BERNARD ROSE’S FRANKENSTEIN
BERNARD ROSE’S FRANKENSTEIN

FRANKENSTEIN

Bernard Rose (États-Unis et Allemagne)

Compétition


 

C’est le Frankenstein de Bernard Rose, en compétition, qui avait l’insigne honneur de lancer les festivités de la 23ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. Un certain espoir nous animait, on ne peut le nier. Le papa de Candyman et de Paperhouse allait-il ajouter un nouveau remarquable fait d’armes à sa filmographie, après l’affreux Sx_Tape ? Son adaptation du roman de Mary Shelley semblait par ailleurs avoir été bien reçue dans les festivals où elle fit escale auparavant (le film remporta le Corbeau d’Or au BIFFF). Après avoir jugé sur pièces, on peut dire que oui, nous avons retrouvé Bernard. Dans un projet relativement épuré, qui ne cache pas sa modestie de moyens, mais acquiert au fil des minutes une belle ampleur, comme s’il s’autorisait, à l’instar de son personnage qui tente de s’ouvrir au monde, à devenir lui-même…

L’ouverture voit Victor Frankenstein (Danny Huston, trop impassible) et sa femme Elizabeth (Carrie-Anne Moss, empathique, mais légèrement en retrait) assister à la « naissance » de leur créature (Xavier Samuel). Le « He’s alive » n’est pas tonitruant, mais la réussite est bien là : le couple est parvenu à insuffler la vie à un corps créé de toutes pièces. L’expression n’est d’ailleurs pas à prendre de manière littérale, puisque en lieu et place de parties de corps humain grossièrement assemblées, leur création ressemble à s’y méprendre à une gravure de mode, sa peau laiteuse ne laissant rien apparaître de l’entreprise contre nature dont elle résulte.

D’emblée, Rose introduit en voix off les pensées de la créature, directement issues du roman, alors même que dans les faits, le jeune homme adopte le comportement et l’élocution d’un bébé. Il y a quelque chose de troublant à le voir ainsi se saisir du biberon qu’on lui tend, en se recroquevillant en position fœtale, tandis qu’une étrange impression se dégage de l’univers aseptisé, clinique, en vase clos, et baigné d’une lumière crue, que Bernard Rose (qui apparaît également au générique en tant que directeur de la photographie, et monteur) installe.

 

Mais la bulle ne tarde pas à éclater. Le beau fruit commence à pourrir, le projet échappe au contrôle de ses instigateurs, et le fracas du monde atteint de plein fouet ceux qui y sont le moins préparés. Une pustule dans le cou de la créature donne l’alerte, et la dégradation esthétique commence. Variation intéressante de la part de Rose, qui fait de son personnage un être non pas d’emblée monstrueux, mais devenu monstrueux (une bonne partie du film ne montrera d’ailleurs que son visage, avant qu’une scène en particulier ne dévoile son corps, et que sa monstruosité ne prenne toute sa dimension – Wanda la prostituée pourrait faire une bonne action envers un homme avec ce visage-là, mais pas ce corps-là).

Dans la tentative d’euthanasie qu’il subit alors de la part de ses « parents », ce sont moins les choix moraux qui sont mis en exergue que la rage absolue de toute forme de vie. La créature, consciente, hurle, se débat, et résiste à une dose capable de « tuer dix éléphants ». Le monstre s’échappe, et découvre le monde avec les yeux d’un enfant. Des épisodes familiers se rejouent (la petite fille, l’aveugle, désormais SDF – Tony Todd, que l’on retrouve avec plaisir), dans un cadre urbain, contemporain, de terrains vagues et de ruelles sombres qui actualisent le mythe avec une sorte de déférence tout sauf tapageuse. L’ensemble du film procède d’un certain minimalisme, et l’on sait gré à Bernard Rose d’avoir fui l’esbroufe, d’avoir serti les cris et la fureur d’une sorte d’économie de moyens (ou de l’avoir tournée à son avantage, vraisemblablement) lui permettant de se concentrer sur ce qui nous importe, au fond, lorsque l’on découvre une énième adaptation de cet univers : son personnage, la créature de Frankenstein, monstre aspirant à l’amour, là où il ne rencontre que rejet, ou presque.

Si au début du film on « demande à voir » comment Xavier Samuel, démarche hagarde et quasi monosyllabes en guise de dialogues, va donner vie à ce personnage, il faut reconnaître qu’il s’en sort plus que dignement, parvenant à transmettre de poignantes émotions, tout meurtri qu’il est, désireux que les autres voient les qualités de son cœur, en dépit de son apparence. Si le personnage prend vie peu à peu, le film adopte une trajectoire similaire, quittant progressivement l’environnement clinique de la scène d’ouverture, et la musique semblant tout droit sortie de la série Les Experts, pour plus de chaleur (littéralement, le final fera écho à celui de Candyman), plus de lyrisme, musical et scénaristique. Comme son personnage, sa version est peut-être un peu claudiquante, mais elle renferme une beauté qui se révélera à ceux qui sauront la voir.

Audrey Jeamart


 

Il faut bien un grand nom pour lancer le coup d’envoi d’un événement aussi prestigieux, cette année, c’est au film de Bernard Rose que revenait l’honneur d’ouvrir la compétition. FRANKENSTEIN contient déjà dans son titre la charge classique bienvenue pour célébrer le cinéma fantastique, et son auteur fut aussi l’homme derrière des PAPERHOUSE et autre CANDYMAN devenus à leur tour des classiques. Délaissant un temps l’horreur, Bernard Rose s’était tourné vers l’histoire de la musique, chroniquant l’existence de Beethoven (IMMORTAL BELOVED) ou de Paganini (THE DEVIL’S VIOLINIST), et vers la littérature russe, précisément Tolstoy qu’il admire et adapte à 3 reprises. Il n’est donc pas étonnant que son retour au fantastique se fasse avec un titre aussi culturellement évocateur. Se basant, sans jamais les trahir, sur les mots exacts que Mary Shelley prête à la créature, il raconte l’errance d’un être que rien ne préparait au monde. Avec simplicité et même avec dépouillement, il permet à cette fable plus humaine que monstrueuse de traverser le temps.

Le ton souvent clinique rend d’autant plus saisissante les incursions dans un pathos inévitable mais que Rose parvient encore à rendre crédible. Sa créature, adolescent qui n’a jamais été enfant et ne sera jamais adulte, est à la fois gracieuse pataude, et peut-être le seul digne de successeur de celle qu’incarnait Boris Karloff. La réussite du film tient avant tout en son interprète principal, Xavier Samuel, magnifique et bouleversant dans son rôle de nouveau-né à la carcasse trop lourde affligé d’une dégénérescence physique qui fait de lui le monstre que personne ne peut aimer et qui étire son calvaire en lui refusant la mort. Autour de lui gravite un casting solide composé de Carrie Anne Moss et Danny Huston qui forment le couple Frankenstein, et surtout Tony Todd que l’on a l’immense plaisir de retrouver devant la caméra de Bernard Rose, 24 ans après CANDYMAN. Il n’est rien dans ce FRANKENSTEIN que Mary Shelley n’ait écrit il y a 200 ans, et en cela, l’effort du réalisateur se révèle l’un des plus fidèles qui soit au calvaire de la créature, une œuvre poétique d’une force étonnante que son minimalisme honore.

Gabriel Carton

Posted by Scopophilia 6 Comments , ,

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