Alain Longeaud, Lumineuse solitude
Alain Longeaud, Lumineuse solitude

« Lumineuse solitude », voilà un titre qui interpelle d’emblée. Et que l’on comprend dès les portes de la Maison de la Photographie franchies, quand on se retrouve seul au monde, mais en sécurité, devant les photographies d’Alain Longeaud, exposées jusqu’au 15 février. Une immersion dans un univers parallèle qui ne pouvait qu’attirer le regard des arpenteurs de possibles que nous sommes.

La première photographie, Transfert 1, nous plonge directement dans une ambiance cinématographique à souhait. Un couloir entièrement rouge, et au fond, une porte vitrée à travers laquelle on distingue une planète, rouge elle aussi. Cette œuvre annonce l’alliance d’éléments familiers (mobilier, édifices, objets du quotidien) et d’étrangeté qui composent l’univers d’Alain Longeaud, fait de contrastes (le voyage et la fixité, l’ombre et la lumière, le cloisonnement et l’immensité) et d’hypothèses (sur le déroulement des événements, le lieu où nous nous trouvons, la place que nous y occupons). Le recueillement, le mystère, l’hypothèse d’un ailleurs s’imposent et donnent le ton d’une exposition qui va nous faire voyager, méditer en apesanteur, loin, très loin, des turpitudes de notre monde, tel que nous le connaissons.

Car ici, rien n’est réel. Il en va de ce « plongeur céleste », qui pique une tête dans un ciel étoilé, de cette porte, elle aussi étoilée, qui surgit de la forêt, ainsi que de toutes ces scènes spatiales, vues depuis le confort d’un intérieur (Pause), un train, ou autre moyen de locomotion qui, malgré son aspect vieillot, est tout de suite identifié par notre esprit avide d’aventures extraordinaires comme un vaisseau spatial.

 

Et quand bien même le contexte le serait, réel, le traitement, lui, suggère une distorsion de la réalité. C’est cette station-service capturée dans Departure 1, baignée de lumière et surplombée par une majestueuse pleine lune et un tumultueux ciel nocturne, digne des meilleurs films de science-fiction (on songe à Super 8 avec une lueur d’excitation sur la rétine). C’est encore ce tarmac vespéral (Departure 2) où, là encore, la présence humaine n’est que suggérée. Des traces de civilisation nous font accepter ce monde comme nôtre, mais pas d’âme qui vive à l’horizon. Juste une chaîne de montagnes qui brise la ligne de fuite, comme chez Paul Delvaux… C’est enfin cette étrange structure de métal posée sur une mer de brume, une immensité insondable (Nous n’irons plus jouer). Un passé, une histoire, un scénario dont il ne reste plus que les vestiges, s’y offrent à la contemplation, au recueillement.

Ces photographies sont d’ailleurs les plus intéressantes, parce que les plus intrigantes.  Lorsqu’une fenêtre ou une porte laissent entrevoir la planète Terre, nous plaçant littéralement à des années lumière de notre monde, l’impression est étrange. Mais elle est fabriquée, provoquée. À l’instar de la série baptisée Orange, qui recherche les mêmes effets, mais par l’ajout d’une présence colorée, qui nous a moins convaincus. Plus inquiétantes et fascinantes, en revanche, sont ces photographies où tout a l’air normal, naturel, mais où la lumière, l’absence, le vide, l’ambiance, déclenchent immédiatement un sentiment d’inquiétante étrangeté. Les photographies d’Alain Longeaud sont des fenêtres ouvertes sur un autre monde possible. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre que celui que nous connaissons.

C’est troublant. Mais curieusement, apaisant. Comme si le photographe nous disait que dans le tumulte de ce monde, il existe aussi, nichés au creux de notre esprit, de notre imagination ou de tout autre faculté d’ouverture à l’inconnu, et pour peu que l’on accepte de s’aventurer au-delà de nos repères rassurants mais parfois sclérosants, un espace où tout est possible, où tout peut arriver. La solitude annoncée n’est pas celle, angoissante, de l’absence d’horizon. Au contraire, si elle est lumineuse, c’est parce qu’elle nous invite à nous reconnecter à nous-mêmes, à prendre conscience que nous sommes là, entiers, face à une immensité qui ne demande qu’à être comblée par nos rêveries, nos désirs, nos espoirs.

Audrey Jeamart

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