Discopathe : murder on the dancefloor
Discopathe : murder on the dancefloor

Discopathe… comme le courant musical et le fait de souffrir d’une maladie ? Absolument. Nous sommes à New York, dans les années 70, et Duane, le héros du film, sent monter en lui d’irrépressibles pulsions de meurtre lorsqu’il entend de la musique disco… Intrigués par ce pitch aussi incongru que réjouissant, nous nous rendions il y a un an, à Gérardmer, à la projection du film du québécois Renaud Gauthier, et nous ressortions emballés par ce projet entièrement autoproduit qui fleure bon l’amour du genre et la débrouillardise. Après avoir galvanisé de nombreux festivals, Discopathe bénéficie enfin d’une sortie en DVD, chez UFO Distribution.

Discopathe

Le générique du film voit tournoyer une scintillante boule à facettes sur fond de ritournelle disco. Mais Discopathe annonce d’emblée la couleur avec ce filet rouge qui ruisselle sur les miroirs, et le visage morcelé de Duane : la sanglante phobie du disco peut commencer ! Jeune new-yorkais, Duane perd son job dans un dinner et rencontre Valérie au skate park. Après son premier meurtre, il partira se cacher au Québec dans un pensionnat de jeunes filles, où il prétendra être sourd. Mais c’était sans compter sur la détermination de l’inspecteur Stephens, qui retrouvera sa trace.

Hommage plus que parodie, bourré de références, mais digérées plutôt que citées, le film de Renaud Gauthier brasse une multitude d’influences (film d’horreur et polar en tête) mêlées à un humour tantôt noir, tantôt potache. En oscillant constamment, tant au niveau du scénario que du montage, entre portrait d’un esprit malade et cocasserie, Renaud Gauthier donne naissance à un objet singulier. Il serait mentir de dire que l’équilibre est toujours parfaitement trouvé, parmi ces ruptures de ton qui nous empêchent parfois de savoir sur quel pied danser. Mais c’est aussi ce qui fait l’originalité et l’audace de ce long métrage.

Sa force réside avant tout dans son ambiance très particulière, complètement vintage. En dépit de moyens techniques réduits, Renaud Gauthier et son équipe sont parvenus à nous plonger dans les seventies : décors, costumes, photo, et musique bien sûr, participent conjointement à la création de cet univers rétro. La bande-son alterne d’ailleurs parfaitement hits disco (Desire de Roni Griffith, I was made for lovin’ you de Kiss – aviez-vous déjà vu une course-poursuite entre un psychopathe et des policiers sur un tel fond sonore ? Franchement ? – ou encore Stop ou Encore de Plastic Bertrand) et musique originale signée Bruce Cameron qui, elle, rompt avec le festif pour apposer une griffe plus angoissante, ou planante selon les scènes, avec de petits accents de Carpenter ou de Moroder qui ne gâchent rien au plaisir.

Et si Discopathe n’hésite pas à aller à fond dans le côté décalé et le choc des contrastes, il est à noter que les scènes de meurtre n’en demeurent pas moins particulièrement entêtantes, qu’il s’agisse du premier coup de folie de Duane (quelle idée de l’emmener dans une boîte disco, aussi…), qui trucidera sa pauvre victime sous un plancher en verre foulé par les escarpins de danseuses loin d’imaginer ce qui se passe sous leurs pieds (c’est d’ailleurs loin, également, d’être la seule bonne idée de mise en scène du film, on pense notamment à ce travelling arrière pendant le double meurtre de la chambre, qui crée un hors-champ inattendu), du massacre dans la chambre d’étudiantes, donc (saisissants effets de tranchage de chair au vinyle signés Remy Couture), ou encore cet étranglement sous stroboscope.

Côté bonus, on s’attardera peu sur le making of un peu brouillon qui nous est proposé. En revanche, l’affiche du film, graphique et colorée, est un sympathique goody, tandis que l’on accède avec plaisir à quatre titres en MP3 issus de la bande originale, ainsi qu’à des pages du storyboard. Autant de raisons de se laisser gagner sans plus tarder par la fièvre du Discopathe.

Audrey Jeamart

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