BLOODY WEEKEND 2015 : BRIAN YUZNA EN 5 FILMS
BLOODY WEEKEND 2015 : BRIAN YUZNA EN 5 FILMS

Brian Yuzna, Président du jury du Bloody Week-end #6, est l’auteur d’une oeuvre protéiforme, inclassable et réjouissante. Voici un tour d’horizon de sa carrière en cinq films représentatifs de son travail en tant que réalisateur.

SOCIETY (1989)

Brian Yuzna a déjà produit les trois premiers films de Stuart Gordon (RE-ANIMATOR, dont il considère être le papa au même titre que ce dernier, FROM BEYOND et DOLLS) lorsqu’il se lance dans la réalisation de son premier long métrage, SOCIETY. Dans les beaux quartiers de Beverly Hills, Bill Whitney fait d’horribles cauchemars et est de plus en plus persuadé que sa famille lui cache quelque chose. La réalité dépassera tout ce qu’il avait pu imaginer. On trouve déjà dans ce premier film deux thèmes qui parcourront ensuite l’œuvre du réalisateur : la paranoïa (l’ensemble du récit est construit sur les doutes et la quête de vérité de Bill), et les apparences. À ce titre, SOCIETY demeure l’un des films les plus pertinents sur la question du vernis qui se craquèle (qui explose, en l’occurrence), de l’infamie dissimulée derrière un masque de respectabilité. Masque qui tombe véritablement lors de la dernière séquence du film, hallucinante et frénétique orgie charnelle et cinématographique, déchaînement de chairs transformées, visqueuses, d’où suintent littéralement l’inceste, le vice et la décadence d’une bourgeoisie décrite comme une véritable société secrète. Un final totalement délirant resté dans toutes les mémoires d’amateurs de films de genre, alors même que l’esthétique de teen movie et autres sitcoms (ces scènes au lycée, sur la plage ou autour d’un panier de basket, clichés d’un genre alors en plein boom – c’est d’ailleurs la même année que Billy Warlock, l’interprète de Bill, intégrera l’équipe d’Alerte à Malibu !) sur laquelle le film est globalement basé ne permet de le classer dans aucun genre.

BRIDE OF RE-ANIMATOR (1990)

En 1990, Brian Yuzna donne une suite au film qui a lancé sa carrière internationale. Convoquant la folie qui caractérisait le RE-ANIMATOR de Stuart Gordon, Yuzna et ses scénaristes, Rick Fry et Woody Keith, qui signaient déjà le scénario de SOCIETY, imaginent la poursuite des travaux d’Herbert West, toujours assisté de Dan Cain. De retour à Arkham, ils retrouvent la maison de Dan et réinvestissent le sous-sol où tout a commencé. Sur le modèle de LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN, Yuzna ne propose pas tant une suite à la première adaptation de la nouvelle HERBERT WEST, RE-ANIMATOR de Lovecraft, qu’un retravail du sujet comme l’avait fait James Whale avec son second FRANKENSTEIN. Les recherches de West et Cain ont pour objet la création de la femme parfaite via un assemblage de morceaux de cadavres, une expérience qu’ils parviendront à mener à son terme, pour notre plus grande jubilation. Mais c’est sans compter sur le retour du Dr Hill (ou plutôt de sa tête) qui s’assure l’aide du Dr Graves et du Lieutenant Chapham pour avoir sa revanche sur West. Si LA FIANCÉE DE RE-ANIMATOR n’est pas vraiment unique en son genre (la même année Frank Henenlotter délivre le délirant FRANKENHOOKER sur une idée similaire) il tire sa force de l’humour noir décomplexé de son réalisateur, de trucages inventifs, et surtout de l’interprétation de son acteur principal, l’inénarrable Jeffrey Combs, qui reprendra le rôle 13 ans plus tard, toujours dirigé par Brian Yuzna dans BEYOND RE-ANIMATOR.

RETURN OF THE LIVING DEAD 3 (1993)

Après avoir tourné une suite à un premier classique, Yuzna s’attaque au troisième opus d’une franchise initiée par le non moins classique RETURN OF THE LIVING DEAD de Dan O’Bannon. Scénarisé par John Penney, le film délaisse quelque peu l’aspect comédie de ses prédécesseurs, tout en conservant, voire en exacerbant le côté punk de ses zombies qui sont au cœur de scènes de violence graphique délurée. Mais contre toute attente, LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS 3 se révèle avant tout comme une histoire d’amour par-delà la barrière de la mort. Après un accident de moto dans lequel sa petite amie Julie a trouvé la mort, Curt utilise la trioxine – un gaz développé par son père, colonel dans l’armée, pour réanimer les morts et en faire d’invincibles soldats – pour lui rendre la vie. Il est dès lors confronté à la lente dégénérescence de Julie, qui sent grandir en elle une irrépressible faim de chair humaine. Consciente de son état, Julie en vient à s’automutiler pour noyer ses penchants zombiesques dans la douleur, tentant désespérément de préserver ce qui lui reste d’humanité. Célèbre pour sa morte-vivante iconique toute couverte de cuir et de piercings, ce troisième opus adopte un ton résolument romantique et noir qui en fait une entrée unique dans la saga, et certainement le meilleur épisode depuis le premier. En même temps, il était impensable que l’unique contribution de Brian Yuzna à l’histoire des zombies au cinéma ne soit qu’anecdotique !

