conçu par son grand-père à la pleine lune suivante, ainsi, le Mr. Hyde en Waldemar serait réveillé et anéantirait le loup en lui, une nouvelle injection délivrerait Waldemar du contrôle de Hyde, et il serait enfin guéri. C’est sans compter sur les efforts de Sandra pour ruiner les plans de Jekyll et faire en sorte que Hyde et le loup-garou survivent tous deux en Waldemar.

 

Visiblement, Naschy a pris un plaisir fou à interpréter un Mr. Hyde anachronique, vêtu à la mode victorienne, redingote et haut de forme, arborant un rictus maléfique et rossant de sa canne à pommeau tous les passants qu’il croise. C’est dans ces moments-là que la réalisation de Klimovsky, jusqu’alors moins flamboyante que dans LA NOCHE DE WALPURGIS, se montre plus audacieuse et que l’atmosphère fait l’objet du travail le plus abouti, faisant passer des décors bien ancrés dans les années 70 pour les bas-fonds du Whitechapel de la fin du XIXème siècle. DR. JEKYLL VS THE WEREWOLF bénéficie aussi d’un casting de choix, en plus de la séduisante Shirley Corrigan (Justine), Jack Taylor, la grande classe du bis européen, brille dans son interprétation du Dr. Jekyll.

 

Poussant la tragédie à son paroxysme le final voit Justine faire face à l’échec de sa tentative de sauver Waldemar et s’équiper d’un revolver chargé de balles d’argent, là elle affronte la bête qu’est devenu l’homme qu’elle aime, dans un grenier gigantesque qui a tout d’un décor expressionniste. Dans sa conclusion, Naschy emprunte au NOTRE-DAME DE PARIS de Jean Delannoy un plan final iconique, sublimé par la musique d’Antón García Abril (compositeur sur LA FURIE DES VAMPIRES  ainsi que sur L’EMPREINTE DE DRACULA l’année suivante et qui œuvra aussi sur la saga des templiers d’Amando de Ossorio), réunissant finalement ses amants contrariés.

Gabriel Carton

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