BAISER MACABRE : PEINES D’AMOUR RETROUVÉES
BAISER MACABRE : PEINES D’AMOUR RETROUVÉES

Première réalisation solo de Lamberto Bava, BAISER MACABRE n’est pas sans évoquer l’univers unique du paternel dans le domaine fantastique. Réalisé dans la foulée de SHOCK (1977) et LA VÉNUS D’ILLE (1979), que Mario Bava cosignait avec son fils, et dans le sillon thanatophile du BLUE HOLOCAUST (1979) de Joe D’Amato, BAISER MACABRE n’est pas sans afficher les influences de ces trois films, sans compter celle de son scénariste, Puppi Avati, dont LA MAISON AUX FENÊTRES QUI RIENT (1976) avait, quatre ans auparavant, forgé la solide réputation.

Jane Baker, jeune mère de famille, laisse son tout jeune fils à la garde de sa grande sœur alors qu’elle s’en va rejoindre son amant, Fred, prétextant une réunion de travail. C’est sa fille qui découvre l’adultère et décide de la punir en noyant son petit frère. Affolée par la nouvelle de la mort de son fils et accablée de culpabilité (un ressort qui n’est pas sans évoquer le point de départ d’ANTICHRIST de Lars Von Trier), Jane demande à Fred de la reconduire immédiatement chez elle. Dans la précipitation ils sont victimes d’un violent accident de voiture et s’ajoute au choc de l’infanticide la décapitation de l’amant laissant la pauvre Jane dans un état déserté par la raison.

 

De retour d’un séjour en hôpital psychiatrique, Jane, séparée de son époux, retrouve la chambre d’hôte qu’elle partageait avec son amant et décide de s’y installer. Une étrange relation s’installe alors entre elle et le propriétaire des lieux, Robert, jeune aveugle qui gagne sa vie en réparant des instruments de musique. Chaque soir, alors que Robert se donne beaucoup de mal à préparer un dîner qu’il espère partager avec sa locataire, celle-ci décline l’invitation et s’enferme dans sa chambre où elle semble recevoir la visite d’un homme, à en juger par les gémissements extatiques qui parviennent à Robert depuis le plafond…

Passé le choc de la première partie, le récit se pose, adoptant un rythme beaucoup plus régulier qui sied parfaitement au développement. La majeure partie du film tournera autour du rapport entre Robert et Jane et sur un paradoxe auquel on ne peut pas rester indifférent, celui du voyeur aveugle. La vaine insistance de Robert à séduire Jane tourne presqu’à l’obsession, et Stanko Molnar interprète parfaitement ce personnage ambigu, fort d’une ressemblance avec Terence Stamp qui fait naître dans notre esprit nombre de connections avec un autre obsédé, chez William Wyler. Jane quant à elle s’inscrit dans la droite lignée des héroïnes du gothique italien, inscrivant ses pas dans ceux de Daliah Lavi, dont le cœur appartenait à un sadique revenu d’entre les morts dans LE CORPS ET LE FOUET de Mario Bava. Car il est bien question d’amours d’outre-tombe, et avec la chambre qu’elle partageait avec son amant, Jane retrouve aussi ce dernier auquel elle dresse même un autel morbide et avec l’esprit (et le corps ?) duquel elle éprouve des étreintes passionnées. Le traitement des deux personnages ne manque pas d’ironie, Lamberto Bava et Pupi Avati illustrant malicieusement une maxime selon laquelle l’amour est aveugle.

 

Mais la synthèse de l’épouvante à l’italienne telle que l’envisage Bava ne serait pas complète sans l’importance cruciale de Lucy, la fille de Jane. La mort de son petit frère passe pour accidentelle auprès de ses parents, mais nous savons… Il est douloureux d’assister aux retrouvailles entre mère et fille alors que cette dernière entretient une feinte et inconfortable chaleur à l’égard de la mère dont elle a causé l’internement. Inexorablement, le récit s’enfonce, couche après couche, dans un sordide inextricable, culminant à l’issue d’un dîner enfin partagé entre Robert et Jane, mais auquel s’invite aussi Lucy. La confrontation entre les trois acteurs de la pièce fait éclater la chape de secrets et de mensonges dans un déluge de violence hystérique qui contraste avec l’atmosphère feutrée qui dominait jusqu’alors.

 

Lamberto Bava fait preuve d’une grande maîtrise et d’une grande sobriété dans la mise en image et l’organisation d’un drame complexe, étonnamment riche et ô combien dérangeant. Demeure un unique bémol, celui d’avoir sacrifié au sensationnalisme le doute qu’auraient pu susciter les toutes dernières secondes, marquant avec cette approche finale le point de rupture entre le cinéma du fils et celui du père.

Gabriel Carton

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