LE DENTISTE (1996)

Sur un scénario de Stuart Gordon, Dennis Paoli (également scénariste de RE-ANIMATOR et FROM BEYOND) et Charles Finch, Brian Yuzna réalise LE DENTISTE, film qui à la fois joue habilement sur les angoisses liées au manieur de fraise communément partagées par le public, offre un saisissant portrait de psychopathe et permet à Yuzna de s’adonner pour la première fois au « body count ». Le psychopathe en question est le Docteur Alan Feinstone, installé à Beverly Hills (tiens donc, encore une fois), obsédé par l’hygiène et convaincu que la vermine est cachée partout et en chacun. Ce que ne tardera pas à lui prouver sa femme, qu’il surprend un beau matin avec le jardinier. Fou de colère, Feinstone se lance alors dans une meurtrière journée de consultations. Dans le rôle du dentiste givré, Corbin Bernsen, surtout connu alors pour son rôle dans la série La Loi de Los Angeles, se révèle contre toute attente (y compris celle de Yuzna) absolument brillant, terrifiant dans son obsession, sa paranoïa et ses visions, qui permettent au réalisateur de mettre en scène (en dépit d’un décor baignant dans une lumière aseptisée, peu propice à l’horreur) cette outrance horrifique, fruit d’une distorsion de la réalité du point de vue du personnage, qui caractérise désormais son œuvre. À noter que le film n’est pas non plus exempt d’humour ou de fantaisie, et que l’on retrouvera le personnage seulement deux ans plus tard dans LE DENTISTE 2, souffrant d’une intrigue quelque peu redondante, mais avec un Corbin Bernsen toujours aussi – si ce n’est encore plus – halluciné.

FAUST : LOVE OF THE DAMNED (2000)

Premier film de Brian Yuzna produit sous le label Fantastic Factory (société de production espagnole créée par Brian Yuzna, désormais installé à Barcelone, et Julio Fernández, qui produira également DAGON de Stuart Gordon, DARKNESS de Jaume Balagueró et BEYOND RE-ANIMATOR, entre autres),  FAUST n’a pas grand-chose à voir avec l’œuvre de Goethe, de Gounod ou de Berlioz, puisqu’il s’agit en fait d’une adaptation du comic book de Tim Vigil et David Quinn, connu pour ses excès dans la violence graphique et ses situations tendancieuses. C’est donc logiquement que Yuzna en fait le film de toutes les outrances, parsemant l’histoire de Jasper Jones – qui conclut un pacte avec le mystérieux M pour obtenir le pouvoir de se venger des hommes qui ont tué sa fiancée – de scènes gores décomplexées ou d’étalages de luxure désinhibés. FAUST demeure surtout mémorable pour ses effets maquillage, notamment pour une séquence d’augmentation mammaire et fessière aussi soudaine que spectaculaire ! Comme il se doit, cette histoire de pacte diabolique s’achève sur une orgie démesurée sur fond de métal bien gras, sans oublier de pousser le romantisme noir jusqu’à la parodie. Au final, quel que soit le bout par lequel on le prend, ce manège ensorcelé prouve une fois de plus que Brian Yuzna est un maître des réjouissances.

FILMOGRAPHIE COMPLÈTE

1989 : Society

1990 : Re-Animator 2 (Bride of Re-Animator)

1990 : Douce Nuit, sanglante Nuit 4 : L’Initiation

1993 : le Retour desw Morts-Vivants 3 (Return of the Living Dead III)

1993 : Necronomicon

1996 : Le Dentiste

1998 : Progeny – L’Enfant du Futur

1998 : Le Dentiste 2

2000 : Faust (Faust : Love of the Damned)

2003 : Beyond Re-Animator

2004 : Rottweiler

2005 : La Malédiction des Profondeurs

2010 : Amphibious 3D

2011 : 60 Seconds of Solitude in Year Zero (segment d’une minute d’un film collectif)

 

Gabriel Carton et Audrey Jeamart

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